AFRIQUE: Drogue et VIH, l’impasse

décembre 10, 2007

JOHANNESBOURG, 10 décembre 2007 (PLUSNEWS) –

L’Afrique subsaharienne est une zone de transit idéale pour le trafic de drogue mondial. Des volumes de plus en plus importants de stupéfiants, et notamment d’héroïne et de cocaïne, transitent par la région avant d’atteindre leur destination finale : les marchés prospères d’Europe et d’Amérique du nord.

Il a fallu peu de temps aux trafiquants pour tirer profit du laxisme des contrôles aux frontières, de la mauvaise application de la loi et du développement des connexions de transport et du commerce international.

Dans son Rapport mondial sur les drogues 2007, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) met en garde et indique que l’Afrique « est de plus en plus exploitée par les narcotrafiquants et qu’il faut s’attendre à une confirmation de cette tendance. »

Certaines de ces drogues alimentent un marché local croissant, notamment le long des principales routes empruntées par le trafic.

Une demande en hausse

Selon l’UNODC, la demande d’héroïne – la drogue de prédilection des consommateurs de drogues injectables – a grimpé en flèche dans les pays tels que le Mozambique, le Kenya, la Tanzanie, et augmente progressivement en Afrique du Sud, à Madagascar, au Ghana, au Liberia et au Sénégal.

Cela n’augure rien de bon pour une région souvent décrite comme étant « l’épicentre mondial » de la pandémie de VIH/SIDA. Le partage des seringues est un moyen efficace de transmettre des virus, tels que le VIH.

En outre, il a été prouvé qu’un consommateur de drogues qui recourt au partage des seringues court trois fois plus de risques de contracter le VIH qu’une personne qui a des rapports sexuels non protégés.

Outre le fait de partager les seringues, qui les expose au virus, les consommateurs de drogues peuvent également adopter des comportements sexuels à risque à la fois lorsqu’ils sont sous l’influence de la drogue et parce qu’ils sont parfois contraints de se prostituer afin de satisfaire leurs besoins en drogue.

Une fois que le VIH s’immisce dans un groupe de consommateurs de drogues injectables, la propagation du virus a tendance à être redoutable et la maladie menace facilement le reste de la population.

En Afrique subsaharienne, les rapports sexuels non protégés sont le principal mode de transmission du virus. Ainsi, les interventions de lutte contre le VIH/SIDA ont tendance à négliger les consommateurs de drogues injectables et non injectables.

Des consommateurs de drogue très exposés

Cependant, la sonnette d’alarme a été tirée sur la minuscule île Maurice, située dans l’océan Indien, où les consommateurs de drogues injectables représentaient 90 pour cent des nouvelles contaminations répertoriées en 2005. En outre, le taux de prévalence du VIH est passé de moins de un pour cent à 1,8 pour cent.

Au Kenya, près de 40 pour cent des consommateurs de drogues injectables ont indiqué partager leurs seringues. De plus, sur 10 consommateurs de drogues injectables ayant subi un test de dépistage du VIH dans la ville côtière de Mombasa, trois étaient porteurs du virus.

En Afrique du Sud, la consommation de drogues injectables est faible en comparaison à d’autres pays. Cependant, les personnes sont plus nombreuses à consommer des drogues qui sont fortement associées à un risque accru de comportements sexuels à risque.

En outre, ces drogues touchent un plus large public qu’auparavant. Les spécialistes de la santé partagent le point de vue selon lequel les comportements sexuels à risque sous l’influence de la drogue sont le principal mode de transmission du virus en Afrique du Sud.

En Tanzanie, l’augmentation du taux de prévalence du VIH chez les consommateurs de drogues injectables inquiète les responsables de la santé.

En effet, les consommateurs de drogues injectables ont souvent recours à une technique dangereuse qui leur permet d’économiser de l’argent, appelée « flash blood » (« sang éclair »). Cette technique consiste à s’injecter de l’héroïne ou une autre drogue illégale, puis à extraire à l’aide d’une seringue un peu de son sang, qu’un autre consommateur s’injecte.

Des mesures de prévention difficiles à mettre en ouvre

L’île Maurice, le Kenya et la Tanzanie comptent parmi les pays à avoir reconnu le besoin d’intégrer des programmes de prévention contre le VIH destinés aux consommateurs de drogues injectables à leurs stratégies nationales. Cependant, d’autres pays tardent à le faire.

Par exemple, dans un rapport publié en 2006, sur le VIH et la consommation de drogues au Nigeria, plaque tournante du trafic de drogues et pays où la consommation de drogues augmente, des chercheurs ont dénoncé « un manque de prise de conscience général de la part des décisionnaires et des responsables sanitaires à l’égard de l’augmentation de la consommation de drogues et la vulnérabilité des consommateurs de drogues face au VIH ».

L’île Maurice a dernièrement mis en place des programmes pilotes d’échange de seringues ainsi que des programmes visant à offrir des traitements à base de méthadone. Cependant, les autres pays touchés par le fléau tardent à suivre l’exemple.

Le docteur Fayzal Sulliman, responsable de l’unique centre de Maurice qui propose des traitements à base de méthadone, a reconnu que les pays pauvres de la région considèreront ces mesures onéreuses et difficiles à mettre en ouvre, car elles nécessitent des infrastructures et des ressources supplémentaires.

« Mais, à long terme, [ces mesures] se révèleront moins coûteuses si l’on considère l’impact [de la drogue] sur la criminalité et le sida », a-t-il souligné. « L’heure est venue d’adopter des mesures de réduction des risques en Afrique, si nous ne le faisons pas maintenant, nous assisterons à un feu de brousse ».

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