Jean Bosco Talla : J’enquêtais sur les châteaux de Zoétélé

février 19, 2008
 
Click to jump to 'Mutations'YAOUNDE – 19 FEVRIER 2008
© Mutations
Le directeur de publication du Front explique la mésaventure à l’origine d’une plainte de Polycarpe Abah Abah contre lui.
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La presse vous a annoncé interpellé à Zoétélé. Que vous est-il arrivé ?

Après la publication de la liste des 64 présumés délinquants économiques par Le Messager, La Nouvelle Expression et Le Jour, notre rédaction s’est posée la question de savoir selon quels critères les noms de personnalités étaient insérés. On s’est dit qu’il doit y avoir des indices visibles. C’est ainsi qu’en janvier nous nous sommes interrogés sur les maisons de ces personnalités qui donnent à penser : Ondo Ndong, Polycarpe Abah Abah, Gilles Roger Belinga, Rémy Ze Meka… Comme il y en avait 64, nous avons promis une suite à nos lecteurs.

Mais certaines réactions après notre article de janvier estimaient qu’en ne mentionnant pas une villa construite à 100m d’une autre à Odza[banlieue chic de Yaoundé), nous protégions quelqu’un qui nous manipulerait et qui serait d’ailleurs en train d’édifier un château à Zoétélé. Cette cité était donc un site fertile d’observation.

Que s’est-il donc passé ?

Le mardi 12 février, une dame nous a demandé de rebrousser chemin, non loin d’une barrière sur la route, parce que nous étions sur une voie privée, mais on apercevait au loin la maison de Polycarpe Abah Abah. Sur le chemin du retour, un homme nous a invité à venir dans son boukarou pour converser et nous nous sommes retrouvés, le moto-taxi et moi, au milieu d’une meute menaçante de gens qui disaient que je devais être lynché si j’étais un journaliste. Je me suis alors présenté comme un étudiant mais ils ont arraché téléphone et dictaphone avant de me ramener en ville et me remettre aux gendarmes.

Que vous ont dit les gendarmes ?

Le commandant de compagnie qui passait par là m’a d’abord reçu gentiment avant de demander mon arrestation, après une conversation au téléphone avec un interlocuteur inconnu, ainsi que celle du stagiaire qui m’attendait en ville et qui est venu me retrouver. Vers 21h45, on est venu me faire sortir. On m’a passé des menottes et bandé les yeux avant d’éteindre toutes les lumières. On m’a alors expliqué qu’on me ramenait à Bafoussam, mais vers 1h du matin, je me suis retrouvé à Douala, à la légion de gendarmerie. Les gendarmes m’ont ensuite transporté à la brigade de gendarmerie du port nord. Un capitaine a exigé que l’on m’amène ailleurs après avoir signalé mon passage. Je me retrouve donc à la gendarmerie dite de la base maritime pour un même scénario, puis on retourne à Zoétélé. Où les gendarmes me demandent comment ont-ils fait pour me laisser en vie… Pendant trois jours, je n’avais pas pu manger et je ne savais pas ce qu’on me reprochait.

Et que vous reprochait-on ?

C’est jeudi, trois jours après, que le commandant de brigade de Zoétélé m’a appris, alors que je lui signalais que je ne savais pas pourquoi j’avais été arrêté et violenté, qu’une plainte avait été déposée contre moi par Polycarpe Abah Abah pour violation de domicile et tentative de vol aggravé. J’ai alors été présenté au procureur de la République qui m’a convoqué ce jeudi.

Pourquoi vos collègues ont-ils pointé un doigt accusateur vers le ministre de la Défense Rémy Ze Meka ?

La connexion avec lui peut être appréciée avec le kidnapping vers Douala. Ça doit être la Sémil (Sécurité militaire). Sinon, je ne comprends pas pourquoi je me suis retrouvé à Douala.

Jean Baptiste Ketchateng

Traitement : La presse fait chorus sur l’affaire J-B Talla

L’arrestation du directeur de publication du Front vue par la presse camerounaise.

Jeudi prochain, Jean Bosco Talla, le directeur de publication délégué du journal Le Front sera entendu par le procureur de la République près des tribunaux de grande instance du Dja et Lobo à Sangmélima. C’est ce que révèle l’édition d’hier du quotidien Le Jour. Avec ce rendez-vous, l’on espère que la lumière sera faite sur une affaire qui fait les choux gras de la presse d’ici et d’ailleurs depuis la semaine dernière. C’est le dimanche 10 février dernier alors qu’il enquêtait sur le patrimoine de certaines personnalités originaires de l’arrondissement de Zoétélé que Jean Bosco Talla et son reporter Hervé Kémété ont été arrêtés par des gendarmes. Comme le souligne Mutations du 13 février dernier et reprenant les propos de Peter William Mandio, le propriétaire du titre Le Front,  » Ils s’y étaient rendus pour des reportages. Il se trouve que de hauts commis de l’Etat sont originaires de cette partie du pays et qu’ils y ont construits de nombreux châteaux « .

Parlant de commis de l’Etat, il se trouve que ces derniers ont pour identité Polycarpe Abah Abah, ancien ministre de l’économie et des finances et Rémy Ze Meka l’actuel ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense qui auraient, aux dires de Claude Tadjon dans Le Jour d’hier, déjà déposé des plaintes pour tentative de cambriolage, violation de domicile et espionnage. Dans le même article, Me Togué, l’avocat de Jean Bosco Talla, déclare que son client bénéficie d’un « élargissement provisoire  » depuis le 13 février avant d’ajouter que « Jeudi prochain, lorsqu’il sera présenté au procureur de la République, on sera fixé sur son inculpation ou pas ».

Selon le site internet http://www.actuphoto.com,  » le directeur délégué du Front et le journaliste (Hervé Kémété) ont ensuite été présentés au procureur de la République de Zoétélé, le 12 février vers 17 heures. Ils ont ensuite été transférés au commissariat du port, à Douala, où il ont été détenus pendant deux jours « . Des péripéties qui ont finalement débouché sur une libération provisoire. Une liberté qui intervient selon Le Messager après leur arrestation à Zoétélé et leur incarcération probable à Douala, puis à Yaoundé. Non sans expliquer que : « Le travail du Front se situe dans la perspective d’une contribution des médias à la lutte contre la corruption et, surtout, le détournement de fonds publics. Que le directeur délégué du Front soit interpellé dans ce cadre, conforte les journalistes de cette publication sur le fait que le pouvoir cherche à écraser la presse afin qu’elle se taise sur les détournements opérés sur le dos des citoyens. Actuellement, les reporters du Front redoutent une perquisition du siège de leur journal, voire de leurs domiciles respectifs.

Ils interpellent les forces vives du pays afin qu’elles ouvrent les yeux sur les cas abus commis sur les reporters qui ne demandent qu’à faire leur travail.  » En rappel,  » Jean Bosco Talla, enseignant, a pris depuis deux mois la direction du Front. Habitué des enquêtes anti-corruption au sein de la société civile, le directeur de la publication de ce journal qui avait pris le parti d’être un franc-tireur sur la scène médiatique pour lui donner une  » nouvelle identité  » « , souligne le quotidien Mutations du 13 février sous la plume de Jean-Baptiste Kétchateng.

Parfait Tabapsi


IFJ Says Intimidation of Journalist Must End in Guinea Bissau

janvier 18, 2008

INTERNATIONAL FEDERATION OF JOURNALISTS

Media Release
17 January 2007

IFJ Says Intimidation of Journalist Must End in Guinea Bissau

The International Federation of Journalists (IFJ) today condemned the recent intimidation of the journalist Albert Dabo in Guinea Bissau by the chief of the national navy Rear Admiral Jose Américo Bubo Na Tchuto and the anonymous death threats the reporter has received by phone.

Dabo started receiving threats last June after Tchuto accused him of falsely attributing to the navy chief the allegation that soldiers are implicated in drug trafficking. The accusations stem from an interview for a British television in which the journalist acted as an interpreter for Tchuto. The navy chief also filed suit against Dabo last August in criminal court. The trial is still pending.

“These threats against Albert are an attempt to silence journalists covering drug trafficking in Guinea Bissau,” said Gabriel Baglo, Director of the IFJ Africa office. “The court case against our colleague is yet another attempt at intimidation. We are calling on the government to take action to put an end to the criminal suit and to end the intimidation Dabo and other investigative journalists in the country face.”

Dabo, who works with Reuters and the private radio station Bombolom Fm, has been receiving death threats since June. Because of the seriousness of these threats he was briefly in hiding. The threats have continued.

On January 7, Tchuto stopped his car in traffic in the capital city of Bissau and showed his fist in a threatening way to Dabo. A few hours later, the journalist received a death threat by phone.

After the navy chief launched a complaint against him, Dabo was charged on August with libel, violating state secrets, libellous denunciation, abusing press freedom and colluding with foreign journalists.

For further information contact the IFJ: +221 33 842 01 43
The IFJ represents over 600,000 journalists in 120 countries

PR

COMMUNICADO DE IMPRENSA
17 de Janeiro de 2008

A FIJ Apela a deixar as ameaças contra um jornalista na Guiné-Bissau

A Federaçao Internacional dos jornalistas (FIJ) condenou hoje os recentes actos de intimidaçäo do jornalista Albert Dabo na Guiné-Bissau pelo o Chefe da Marinha Nacional, o Contra Almirante José Americo Bubo Na Tchuto, assim como as ameaças de morte anonimas que o jornalista recebeu atravès do téléfone.

Senhor Dabo começou a receber as amaeças em Junho passado quando senhor Tchuto acuso-lhe de lhe ter atribuido culpa as alegaçoes segundo o qual os soldados estâo implicados no tràfico da droga. As acusaçoes estavam baseadas sobre uma entrevista por uma televisâo britânica no qual o jornalista serviu de interprete. O chefe de Marinha engajou igualmente as perseguiçoes contra Senhor Dabo em Agosto passado no tribunal criminal. O processo esta ainda em curso.

“Estes ameaças contra Albert Dabo é uma tentativa para fazer calar os jornalistas que fazem a cobertura do tràfico da droga na Guiné-Bissau”, declarou Gabriel Baglo, Director do Bureau Africa da FIJ. “O processo contra o nosso colega é uma tentativa de intimidaçâo. E por isso, que nos pedimos ao Governo de tomar suas medidas para pôr um termo a esta perseguiçâo penal e as intimidaçoes que Dabo e outros jornalistas de investigaçâo confrontam no pais”.

Albert Dabo, que trabalha com Agência Reuters e com a estaçâo da radio privada Bombolom FM, recebeu as ameaças de morte desde do mês de Junho.
Em razao da gravidade destas ameaças, ele tinha entrado na clandestinidade durante um certo periodo, mais as ameaças recomeçaram.

No dia 7 de janeiro de 2008, senhor Tchuto parou sua viatura na circulaçâo na capital de Bissau, e mostrou seu punho de uma maneira ameaçadora ao senhor Dabo. Algumas horas mas tarde, o jornalista recebeu uma ameaça de morte por telefone.

Apos a queixa do Chefe da Marinha contra Dabo, este ultimo foi inculpado em Agosto por difamaçäo, violaçâo de segredos de Estado, denuncias calomniosas abusos de liberdade de imprensa e colusâo com os jornalistas estrangeiros.

Para mas informaçoës, é favor de contractar o numero + 221 33 842 01 43
A FIJ representa mais de 600.000 jornalistas nos 120 paises do mundo.

FR

FEDERATION INTERNATIONALE DES JOURNALISTES

Communiqué de presse
17 janvier 2008

La FIJ appelle à cesser les menaces contre un journaliste en Guinée Bissau

La Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) a condamné aujourd’hui les récents actes d’intimidation du journaliste Albert Dabo en Guinée-Bissau par le chef de la marine nationale, le Contre-amiral José Américo Bubo Na Tchuto, de même que les menaces de mort anonymes que le journaliste a reçu par téléphone.

M. Dabo a commencé à recevoir des menaces en juin dernier lorsque M. Tchuto l’a accusé de lui avoir attribué à tort des allégations selon lesquelles des soldats seraient impliqués dans un trafic de drogue. Les accusations étaient basées sur une interview pour une télévision britannique dans laquelle le journaliste a servi d’interprète. Le chef de la marine a également engagé des poursuites contre M. Dabo en août dernier à la cour criminelle. Le procès est encore en cours.

« Ces menaces contre Albert sont une tentative pour faire taire les journalistes couvrant le trafic de drogue en Guinée Bissau », a déclaré Gabriel Baglo, Directeur du bureau Afrique de la FIJ. « Le procès contre notre collègue est une tentative d’intimidation. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement de prendre des mesures pour mettre un terme à cette poursuite pénale et aux intimidations que Dabo et d’autres journalistes d’investigation font face dans le pays.»

Albert Dabo, qui travaille avec l’agence Reuters et avec la station de radio privée Bombolom FM, reçoit des menaces de mort depuis le mois de juin. En raison de la gravité de ces menaces, il était entré dans la clandestinité pendant une brève période mais les menaces ont recommencé.

Le 7 janvier, M. Tchuto a arrêté sa voiture dans la circulation dans la capitale Bissau et a montré son poing de façon menaçante à Dabo. Quelques heures plus tard, le journaliste a reçu une menace de mort par téléphone.

Suite à la plainte du chef de la marine contre M. Dabo, ce dernier a été inculpé en août pour diffamation, violation de secrets d’État, dénonciation calomnieuse, abus de la liberté de la presse et collusion avec des journalistes étrangers.

Pour plus d’informations, merci de contacter le + 221 33 842 01 43
La FIJ représente plus de 600 000 journalistes dans 120 pays dans le monde


Célestin Bedzigui: “Modifier la constitution serait un crime politique de haute trahison.”

janvier 1, 2008

Célestin Bedzigui: “Modifier la constitution serait un crime politique de haute trahison.”

Click to jump to 'La Nouvelle Expression'28 DEC. 2007
© Valentin Siméon Zinga, La Nouvelle Expression
c_bedzigui_ct_80.jpgEntre la gestion de Arri Inc son agence de notation en risque pays, et son travail de conseiller au sein de Prudential Financial, l’une des plus grosses firmes américaines en matière de services financiers, investissements et assurances, l’ancien vice-président de l’Undp a pris la peine d’explorer divers sujets qui préoccupent les Camerounais…
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Depuis de longs mois on ne vous pas entendu…

Un temps consacré à la réflexion… A sujet grave convient méditation dans le silence et parole forte lorsque le temps de parler arrive. En prenant le chemin de mon exil américain, il y a bientôt trois ans, j’avais choisi de me mettre en réserve, ayant été pendant près de douze ans de tous les combats pour la démocratie dans notre pays

Comment vivez-vous le débat sur la révision de la Constitution qui anime la scène politique depuis des mois ?

On observe depuis quelques mois des manœuvres des féaux du parti de Monsieur Biya visant à une réécriture de la constitution de manière à permettre à Monsieur Biya d’être président à vie du Cameroun et perpétuer le système de prédation institutionnalisée qui a déjà presque tué notre pays… C’est un péril extrême pour le Cameroun et son avenir. En logique et en droit, la norme constitutionnelle est intangible. C’est elle qui fonde la stabilité d’un Etat et de ses institutions, c’est elle qui sert de mesure à la Loi. De plus, les raisons pouvant entraîner la révision de la constitution doivent être d’un ordre majeur tel qu’un changement de régime ou une modification de la forme de l’Etat ou de l’ordonnancement institutionnel. Modifier la constitution dans le seul but de permettre à Monsieur Biya de se représenter serait une violation flagrante de la constitution. La constitution est la dernière protection du citoyen contre un pouvoir abusif. Sa violation délibérée justifierait amplement que les Camerounais soient prêts à se lever en masse pour la défendre, soient prêts aussi à payer le prix. De plus, il faut tout de même que le Cameroun s’inscrive dans les processus des Etats modernes en matière d’exercice du pouvoir ou prévalent des termes de plus en plus brefs : quatre ans aux Usa, cinq ans en France et en Afrique du Sud, des mandats de plus en plus limités : un en Corée du Sud, un au Mexique, deux au Nigeria, Afrique du Sud et j’en passe. L’exemple de Abdou Diouf, Obansanjo, Thabo Mbeki, Rawlings qui quittent le pouvoir dignement est un prisme grossissant du grotesque de Biya à s’accrocher au pouvoir après plus de cinq mandats et près de trente ans d’un règne décevant à tout point de vue… Le Cameroun mérite-t-il une telle dérision et une telle malédiction ??? Non !

Vous êtes préoccupé par l’orchestration qui se fait à l’intérieur du Rdpc ?

C’est une grossière mise en scène. Connaissant à quel point sont contrôlées par le Palais d’Etoudi la radio et la télévision d’Etat, il ne peut être autorisé à des gougnafiés de se voir autoriser à exprimer sur les ondes nationales une proposition comme celle-là, impliquant et la constitution du Cameroun et la président de la République sans que ce dernier n’y consente. Si Monsieur Biya, instrumentalisant ses complices, va au bout de son intention, il s’agira non seulement d’une violation flagrante de la constitution, mais aussi d’un crime politique de haute trahison, car il aura abusé du contrôle qu’il a sur les institutions pour manipuler à des fins personnelles la seule chose qui est intangible dans notre pays, la constitution.

En démocratie, même en construction, les citoyens ont tout de même le droit d’exprimer leurs opinions…

Dès le début des années 90, Biya a refusé la démocratie. Il n’ont pas changé d’état d’esprit depuis lors. On peut dire que depuis le temps où il faisait arrêter, emprisonner et torturer des citoyens parce qu’ils avaient osé écrire un brouillon de statut d’un parti politique à créer, jusqu’aujourd’hui où il refuse que les élections soient gérées par un organisme indépendant sans interférence des sous-préfets, il n’y a pas, du point de vue de la légitimité de son pouvoir, aucune différence. Monsieur Biya n’a jamais été élu par la majorité des Camerounais. Les années de lutte de l’opposition ont certes permis d’arracher une certaine liberté de parole. Mais les pratiques électorales établies par l’administration ont donné naissance à un monstre que j’appelle la « maldemocratie«  qui brandit le vote d’une infime minorité sélectionnée de citoyens comme diplôme de la démocratie, alors que la grande majorité de nos populations n’ont pas la possibilité de faire valoir leur opinion. Il y a là, à la longue, un risque majeur de rupture de la cohésion civile.

Vous êtes excessif…

Ces gens qui, au fil du temps et des élections, se voient exclus des élections parce que par rapport au lieu où ils résident “leur nom ne sonne pas correct” et de ce fait, sont catalogués potentiellement opposants et ne reçoivent pas de carte d’électeurs, un jour ou l’autre, voudront que leur voix soit entendue et Dieu seul sait par quel moyen… Est-il réaliste de faire croire, par exemple, que toutes les communes de Yaoundé sont peuplées majoritairement de sympathisants du Rdpc ? Absolument pas… La majorité des populations de certaines zones sont tout simplement écartées des listes électorales qui sont alimentées en majorité par les noms fournis par les responsables locaux du Rdpc. Ceux qui sont frappés du « délit de patronyme«  ne peuvent pas rester toute leur vie privés de la jouissance de leur droit civique élémentaire de base qui est le libre vote. Laisser ainsi la frustration s’accumuler dans les esprits des citoyens est un jeu périlleux. Quand le bouchon finit par sauter, ce ne sont pas les armes des sous-préfets et autres préfets qui s’autorisent à tirer sur des manifestants pacifiques, un cas unique au monde ! qui arrêtera le déferlement qui s’en suivra… Parlant toujours de frustration, je relève le cas de ces milliers de Camerounais résidant à l’étranger à qui il n’a jamais été donné l’occasion de voter. Le régime de Biya ne leur connaît d’existence que lorsqu’il s’agit de tournée de propagande d’installation des organes de base du Rdpc… Après cela, rideau messieurs, on ne vous connaît plus !!! La aussi, le Cameroun est unique dans le genre au monde. C’est autant de raisons de s’inquiéter pour le futur de notre pays…

Peut-on sortir de cette logique, et comment ?

Bien sûr. Le remède est dans l’approche. C’est d’elle que se déduisent les mesures pratiques à prendre. Le régime de Biya privilégie la démocratie en tant que procédure. On organise des élections alibis, qu’importe si les listes sont fausses, qu’importe si les votes sont multiples, qu’importe si la participation est marginale. Ce qui compte, c’est les procès verbaux validés par les magistrats aux ordres des commissions départementales, c’est la forme, c’est la procédure. Peu importe la légitimité. Je privilégierai pour ma part une approche de la démocratie en tant que culture. Des citoyens ayant accès à la possibilité de voter, conscients de l’importante de leur vote comme instrument du choix et de sanction de leurs dirigeants, un processus électoral mené par une organisation indépendante. Voyez ce qui se passe au Ghana, au Kenya, en Afrique du Sud. Voilà des modèles, et je suis fondé de croire que les Camerounais méritent de savoir leur pays être cité parmi les exemples, ce qui est le cas contraire pour le moment…

Vous avez sûrement suivi la polémique sur le rapatriement des restes du président Ahidjo. Quelle réflexion vous inspire-t-il ?

Sujet grave s’il en est, qui conditionne grandement l’avenir de notre nation. Sujet dont certains aspects doivent cesser d’être tabous. La gravité du sujet commande qu’un jour toutes les composantes de la nation se rassemblent dans une assise du type “Vérité et Réconciliation” afin de mettre à plat notre histoire et partir sur des bases nouvelles purgées de toutes les rancœurs cachées. J’appréhende la réconciliation nationale à deux niveaux: le niveau historique et le niveau politique. J’analyse ici le niveau historique. La naissance du Cameroun indépendant s’est faite dans le sang de milliers de Camerounais, patriotes luttant avec des fusils de traite pour l’indépendance. Nos compatriotes Bamilékés et, dans une certaine mesure, Bassa- Bambimbi ont payé un prix en vies humaines très élevé. Mais l’historiographie officielle n’a jamais voulu reconnaître le sacrifice de ces patriotes qui continuent d’être appelés «  maquisards« . Le jour doit venir où la nation reconnaîtra et enseignera aux jeunes générations qu’il y a eu un génocide bamiléké perpétré par les colons et que cela a été une part importante du prix payé pour notre indépendance. Il faut que le sujet cesse d’être tabou pour être débattu sereinement et que la nation exprime sa reconnaissance à ceux qui se sont sacrifiés pour notre indépendance. Nos compatriotes Bamiléké méritent ce geste qui étanchera le sentiment d’injustice que certains d’entre eux ressentent et qu’il m’a été donné de relever dans nos conversations depuis les trois décennies que dure mon alliance matrimoniale avec eux. .

Et au niveau politique ?

C’est le respect de l’esprit de la loi d’amnistie de 1991 qui était censée clôturer le conflit politique survenu à la suite de la passation de pouvoir entre Ahidjo et Biya qui est en cause. Dans la nuit du 28 novembre 1997, dans le cadre de l’élaboration de la plate-forme politique Rdpc-Undp, nous nous sommes retrouvés autour de la table, entre autres, côté Rdpc Mafany Musonge et Joseph Charles Doumba ; côté Undp, Maïgari Bello Bouba et moi. Nous avons retenu comme étant l’un des trois piliers de l’accord politique la réconciliation nationale, en écrivant : « Renforcer l’Unité et la Cohésion nationale notamment par la poursuite de la politique de Réconciliation nationale et l’application de la loi d` amnistie du 23 Avril de 1991« . Le président Biya à qui le texte sera soumis aux premières heures de la matinée, nous fera savoir que pour lui, la loi d’amnistie qui datait de six ans avait droit à ses pleins effets et que la mentionner était superflu. L’un de ces effets était bien sur le rapatriement de la dépouille de l’ancien président Ahidjo. Un sujet évoqué à un tel niveau est donc forcement d’intérêt national, qui plus est, compte tenu de la charge symbolique du président Ahidjo, non seulement pour nos compatriotes du Septentrion mais aussi pour tous les Camerounais. Lorsqu’à New York, j’ai suivi, il y a quelques semaines, Monsieur Biya s’exprimant sur France 24 dire que le rapatriement du corps d’Ahidjo était une affaire familiale, je tombais des nues. Un dirigeant soucieux d’arriver à l’apaisement des cœurs de son peuple aurait depuis longtemps organisé le retour de la dépouille de son prédécesseur. Au lieu de quoi, Monsieur Biya prend en otage une partie de l’histoire du Cameroun en refusant aux Camerounais des obsèques nationales et un sépulcre pour leur premier président. Il enlève également à ceux qui aimeraient interroger les zones d’ombre de la période de l’Histoire de notre pays où Ahidjo le gouvernait la possibilité de le faire. Il est vrai qu’il subsiste beaucoup de mystère sur la relation amour- haine qui continue à prévaloir entre ces deux personnages. En refusant d’initier une réconciliation nationale réelle, et compte tenu de sa place de bras droit d’Ahidjo, Monsieur Biya craindrait-il que la lumière soit jetée sur son rôle et sa responsabilité sur les épisodes sanglants de notre histoire ? Les Camerounais seraient en droit de poser cette question un jour …

Bedzigui, un recours en 2011 ?

Laissons au temps la parole…

Le Cameroun est en quête d’investisseurs étrangers. Et le flou qui persiste sur l’après 2011 ne semble pas rassurant. Pourquoi d’après vous ?

Le coefficient d’attractivité du Cameroon auprès de la communauté internationale des investisseurs ne connaît guère d’amélioration depuis des années et ce pour des raisons politiques de «  maldemocratie«  connue de tous. Tenez, « The World Analysis for Every Country on the Planet«  préparé et publié à la fin de chaque année par la Cia et rendu public il y a quelques semaines dit du Cameroon:« political power remains in the hands of a ethnic oligarchy headed by President« … Lorsqu`au-delà d`une telle appréciation, on apprend qu’un tel pouvoir tend à se perpétuer, les investisseurs internationaux dont ce rapport est l’une des sources d’informations sur la stabilité de l’environnement économique et politique préfèrent aller placer leurs billes ailleurs ! Le combat pour mettre un terme à l’ère Biya porte en réalité sur la volonté ou non d’un souffle politique nouveau, mais aussi d’une nouvelle perception de notre pays par les investisseurs internationaux se traduisant par un afflux d’investissements nouveaux et un avenir plus prometteur pour les jeunes et pour nos enfants.

Le programme triennal avec le Fmi et la Bm arrive à terme fin juin 2008. Et beaucoup s’inquiètent de ce que le régime ne soit toujours pas à mesure de dire s’il va modifier ses rapports avec ses institutions, s’il va élaborer sa propre politique économique… Ce silence vous semble-t-il préoccupant ?

Préoccupant et surtout révélateur. Et nous avons toujours dénoncé l’incapacité de ce pouvoir à formuler une politique économique émanant d’une réflexion de ses propres compétences et adossée sur une vision à long terme de la vocation de notre pays, de la mise en valeur de nos ressources tant naturelles qu’humaines. Le régime de M. Biya s’est réfugié depuis une vingtaine d’années derrière la feuille de vigne des réformes imposées par le Fmi et la Banque mondiale qui ont forcément un impact limité sur la gestion financière à court terme en ce qui concerne le Fmi, et sur le renforcement de capacités de sous-systèmes périphériques en ce qui concerne la Banque mondiale. Où sont les deux ou trois barrages de production hydroélectrique dont le Cameroun aurait dû se doter depuis vingt ans pour prévenir le déficit actuel d’énergie dont souffre le pays et qui n’autorise aucun investissement industriel majeur? Où est l’autoroute Nord-Sud qui mettrait Ngaoundéré à quatre heures de Yaoundé et accélérerait la circulation des hommes et des produits entre le Nord et le Sud de notre pays, ce qui donnerait un coup de fouet à la production et aux services? Où est le programme d’éradication des bidonvilles de la Briqueterie, Mokolo Elobi, Nkololoun et j’en passe qui donnerait lieu à des développements de programmes d’habitats sociaux utilisant les matériaux locaux relançant ainsi le secteur de la construction ? Où est le programme de modernisation et de mécanisation de l’outillage agricole pour libérer nos paysans de la servitude de la machette et de la houe aux performances si limitées ? Où est la seconde travée de l’autoroute Douala- Yaoundé pour mettre un terme à l’hécatombe de l’axe dit « lourd », le second pont sur le Wouri, le tout pour relancer le secteur des travaux publics? Où est le programme d’informatisation de la société camerounaise pour mettre en valeur notre potentiel de jeunes si bien formés et dont certains sont parfaitement bilingues ? La seule revue de ces questions illustre à quel point, du fait de la domination de la culture égocratique, le régime en place ne semble pas préoccupé ou est incompétent à élaborer une véritable politique économique de développement du Cameroun. Et je pense au titre du livre du Sud-Africain Alan Paton: “PLEURE O PAYS BIEN AIME”.


TOGO: Les hospitaliers au secours des associatifs, les patients applaudissent

décembre 26, 2007

LOME, 18 décembre 2007

– Depuis plus d’un an, un réseau togolais de personnes infectées au VIH organise régulièrement des rencontres entre soignants associatifs et hospitaliers pour leur permettre de partager leurs connaissances et ainsi améliorer la prise en charge des patients séropositifs.

Tous les derniers mercredis de chaque mois depuis 2006, des professionnels de la santé associatifs et hospitaliers se retrouvent au siège du Réseau des associations de personnes vivant avec le VIH au Togo, le RAS +, à Lomé, la capitale togolaise.

Cette initiative est partie du constat qu’en dépit de leur engagement et de leur bonne volonté, certains soignants associatifs n’avaient pas toujours tous les outils et connaissances nécessaires pour une bonne prise en charge du VIH/SIDA, ce qui avait pour effet de surcharger les soignants hospitaliers, au détriment des personnes vivant avec le VIH.

« Nous avons eu cette idée pour aider les personnes vivant avec le VIH afin que leurs souffrances soient amoindries et que les soignants puissent être plus efficaces », a expliqué à IRIN/PlusNews Augustin Dokla, président du RAS+, qui regroupe une dizaine d’organisations dans le pays.

Chaque mois, un spécialiste, entre autres des différentes affections opportunistes liées au VIH/SIDA, est invité, a expliqué M. Dokla. Chacun d’entre eux fait un exposé dans son domaine, et les soignants associatifs, au regard des difficultés qu’ils rencontrent dans la prise en charge médicale de leurs patients séropositifs, posent des questions.

Lors d’une de ces rencontres, organisée fin octobre, les soignants venus des différentes associations et ONG, appartenant au RAS + ou non, ont suivi un exposé du docteur Koussake Kombate, dermatologue, qui a détaillé un certain nombre d’affections cutanées liées au VIH/SIDA.

Mme Kombate a expliqué aux soignants l’importance de traiter rapidement les affections cutanées, d’un point de vue clinique mais aussi social. « La peau est un organe qui est [visible] et ses affections peuvent entraîner des comportements stigmatisant » a-t-elle souligné.

La difficulté d’établir un diagnostic a été évoquée par des soignants associatifs lors de cette rencontre.

« J’ai reçu un matin un cas de gale norvégienne, mais je ne m’en suis pas rendu compte », a regretté le docteur Yema D’almeida, de l’ONG Promotion développement humain (PDH), une ONG qui assure une prise en charge médicale des personnes vivant avec le VIH dans la banlieue nord de Lomé.

Pour aider les soignants à reconnaître les différentes affections de la peau et celles qui peuvent prêter à confusion, Mme Kombate a montré des images de certaines d’entre elles. « La dermatologie est la bête noire [des soignants] et les lésions sont difficiles à reconnaître », a-t-elle reconnu.

Répondre aux besoins des patients

Lors de la rencontre au siège du RAS+, Leopold Agagah, assistant médical de l’ONG locale Action contre le sida (ACS), a confié son désarroi face à un de ses patients dont l’état de santé ne s’améliorait pas.

« [Mon patient] infecté au VIH a des tumeurs de kaposi, il n’arrive pas à porter des chaussures et son mal ne s’améliore pas, pourtant il est sous ARV [antirétroviraux] depuis deux ans », a-t-il raconté.

Le docteur Kombate et d’autres intervenants lui ont alors conseillé de vérifier si le patient respectait scrupuleusement son traitement ARV : si c’était le cas, de penser à un changement de traitement, ou sinon, de l’aider à corriger le tir.

« Avec les échanges lors de nos réunions et les conseils du docteur Kombate, je sais désormais comment m’y prendre », a affirmé M. Agagah, soulagé.

Les soignants ont salué l’existence de ce cadre de concertation entre personnels de santé. « Cette rencontre nous permet de revoir des choses que nous avons apprises et que nous avons oubliées » a témoigné le docteur D’almeida.

Pour ce médecin, rencontrer régulièrement ses pairs spécialisés est une occasion d’approfondir ses connaissances mais également d’aider les patients à limiter leurs frais, car un médecin ou un soignant qui maîtrise bien sa matière fait des prescriptions adéquates et permet aux patients de ne pas faire de dépenses superflues en achat de médicaments, a-t-il noté.

Parmi les maladies dont les signes cliniques peuvent induire le personnel de santé en erreur figure la cryptococcose méningée, une infection opportuniste du cerveau, souvent associée au sida, qui peut engager le pronostic vital du patient si elle n’est pas soignée à temps.

Cette infection se manifeste très souvent par des céphalées (maux de tête) : les soignants, pour la plupart, ont reconnu qu’ils préconisaient alors en général des traitements contre le paludisme, endémique au Togo comme dans de nombreux pays de la région.

« Quand je recevais des patients qui se plaignaient de céphalées, je ne pensais pas souvent à la cryptococcose méningée, mais avec les rencontres avec des médecins spécialisées, je réagis mieux », a affirmé le docteur D’almeida.

Ces rencontres, qui réunissent des participants venus de différentes régions du pays, ont permis à de nombreux soignants de s’attaquer plus tôt à certaines infections liées au VIH/SIDA dont souffraient leurs patients et donc de leur permettre d’en guérir plus rapidement, s’est félicité M. Dokla.

« Aujourd’hui, quand ils ont leurs patients, [les soignants] ne passent pas quatre chemins pour établir leur diagnostics, ils vont droit au traitement adéquat », a-t-il dit.

L’initiative, soutenue par TIDES, une fondation américaine, permet aussi d’améliorer les relations entre soignants, en les aidant à prendre conscience des difficultés auxquelles chacun est confronté et de se faciliter la tâche. En un an, de nombreux médecins, infirmiers, sage femme et assistants médicaux ont pu se rencontrer et faire connaissance.

« Parfois, pour éviter aux patients de faire de longues queues ou d’aller chercher les médecins en vain, nous appelons nos collègues pour leur prendre des rendez-vous », a dit M. Agagah.