Jean Bosco Talla : J’enquêtais sur les châteaux de Zoétélé

février 19, 2008
 
Click to jump to 'Mutations'YAOUNDE – 19 FEVRIER 2008
© Mutations
Le directeur de publication du Front explique la mésaventure à l’origine d’une plainte de Polycarpe Abah Abah contre lui.
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La presse vous a annoncé interpellé à Zoétélé. Que vous est-il arrivé ?

Après la publication de la liste des 64 présumés délinquants économiques par Le Messager, La Nouvelle Expression et Le Jour, notre rédaction s’est posée la question de savoir selon quels critères les noms de personnalités étaient insérés. On s’est dit qu’il doit y avoir des indices visibles. C’est ainsi qu’en janvier nous nous sommes interrogés sur les maisons de ces personnalités qui donnent à penser : Ondo Ndong, Polycarpe Abah Abah, Gilles Roger Belinga, Rémy Ze Meka… Comme il y en avait 64, nous avons promis une suite à nos lecteurs.

Mais certaines réactions après notre article de janvier estimaient qu’en ne mentionnant pas une villa construite à 100m d’une autre à Odza[banlieue chic de Yaoundé), nous protégions quelqu’un qui nous manipulerait et qui serait d’ailleurs en train d’édifier un château à Zoétélé. Cette cité était donc un site fertile d’observation.

Que s’est-il donc passé ?

Le mardi 12 février, une dame nous a demandé de rebrousser chemin, non loin d’une barrière sur la route, parce que nous étions sur une voie privée, mais on apercevait au loin la maison de Polycarpe Abah Abah. Sur le chemin du retour, un homme nous a invité à venir dans son boukarou pour converser et nous nous sommes retrouvés, le moto-taxi et moi, au milieu d’une meute menaçante de gens qui disaient que je devais être lynché si j’étais un journaliste. Je me suis alors présenté comme un étudiant mais ils ont arraché téléphone et dictaphone avant de me ramener en ville et me remettre aux gendarmes.

Que vous ont dit les gendarmes ?

Le commandant de compagnie qui passait par là m’a d’abord reçu gentiment avant de demander mon arrestation, après une conversation au téléphone avec un interlocuteur inconnu, ainsi que celle du stagiaire qui m’attendait en ville et qui est venu me retrouver. Vers 21h45, on est venu me faire sortir. On m’a passé des menottes et bandé les yeux avant d’éteindre toutes les lumières. On m’a alors expliqué qu’on me ramenait à Bafoussam, mais vers 1h du matin, je me suis retrouvé à Douala, à la légion de gendarmerie. Les gendarmes m’ont ensuite transporté à la brigade de gendarmerie du port nord. Un capitaine a exigé que l’on m’amène ailleurs après avoir signalé mon passage. Je me retrouve donc à la gendarmerie dite de la base maritime pour un même scénario, puis on retourne à Zoétélé. Où les gendarmes me demandent comment ont-ils fait pour me laisser en vie… Pendant trois jours, je n’avais pas pu manger et je ne savais pas ce qu’on me reprochait.

Et que vous reprochait-on ?

C’est jeudi, trois jours après, que le commandant de brigade de Zoétélé m’a appris, alors que je lui signalais que je ne savais pas pourquoi j’avais été arrêté et violenté, qu’une plainte avait été déposée contre moi par Polycarpe Abah Abah pour violation de domicile et tentative de vol aggravé. J’ai alors été présenté au procureur de la République qui m’a convoqué ce jeudi.

Pourquoi vos collègues ont-ils pointé un doigt accusateur vers le ministre de la Défense Rémy Ze Meka ?

La connexion avec lui peut être appréciée avec le kidnapping vers Douala. Ça doit être la Sémil (Sécurité militaire). Sinon, je ne comprends pas pourquoi je me suis retrouvé à Douala.

Jean Baptiste Ketchateng

Traitement : La presse fait chorus sur l’affaire J-B Talla

L’arrestation du directeur de publication du Front vue par la presse camerounaise.

Jeudi prochain, Jean Bosco Talla, le directeur de publication délégué du journal Le Front sera entendu par le procureur de la République près des tribunaux de grande instance du Dja et Lobo à Sangmélima. C’est ce que révèle l’édition d’hier du quotidien Le Jour. Avec ce rendez-vous, l’on espère que la lumière sera faite sur une affaire qui fait les choux gras de la presse d’ici et d’ailleurs depuis la semaine dernière. C’est le dimanche 10 février dernier alors qu’il enquêtait sur le patrimoine de certaines personnalités originaires de l’arrondissement de Zoétélé que Jean Bosco Talla et son reporter Hervé Kémété ont été arrêtés par des gendarmes. Comme le souligne Mutations du 13 février dernier et reprenant les propos de Peter William Mandio, le propriétaire du titre Le Front,  » Ils s’y étaient rendus pour des reportages. Il se trouve que de hauts commis de l’Etat sont originaires de cette partie du pays et qu’ils y ont construits de nombreux châteaux « .

Parlant de commis de l’Etat, il se trouve que ces derniers ont pour identité Polycarpe Abah Abah, ancien ministre de l’économie et des finances et Rémy Ze Meka l’actuel ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense qui auraient, aux dires de Claude Tadjon dans Le Jour d’hier, déjà déposé des plaintes pour tentative de cambriolage, violation de domicile et espionnage. Dans le même article, Me Togué, l’avocat de Jean Bosco Talla, déclare que son client bénéficie d’un « élargissement provisoire  » depuis le 13 février avant d’ajouter que « Jeudi prochain, lorsqu’il sera présenté au procureur de la République, on sera fixé sur son inculpation ou pas ».

Selon le site internet http://www.actuphoto.com,  » le directeur délégué du Front et le journaliste (Hervé Kémété) ont ensuite été présentés au procureur de la République de Zoétélé, le 12 février vers 17 heures. Ils ont ensuite été transférés au commissariat du port, à Douala, où il ont été détenus pendant deux jours « . Des péripéties qui ont finalement débouché sur une libération provisoire. Une liberté qui intervient selon Le Messager après leur arrestation à Zoétélé et leur incarcération probable à Douala, puis à Yaoundé. Non sans expliquer que : « Le travail du Front se situe dans la perspective d’une contribution des médias à la lutte contre la corruption et, surtout, le détournement de fonds publics. Que le directeur délégué du Front soit interpellé dans ce cadre, conforte les journalistes de cette publication sur le fait que le pouvoir cherche à écraser la presse afin qu’elle se taise sur les détournements opérés sur le dos des citoyens. Actuellement, les reporters du Front redoutent une perquisition du siège de leur journal, voire de leurs domiciles respectifs.

Ils interpellent les forces vives du pays afin qu’elles ouvrent les yeux sur les cas abus commis sur les reporters qui ne demandent qu’à faire leur travail.  » En rappel,  » Jean Bosco Talla, enseignant, a pris depuis deux mois la direction du Front. Habitué des enquêtes anti-corruption au sein de la société civile, le directeur de la publication de ce journal qui avait pris le parti d’être un franc-tireur sur la scène médiatique pour lui donner une  » nouvelle identité  » « , souligne le quotidien Mutations du 13 février sous la plume de Jean-Baptiste Kétchateng.

Parfait Tabapsi

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IFJ Says Intimidation of Journalist Must End in Guinea Bissau

janvier 18, 2008

INTERNATIONAL FEDERATION OF JOURNALISTS

Media Release
17 January 2007

IFJ Says Intimidation of Journalist Must End in Guinea Bissau

The International Federation of Journalists (IFJ) today condemned the recent intimidation of the journalist Albert Dabo in Guinea Bissau by the chief of the national navy Rear Admiral Jose Américo Bubo Na Tchuto and the anonymous death threats the reporter has received by phone.

Dabo started receiving threats last June after Tchuto accused him of falsely attributing to the navy chief the allegation that soldiers are implicated in drug trafficking. The accusations stem from an interview for a British television in which the journalist acted as an interpreter for Tchuto. The navy chief also filed suit against Dabo last August in criminal court. The trial is still pending.

“These threats against Albert are an attempt to silence journalists covering drug trafficking in Guinea Bissau,” said Gabriel Baglo, Director of the IFJ Africa office. “The court case against our colleague is yet another attempt at intimidation. We are calling on the government to take action to put an end to the criminal suit and to end the intimidation Dabo and other investigative journalists in the country face.”

Dabo, who works with Reuters and the private radio station Bombolom Fm, has been receiving death threats since June. Because of the seriousness of these threats he was briefly in hiding. The threats have continued.

On January 7, Tchuto stopped his car in traffic in the capital city of Bissau and showed his fist in a threatening way to Dabo. A few hours later, the journalist received a death threat by phone.

After the navy chief launched a complaint against him, Dabo was charged on August with libel, violating state secrets, libellous denunciation, abusing press freedom and colluding with foreign journalists.

For further information contact the IFJ: +221 33 842 01 43
The IFJ represents over 600,000 journalists in 120 countries

PR

COMMUNICADO DE IMPRENSA
17 de Janeiro de 2008

A FIJ Apela a deixar as ameaças contra um jornalista na Guiné-Bissau

A Federaçao Internacional dos jornalistas (FIJ) condenou hoje os recentes actos de intimidaçäo do jornalista Albert Dabo na Guiné-Bissau pelo o Chefe da Marinha Nacional, o Contra Almirante José Americo Bubo Na Tchuto, assim como as ameaças de morte anonimas que o jornalista recebeu atravès do téléfone.

Senhor Dabo começou a receber as amaeças em Junho passado quando senhor Tchuto acuso-lhe de lhe ter atribuido culpa as alegaçoes segundo o qual os soldados estâo implicados no tràfico da droga. As acusaçoes estavam baseadas sobre uma entrevista por uma televisâo britânica no qual o jornalista serviu de interprete. O chefe de Marinha engajou igualmente as perseguiçoes contra Senhor Dabo em Agosto passado no tribunal criminal. O processo esta ainda em curso.

“Estes ameaças contra Albert Dabo é uma tentativa para fazer calar os jornalistas que fazem a cobertura do tràfico da droga na Guiné-Bissau”, declarou Gabriel Baglo, Director do Bureau Africa da FIJ. “O processo contra o nosso colega é uma tentativa de intimidaçâo. E por isso, que nos pedimos ao Governo de tomar suas medidas para pôr um termo a esta perseguiçâo penal e as intimidaçoes que Dabo e outros jornalistas de investigaçâo confrontam no pais”.

Albert Dabo, que trabalha com Agência Reuters e com a estaçâo da radio privada Bombolom FM, recebeu as ameaças de morte desde do mês de Junho.
Em razao da gravidade destas ameaças, ele tinha entrado na clandestinidade durante um certo periodo, mais as ameaças recomeçaram.

No dia 7 de janeiro de 2008, senhor Tchuto parou sua viatura na circulaçâo na capital de Bissau, e mostrou seu punho de uma maneira ameaçadora ao senhor Dabo. Algumas horas mas tarde, o jornalista recebeu uma ameaça de morte por telefone.

Apos a queixa do Chefe da Marinha contra Dabo, este ultimo foi inculpado em Agosto por difamaçäo, violaçâo de segredos de Estado, denuncias calomniosas abusos de liberdade de imprensa e colusâo com os jornalistas estrangeiros.

Para mas informaçoës, é favor de contractar o numero + 221 33 842 01 43
A FIJ representa mais de 600.000 jornalistas nos 120 paises do mundo.

FR

FEDERATION INTERNATIONALE DES JOURNALISTES

Communiqué de presse
17 janvier 2008

La FIJ appelle à cesser les menaces contre un journaliste en Guinée Bissau

La Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) a condamné aujourd’hui les récents actes d’intimidation du journaliste Albert Dabo en Guinée-Bissau par le chef de la marine nationale, le Contre-amiral José Américo Bubo Na Tchuto, de même que les menaces de mort anonymes que le journaliste a reçu par téléphone.

M. Dabo a commencé à recevoir des menaces en juin dernier lorsque M. Tchuto l’a accusé de lui avoir attribué à tort des allégations selon lesquelles des soldats seraient impliqués dans un trafic de drogue. Les accusations étaient basées sur une interview pour une télévision britannique dans laquelle le journaliste a servi d’interprète. Le chef de la marine a également engagé des poursuites contre M. Dabo en août dernier à la cour criminelle. Le procès est encore en cours.

« Ces menaces contre Albert sont une tentative pour faire taire les journalistes couvrant le trafic de drogue en Guinée Bissau », a déclaré Gabriel Baglo, Directeur du bureau Afrique de la FIJ. « Le procès contre notre collègue est une tentative d’intimidation. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement de prendre des mesures pour mettre un terme à cette poursuite pénale et aux intimidations que Dabo et d’autres journalistes d’investigation font face dans le pays.»

Albert Dabo, qui travaille avec l’agence Reuters et avec la station de radio privée Bombolom FM, reçoit des menaces de mort depuis le mois de juin. En raison de la gravité de ces menaces, il était entré dans la clandestinité pendant une brève période mais les menaces ont recommencé.

Le 7 janvier, M. Tchuto a arrêté sa voiture dans la circulation dans la capitale Bissau et a montré son poing de façon menaçante à Dabo. Quelques heures plus tard, le journaliste a reçu une menace de mort par téléphone.

Suite à la plainte du chef de la marine contre M. Dabo, ce dernier a été inculpé en août pour diffamation, violation de secrets d’État, dénonciation calomnieuse, abus de la liberté de la presse et collusion avec des journalistes étrangers.

Pour plus d’informations, merci de contacter le + 221 33 842 01 43
La FIJ représente plus de 600 000 journalistes dans 120 pays dans le monde


Célestin Bedzigui: “Modifier la constitution serait un crime politique de haute trahison.”

janvier 1, 2008

Célestin Bedzigui: “Modifier la constitution serait un crime politique de haute trahison.”

Click to jump to 'La Nouvelle Expression'28 DEC. 2007
© Valentin Siméon Zinga, La Nouvelle Expression
c_bedzigui_ct_80.jpgEntre la gestion de Arri Inc son agence de notation en risque pays, et son travail de conseiller au sein de Prudential Financial, l’une des plus grosses firmes américaines en matière de services financiers, investissements et assurances, l’ancien vice-président de l’Undp a pris la peine d’explorer divers sujets qui préoccupent les Camerounais…
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Depuis de longs mois on ne vous pas entendu…

Un temps consacré à la réflexion… A sujet grave convient méditation dans le silence et parole forte lorsque le temps de parler arrive. En prenant le chemin de mon exil américain, il y a bientôt trois ans, j’avais choisi de me mettre en réserve, ayant été pendant près de douze ans de tous les combats pour la démocratie dans notre pays

Comment vivez-vous le débat sur la révision de la Constitution qui anime la scène politique depuis des mois ?

On observe depuis quelques mois des manœuvres des féaux du parti de Monsieur Biya visant à une réécriture de la constitution de manière à permettre à Monsieur Biya d’être président à vie du Cameroun et perpétuer le système de prédation institutionnalisée qui a déjà presque tué notre pays… C’est un péril extrême pour le Cameroun et son avenir. En logique et en droit, la norme constitutionnelle est intangible. C’est elle qui fonde la stabilité d’un Etat et de ses institutions, c’est elle qui sert de mesure à la Loi. De plus, les raisons pouvant entraîner la révision de la constitution doivent être d’un ordre majeur tel qu’un changement de régime ou une modification de la forme de l’Etat ou de l’ordonnancement institutionnel. Modifier la constitution dans le seul but de permettre à Monsieur Biya de se représenter serait une violation flagrante de la constitution. La constitution est la dernière protection du citoyen contre un pouvoir abusif. Sa violation délibérée justifierait amplement que les Camerounais soient prêts à se lever en masse pour la défendre, soient prêts aussi à payer le prix. De plus, il faut tout de même que le Cameroun s’inscrive dans les processus des Etats modernes en matière d’exercice du pouvoir ou prévalent des termes de plus en plus brefs : quatre ans aux Usa, cinq ans en France et en Afrique du Sud, des mandats de plus en plus limités : un en Corée du Sud, un au Mexique, deux au Nigeria, Afrique du Sud et j’en passe. L’exemple de Abdou Diouf, Obansanjo, Thabo Mbeki, Rawlings qui quittent le pouvoir dignement est un prisme grossissant du grotesque de Biya à s’accrocher au pouvoir après plus de cinq mandats et près de trente ans d’un règne décevant à tout point de vue… Le Cameroun mérite-t-il une telle dérision et une telle malédiction ??? Non !

Vous êtes préoccupé par l’orchestration qui se fait à l’intérieur du Rdpc ?

C’est une grossière mise en scène. Connaissant à quel point sont contrôlées par le Palais d’Etoudi la radio et la télévision d’Etat, il ne peut être autorisé à des gougnafiés de se voir autoriser à exprimer sur les ondes nationales une proposition comme celle-là, impliquant et la constitution du Cameroun et la président de la République sans que ce dernier n’y consente. Si Monsieur Biya, instrumentalisant ses complices, va au bout de son intention, il s’agira non seulement d’une violation flagrante de la constitution, mais aussi d’un crime politique de haute trahison, car il aura abusé du contrôle qu’il a sur les institutions pour manipuler à des fins personnelles la seule chose qui est intangible dans notre pays, la constitution.

En démocratie, même en construction, les citoyens ont tout de même le droit d’exprimer leurs opinions…

Dès le début des années 90, Biya a refusé la démocratie. Il n’ont pas changé d’état d’esprit depuis lors. On peut dire que depuis le temps où il faisait arrêter, emprisonner et torturer des citoyens parce qu’ils avaient osé écrire un brouillon de statut d’un parti politique à créer, jusqu’aujourd’hui où il refuse que les élections soient gérées par un organisme indépendant sans interférence des sous-préfets, il n’y a pas, du point de vue de la légitimité de son pouvoir, aucune différence. Monsieur Biya n’a jamais été élu par la majorité des Camerounais. Les années de lutte de l’opposition ont certes permis d’arracher une certaine liberté de parole. Mais les pratiques électorales établies par l’administration ont donné naissance à un monstre que j’appelle la « maldemocratie«  qui brandit le vote d’une infime minorité sélectionnée de citoyens comme diplôme de la démocratie, alors que la grande majorité de nos populations n’ont pas la possibilité de faire valoir leur opinion. Il y a là, à la longue, un risque majeur de rupture de la cohésion civile.

Vous êtes excessif…

Ces gens qui, au fil du temps et des élections, se voient exclus des élections parce que par rapport au lieu où ils résident “leur nom ne sonne pas correct” et de ce fait, sont catalogués potentiellement opposants et ne reçoivent pas de carte d’électeurs, un jour ou l’autre, voudront que leur voix soit entendue et Dieu seul sait par quel moyen… Est-il réaliste de faire croire, par exemple, que toutes les communes de Yaoundé sont peuplées majoritairement de sympathisants du Rdpc ? Absolument pas… La majorité des populations de certaines zones sont tout simplement écartées des listes électorales qui sont alimentées en majorité par les noms fournis par les responsables locaux du Rdpc. Ceux qui sont frappés du « délit de patronyme«  ne peuvent pas rester toute leur vie privés de la jouissance de leur droit civique élémentaire de base qui est le libre vote. Laisser ainsi la frustration s’accumuler dans les esprits des citoyens est un jeu périlleux. Quand le bouchon finit par sauter, ce ne sont pas les armes des sous-préfets et autres préfets qui s’autorisent à tirer sur des manifestants pacifiques, un cas unique au monde ! qui arrêtera le déferlement qui s’en suivra… Parlant toujours de frustration, je relève le cas de ces milliers de Camerounais résidant à l’étranger à qui il n’a jamais été donné l’occasion de voter. Le régime de Biya ne leur connaît d’existence que lorsqu’il s’agit de tournée de propagande d’installation des organes de base du Rdpc… Après cela, rideau messieurs, on ne vous connaît plus !!! La aussi, le Cameroun est unique dans le genre au monde. C’est autant de raisons de s’inquiéter pour le futur de notre pays…

Peut-on sortir de cette logique, et comment ?

Bien sûr. Le remède est dans l’approche. C’est d’elle que se déduisent les mesures pratiques à prendre. Le régime de Biya privilégie la démocratie en tant que procédure. On organise des élections alibis, qu’importe si les listes sont fausses, qu’importe si les votes sont multiples, qu’importe si la participation est marginale. Ce qui compte, c’est les procès verbaux validés par les magistrats aux ordres des commissions départementales, c’est la forme, c’est la procédure. Peu importe la légitimité. Je privilégierai pour ma part une approche de la démocratie en tant que culture. Des citoyens ayant accès à la possibilité de voter, conscients de l’importante de leur vote comme instrument du choix et de sanction de leurs dirigeants, un processus électoral mené par une organisation indépendante. Voyez ce qui se passe au Ghana, au Kenya, en Afrique du Sud. Voilà des modèles, et je suis fondé de croire que les Camerounais méritent de savoir leur pays être cité parmi les exemples, ce qui est le cas contraire pour le moment…

Vous avez sûrement suivi la polémique sur le rapatriement des restes du président Ahidjo. Quelle réflexion vous inspire-t-il ?

Sujet grave s’il en est, qui conditionne grandement l’avenir de notre nation. Sujet dont certains aspects doivent cesser d’être tabous. La gravité du sujet commande qu’un jour toutes les composantes de la nation se rassemblent dans une assise du type “Vérité et Réconciliation” afin de mettre à plat notre histoire et partir sur des bases nouvelles purgées de toutes les rancœurs cachées. J’appréhende la réconciliation nationale à deux niveaux: le niveau historique et le niveau politique. J’analyse ici le niveau historique. La naissance du Cameroun indépendant s’est faite dans le sang de milliers de Camerounais, patriotes luttant avec des fusils de traite pour l’indépendance. Nos compatriotes Bamilékés et, dans une certaine mesure, Bassa- Bambimbi ont payé un prix en vies humaines très élevé. Mais l’historiographie officielle n’a jamais voulu reconnaître le sacrifice de ces patriotes qui continuent d’être appelés «  maquisards« . Le jour doit venir où la nation reconnaîtra et enseignera aux jeunes générations qu’il y a eu un génocide bamiléké perpétré par les colons et que cela a été une part importante du prix payé pour notre indépendance. Il faut que le sujet cesse d’être tabou pour être débattu sereinement et que la nation exprime sa reconnaissance à ceux qui se sont sacrifiés pour notre indépendance. Nos compatriotes Bamiléké méritent ce geste qui étanchera le sentiment d’injustice que certains d’entre eux ressentent et qu’il m’a été donné de relever dans nos conversations depuis les trois décennies que dure mon alliance matrimoniale avec eux. .

Et au niveau politique ?

C’est le respect de l’esprit de la loi d’amnistie de 1991 qui était censée clôturer le conflit politique survenu à la suite de la passation de pouvoir entre Ahidjo et Biya qui est en cause. Dans la nuit du 28 novembre 1997, dans le cadre de l’élaboration de la plate-forme politique Rdpc-Undp, nous nous sommes retrouvés autour de la table, entre autres, côté Rdpc Mafany Musonge et Joseph Charles Doumba ; côté Undp, Maïgari Bello Bouba et moi. Nous avons retenu comme étant l’un des trois piliers de l’accord politique la réconciliation nationale, en écrivant : « Renforcer l’Unité et la Cohésion nationale notamment par la poursuite de la politique de Réconciliation nationale et l’application de la loi d` amnistie du 23 Avril de 1991« . Le président Biya à qui le texte sera soumis aux premières heures de la matinée, nous fera savoir que pour lui, la loi d’amnistie qui datait de six ans avait droit à ses pleins effets et que la mentionner était superflu. L’un de ces effets était bien sur le rapatriement de la dépouille de l’ancien président Ahidjo. Un sujet évoqué à un tel niveau est donc forcement d’intérêt national, qui plus est, compte tenu de la charge symbolique du président Ahidjo, non seulement pour nos compatriotes du Septentrion mais aussi pour tous les Camerounais. Lorsqu’à New York, j’ai suivi, il y a quelques semaines, Monsieur Biya s’exprimant sur France 24 dire que le rapatriement du corps d’Ahidjo était une affaire familiale, je tombais des nues. Un dirigeant soucieux d’arriver à l’apaisement des cœurs de son peuple aurait depuis longtemps organisé le retour de la dépouille de son prédécesseur. Au lieu de quoi, Monsieur Biya prend en otage une partie de l’histoire du Cameroun en refusant aux Camerounais des obsèques nationales et un sépulcre pour leur premier président. Il enlève également à ceux qui aimeraient interroger les zones d’ombre de la période de l’Histoire de notre pays où Ahidjo le gouvernait la possibilité de le faire. Il est vrai qu’il subsiste beaucoup de mystère sur la relation amour- haine qui continue à prévaloir entre ces deux personnages. En refusant d’initier une réconciliation nationale réelle, et compte tenu de sa place de bras droit d’Ahidjo, Monsieur Biya craindrait-il que la lumière soit jetée sur son rôle et sa responsabilité sur les épisodes sanglants de notre histoire ? Les Camerounais seraient en droit de poser cette question un jour …

Bedzigui, un recours en 2011 ?

Laissons au temps la parole…

Le Cameroun est en quête d’investisseurs étrangers. Et le flou qui persiste sur l’après 2011 ne semble pas rassurant. Pourquoi d’après vous ?

Le coefficient d’attractivité du Cameroon auprès de la communauté internationale des investisseurs ne connaît guère d’amélioration depuis des années et ce pour des raisons politiques de «  maldemocratie«  connue de tous. Tenez, « The World Analysis for Every Country on the Planet«  préparé et publié à la fin de chaque année par la Cia et rendu public il y a quelques semaines dit du Cameroon:« political power remains in the hands of a ethnic oligarchy headed by President« … Lorsqu`au-delà d`une telle appréciation, on apprend qu’un tel pouvoir tend à se perpétuer, les investisseurs internationaux dont ce rapport est l’une des sources d’informations sur la stabilité de l’environnement économique et politique préfèrent aller placer leurs billes ailleurs ! Le combat pour mettre un terme à l’ère Biya porte en réalité sur la volonté ou non d’un souffle politique nouveau, mais aussi d’une nouvelle perception de notre pays par les investisseurs internationaux se traduisant par un afflux d’investissements nouveaux et un avenir plus prometteur pour les jeunes et pour nos enfants.

Le programme triennal avec le Fmi et la Bm arrive à terme fin juin 2008. Et beaucoup s’inquiètent de ce que le régime ne soit toujours pas à mesure de dire s’il va modifier ses rapports avec ses institutions, s’il va élaborer sa propre politique économique… Ce silence vous semble-t-il préoccupant ?

Préoccupant et surtout révélateur. Et nous avons toujours dénoncé l’incapacité de ce pouvoir à formuler une politique économique émanant d’une réflexion de ses propres compétences et adossée sur une vision à long terme de la vocation de notre pays, de la mise en valeur de nos ressources tant naturelles qu’humaines. Le régime de M. Biya s’est réfugié depuis une vingtaine d’années derrière la feuille de vigne des réformes imposées par le Fmi et la Banque mondiale qui ont forcément un impact limité sur la gestion financière à court terme en ce qui concerne le Fmi, et sur le renforcement de capacités de sous-systèmes périphériques en ce qui concerne la Banque mondiale. Où sont les deux ou trois barrages de production hydroélectrique dont le Cameroun aurait dû se doter depuis vingt ans pour prévenir le déficit actuel d’énergie dont souffre le pays et qui n’autorise aucun investissement industriel majeur? Où est l’autoroute Nord-Sud qui mettrait Ngaoundéré à quatre heures de Yaoundé et accélérerait la circulation des hommes et des produits entre le Nord et le Sud de notre pays, ce qui donnerait un coup de fouet à la production et aux services? Où est le programme d’éradication des bidonvilles de la Briqueterie, Mokolo Elobi, Nkololoun et j’en passe qui donnerait lieu à des développements de programmes d’habitats sociaux utilisant les matériaux locaux relançant ainsi le secteur de la construction ? Où est le programme de modernisation et de mécanisation de l’outillage agricole pour libérer nos paysans de la servitude de la machette et de la houe aux performances si limitées ? Où est la seconde travée de l’autoroute Douala- Yaoundé pour mettre un terme à l’hécatombe de l’axe dit « lourd », le second pont sur le Wouri, le tout pour relancer le secteur des travaux publics? Où est le programme d’informatisation de la société camerounaise pour mettre en valeur notre potentiel de jeunes si bien formés et dont certains sont parfaitement bilingues ? La seule revue de ces questions illustre à quel point, du fait de la domination de la culture égocratique, le régime en place ne semble pas préoccupé ou est incompétent à élaborer une véritable politique économique de développement du Cameroun. Et je pense au titre du livre du Sud-Africain Alan Paton: “PLEURE O PAYS BIEN AIME”.


TOGO: Les hospitaliers au secours des associatifs, les patients applaudissent

décembre 26, 2007

LOME, 18 décembre 2007

– Depuis plus d’un an, un réseau togolais de personnes infectées au VIH organise régulièrement des rencontres entre soignants associatifs et hospitaliers pour leur permettre de partager leurs connaissances et ainsi améliorer la prise en charge des patients séropositifs.

Tous les derniers mercredis de chaque mois depuis 2006, des professionnels de la santé associatifs et hospitaliers se retrouvent au siège du Réseau des associations de personnes vivant avec le VIH au Togo, le RAS +, à Lomé, la capitale togolaise.

Cette initiative est partie du constat qu’en dépit de leur engagement et de leur bonne volonté, certains soignants associatifs n’avaient pas toujours tous les outils et connaissances nécessaires pour une bonne prise en charge du VIH/SIDA, ce qui avait pour effet de surcharger les soignants hospitaliers, au détriment des personnes vivant avec le VIH.

« Nous avons eu cette idée pour aider les personnes vivant avec le VIH afin que leurs souffrances soient amoindries et que les soignants puissent être plus efficaces », a expliqué à IRIN/PlusNews Augustin Dokla, président du RAS+, qui regroupe une dizaine d’organisations dans le pays.

Chaque mois, un spécialiste, entre autres des différentes affections opportunistes liées au VIH/SIDA, est invité, a expliqué M. Dokla. Chacun d’entre eux fait un exposé dans son domaine, et les soignants associatifs, au regard des difficultés qu’ils rencontrent dans la prise en charge médicale de leurs patients séropositifs, posent des questions.

Lors d’une de ces rencontres, organisée fin octobre, les soignants venus des différentes associations et ONG, appartenant au RAS + ou non, ont suivi un exposé du docteur Koussake Kombate, dermatologue, qui a détaillé un certain nombre d’affections cutanées liées au VIH/SIDA.

Mme Kombate a expliqué aux soignants l’importance de traiter rapidement les affections cutanées, d’un point de vue clinique mais aussi social. « La peau est un organe qui est [visible] et ses affections peuvent entraîner des comportements stigmatisant » a-t-elle souligné.

La difficulté d’établir un diagnostic a été évoquée par des soignants associatifs lors de cette rencontre.

« J’ai reçu un matin un cas de gale norvégienne, mais je ne m’en suis pas rendu compte », a regretté le docteur Yema D’almeida, de l’ONG Promotion développement humain (PDH), une ONG qui assure une prise en charge médicale des personnes vivant avec le VIH dans la banlieue nord de Lomé.

Pour aider les soignants à reconnaître les différentes affections de la peau et celles qui peuvent prêter à confusion, Mme Kombate a montré des images de certaines d’entre elles. « La dermatologie est la bête noire [des soignants] et les lésions sont difficiles à reconnaître », a-t-elle reconnu.

Répondre aux besoins des patients

Lors de la rencontre au siège du RAS+, Leopold Agagah, assistant médical de l’ONG locale Action contre le sida (ACS), a confié son désarroi face à un de ses patients dont l’état de santé ne s’améliorait pas.

« [Mon patient] infecté au VIH a des tumeurs de kaposi, il n’arrive pas à porter des chaussures et son mal ne s’améliore pas, pourtant il est sous ARV [antirétroviraux] depuis deux ans », a-t-il raconté.

Le docteur Kombate et d’autres intervenants lui ont alors conseillé de vérifier si le patient respectait scrupuleusement son traitement ARV : si c’était le cas, de penser à un changement de traitement, ou sinon, de l’aider à corriger le tir.

« Avec les échanges lors de nos réunions et les conseils du docteur Kombate, je sais désormais comment m’y prendre », a affirmé M. Agagah, soulagé.

Les soignants ont salué l’existence de ce cadre de concertation entre personnels de santé. « Cette rencontre nous permet de revoir des choses que nous avons apprises et que nous avons oubliées » a témoigné le docteur D’almeida.

Pour ce médecin, rencontrer régulièrement ses pairs spécialisés est une occasion d’approfondir ses connaissances mais également d’aider les patients à limiter leurs frais, car un médecin ou un soignant qui maîtrise bien sa matière fait des prescriptions adéquates et permet aux patients de ne pas faire de dépenses superflues en achat de médicaments, a-t-il noté.

Parmi les maladies dont les signes cliniques peuvent induire le personnel de santé en erreur figure la cryptococcose méningée, une infection opportuniste du cerveau, souvent associée au sida, qui peut engager le pronostic vital du patient si elle n’est pas soignée à temps.

Cette infection se manifeste très souvent par des céphalées (maux de tête) : les soignants, pour la plupart, ont reconnu qu’ils préconisaient alors en général des traitements contre le paludisme, endémique au Togo comme dans de nombreux pays de la région.

« Quand je recevais des patients qui se plaignaient de céphalées, je ne pensais pas souvent à la cryptococcose méningée, mais avec les rencontres avec des médecins spécialisées, je réagis mieux », a affirmé le docteur D’almeida.

Ces rencontres, qui réunissent des participants venus de différentes régions du pays, ont permis à de nombreux soignants de s’attaquer plus tôt à certaines infections liées au VIH/SIDA dont souffraient leurs patients et donc de leur permettre d’en guérir plus rapidement, s’est félicité M. Dokla.

« Aujourd’hui, quand ils ont leurs patients, [les soignants] ne passent pas quatre chemins pour établir leur diagnostics, ils vont droit au traitement adéquat », a-t-il dit.

L’initiative, soutenue par TIDES, une fondation américaine, permet aussi d’améliorer les relations entre soignants, en les aidant à prendre conscience des difficultés auxquelles chacun est confronté et de se faciliter la tâche. En un an, de nombreux médecins, infirmiers, sage femme et assistants médicaux ont pu se rencontrer et faire connaissance.

« Parfois, pour éviter aux patients de faire de longues queues ou d’aller chercher les médecins en vain, nous appelons nos collègues pour leur prendre des rendez-vous », a dit M. Agagah.


Compte rendu du Conseil des Ministres de l’OHADA, NIAMEY, 12 décembre 2007.

décembre 26, 2007

OHADA.com

OHADA.com vous informe :

Le 12 décembre 2007, s’est tenue à Niamey (Niger), au Palais des Congrès, la réunion du Conseil des Ministres de l’OHADA.

Etaient présentes les délégations des Etats-Parties ci-après :

Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Tchad Togo.

Etaient également présents, accompagnés de leurs proches collaborateurs, les responsables des Institutions de l’OHADA ci-après :

le Président de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) ;
le Secrétaire Permanent;
le Directeur Général de l’Ecole Régionale Supérieure de la Magistrature (ERSUMA).

Ont pris part aux travaux de la réunion, en qualité d’observateurs, les partenaires suivants : ;
l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ;
la Banque Africaine de Développement;
le Groupe de la Banque Mondiale;

La cérémonie d’ouverture a été présidée par Monsieur DAGRA Mamadou, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice de la République du Niger, en présence des corps constitués nationaux et étrangers. Elle a été marquée par deux interventions.

S’exprimant en premier, Monsieur BOUTORA-TAKPA Koleka, Secrétaire Permanent de l’OHADA, s’est réjoui de l’organisation réussie en six mois de deux sessions du Conseil des Ministres à Niamey. Il a remercié Son Excellence Monsieur Mamadou TANDJA, Président de la République du Niger, pour s’être personnellement impliqué sur la question du financement autonome de l’OHADA, en invitant ses homologues, chefs des Etats Parties à se pencher davantage sur la complexe mais inévitable question de financement de celle-ci.

Il a remercié aussi les Ministres de la Justice et des Finances du Niger pour leurs efforts qui ont permis d’organiser les réunions avec succès. Il a témoigné de sa gratitude au Conseil des Ministres pour avoir doté l’OHADA d’un statut du personnel et des sacrifices auxquels ils ont consenti pour pouvoir répondre présents à l’invitation de Niamey. Il a enfin informé le comité des experts de la tenue début 2008 d’une table ronde des partenaires de l’OHADA et remercié la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, la France et l’Organisation Internationale de la Francophonie pour toutes leurs actions en faveur de l’OHADA.

Dans son discours d’ouverture, Son Excellence Monsieur DAGRA Mamadou, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux a souhaité la bienvenue en terre nigérienne à toutes les délégations.

Rappelant que cette ultime réunion de l’OHADA sur les rives du majestueux fleuve Niger se tenait un mois après la réunion des Forces Vives de l’OHADA à Douala (Voir la lettre d’information du 14 novembre 2007), le Ministre de la Justice a formulé le souhait de voir tous les Etats Parties mettre en œuvre le mécanisme de financement autonome, mettre fin aux arrangements de N’Djaména, et a exhorté les partenaires de l’OHADA à soutenir davantage l’Organisation. Il a invité les Ministres de la Justice et des Finances des Etats Parties à prendre effectivement part aux réunions du Conseil des Ministres.

Le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux a enfin félicité les Experts pour leur travail et déclaré ouverts les travaux du Conseil des Ministres.

Une pause a suivi cette cérémonie protocolaire.

A la reprise des travaux, le Conseil des Ministres a composé son bureau ainsi qu’il suit :

– Président : Monsieur DAGRA Mamadou, Ministre de la justice, Garde des Sceaux du Niger, Président en exercice du Conseil des ministres de l’OHADA
– Vice-Président : Monsieur Cheikh Tidiane SY, Ministre d’Etat, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux de la République du Sénégal
– 1er Rapporteur : Monsieur Isidore ONDOKI, Conseiller Administratif et Juridique, Représentant le Ministre de l’Economie, des Finances et du Budget de la République du Congo
– 2ème Rapporteur : Monsieur Boubacar S. DIARRAH, Conseiller Technique, représentant le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux de la République du Mali.

Après la composition du bureau, le Conseil des Ministres a procédé à la vérification des mandats. Il a ensuite adopté son ordre du jour tel que proposé par son Président en exercice. Toutefois, sur la demande du Burkina Faso, le point relatif au projet de statut de l’Ecole Régionale Supérieure de la Magistrature a été inscrit au point divers de l’ordre du jour.

La réunion s’est ensuite poursuivie par l’examen des points à l’ordre du jour.

Etat de mise en œuvre des décisions issues des réunions du Conseil des Ministres

Point sur la signature du projet de traité portant révision du traité de Port-Louis du 17 octobre 1993

Après l’introduction de ce point par le Président, le Conseil des Ministres, ayant constaté qu’il n’existait pas de version officielle consolidée du projet de traité adopté à Malabo, a instruit le Secrétaire Permanent d’organiser une réunion des Experts ayant pour finalité de produire une version « toilettée » en tenant compte de la contribution des Experts de l’Organisation Internationale de la Francophonie et des recommandations de la réunion des Forces Vives tenue à Douala du 8 au 10 novembre 2007. Cette version issue des travaux du Comité des Experts sera transmise aux Etats Parties, pour observations, en vue de son examen à la prochaine réunion du Conseil des Ministres.

En outre, le Conseil des Ministres en appelle aux Chefs d’Etat pour que le Traité de Port-Louis soit effectivement appliqué à partir de 2008 et qu’il soit définitivement mis fin aux arrangements de N’Djaména, sur la base de l’avis et recommandations formulés par son Excellence Monsieur Mamadou TANDJA, Président de la République du Niger et son Excellence Monsieur ABDOU DIOUF, Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Point sur les cotisations des Etats aux budgets des Institutions de l’OHADA

Le Secrétaire Permanent a présenté la dernière situation financière de l’OHADA. Il en ressort que plusieurs Etats ne sont pas encore à jour de leurs contributions.

Sur ce, le Conseil des Ministres invite les Etats Parties à tout mettre en œuvre pour apurer leurs arriérés auprès de l’OHADA et payer régulièrement leurs cotisations.

En outre, le Conseil donne mandat à son Président pour sensibiliser les Chefs d’Etat sur la nécessité de rendre effectif le mécanisme de financement autonome.

Outils de gestion du personnel de l’OHADA

Compte rendu du comité ad hoc restreint de Cotonou sur le statut du personnel de l’OHADA

Le Conseil des Ministres a pris acte du compte-rendu de la réunion du Comité ad hoc restreint sur la finalisation du statut du personnel de l’OHADA, tenue à Cotonou du 3 au 5 septembre 2007.

Examen et adoption du code éthique

Le Conseil des Ministres a adopté le règlement portant code d’éthique du personnel de l’OHADA sous réserve des amendements de forme.

Redynamisation des Commissions Nationales OHADA au sein des Etats Parties

Le Secrétariat Permanent a fait constater les difficultés de la plupart des Commissions Nationales OHADA à organiser leurs activités.

Le Conseil des Ministres, réaffirmant le rôle de cheville ouvrière des Commissions Nationales OHADA, invite les Etats Parties à redynamiser celles-ci en s’appuyant sur le projet type de Commission Nationale OHADA adopté à Brazzaville en 2002, et en les dotant de moyens financiers, humains et logistiques en vue d’une meilleure synergie dans leurs activités.

Désignation du Commissaire aux Comptes de l’OHADA

Le Conseil des Ministres a nommé le cabinet MAZARS en qualité de commissaire aux comptes de l’OHADA pour les exercices 2008, 2009 et 2010, les exercices 2006 et 2007 devant être couverts par un audit.

Proposition des Huissiers de Justice relative à un Projet d’Acte Uniforme portant statut des Huissiers

Le Secrétariat Permanent a informé le Conseil des Ministres qu’il avait été saisi d’un projet d’Acte Uniforme portant statut des huissiers. Après discussions et ayant constaté que ce projet d’acte n’entrait pas dans le champ matériel de l’OHADA, tel que précisé par l’article 2 du Traité de Port-Louis, le Conseil des Ministres adopte la recommandation tendant à rejeter ce projet d’acte et a instruit le Secrétaire Permanent d’en informer les intéressés.

Point sur les projets d’Actes Uniformes relatifs au droit du travail, au droit des sociétés coopératives ou mutualistes et au droit des contrats et de la preuve

Après discussion, le Conseil des Ministres invite les Etats Parties à accélérer l’examen des projets d’Actes Uniformes relatifs aux droits du travail et des sociétés coopératives ou mutualistes et à transmettre leurs observations au Secrétariat Permanent au plus tard le 31 mars 2008.

Par ailleurs, en ce qui concerne les projets d’Actes Uniformes relatifs aux droits des contrats et de la preuve, le Conseil des Ministres considère qu’il serait prudent de s’assurer préalablement que l’adoption de tels actes ne soulèvera pas de difficultés graves. Par conséquent, le Conseil instruit le Secrétaire Permanent de lui présenter un rapport circonstancié approfondi sur ces deux projets d’actes.

Election d’un juge à la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage

Sur proposition de la République gabonaise, Monsieur Antoine OLIVEIRA, magistrat hors hiérarchie de nationalité gabonaise, a été reconduit dans ses fonctions de juge à la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage.

Points d’information

Le Conseil des Ministres après les interventions des différents partenaires (Banque Africaine de Développement, Organisation Internationale Francophonie, Groupe de la Banque Mondiale, France) qui ont réaffirmé leur soutien aux activités de l’Organisation, les a remerciés et souhaité que les ressources mises à la disposition de l’OHADA, notamment par la BAD, soient mobilisées par le Secrétariat Permanent, dans les meilleurs délais.

Par ailleurs, le Conseil des Ministres a pris bonne note des efforts de soutien du Groupe de la Banque Mondiale à travers notamment le projet du FIAS portant sur l’évaluation des Actes Uniformes. Le Conseil exhorte le Groupe de la Banque Mondiale à s’engager davantage pour mobiliser des ressources financières nécessaires à l’appui des actions de l’OHADA au niveau régional et national.

Enfin, le Conseil des Ministres instruit le Secrétaire Permanent d’organiser au cours du premier trimestre de l’année 2008, une table ronde des partenaires techniques financiers en vue de définir les modalités d’une coopération approfondie et concertée.

Divers : Statut de l’Ecole Régionale Supérieure de la Magistrature

Après avoir entendu le Directeur Général de l’Ecole Régionale Supérieure de la Magistrature sur le projet de statut de l’ERSUMA, le Conseil des Ministres a décidé du report de l’examen de cette question. Il a instruit le Secrétaire Permanent de prendre les dispositions qui s’imposent afin d’inscrire ce point à l’ordre du jour du prochain Conseil des Ministres.

L’exercice de la Présidence du Conseil des Ministres passant à la République du Sénégal en vertu de l’article 27 du Traité de Port-Louis, le Conseil des Ministres a exprimé toute sa gratitude à Monsieur DAGRA Mamadou, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice de la République du Niger pour l’excellente conduite des destinées de l’Organisation pendant le mandat de son pays.

En outre, le Conseil des Ministres a félicité Monsieur Cheikh Tidiane SY, Ministre d’Etat, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux de la République du Sénégal qui prend la présidence du Conseil des Ministres pour l’année 2008.

Fait à Niamey, le 12 décembre 2007

Pour le Conseil des Ministres,
Le Président,
DAGRA Mamadou


GUINÉE-BISSAU: Le dépistage sans traitement accentue les frustrations

décembre 26, 2007


Photo: Mercedes Sayagues/PlusNews
Les pirogues à moteurs sont souvent le seul moyen pour les personnes séropositives vivant dans l’archipel des Bijagos d’aller chercher leur traitement ARV à Bissau

BUBAQUE, 20 décembre 2007

Saico Djau est profondément frustré. Ce conseiller et technicien de laboratoire peut effectuer le dépistage du VIH, il peut faire le test de confirmation en cas de résultat positif, mais il ne peut rien de plus : il n’y a pas d’antirétroviraux (ARV) disponibles dans l’archipel des Bijagos, en Guinée Bissau.

M. Djau doit alors annoncer la mauvaise nouvelle aux patients dépistés positifs au VIH et renvoyer les femmes enceintes séropositives dans leur tabancas (villages), avec la forte probabilité qu’elles puissent transmettre le virus à leur enfant.

« Je me sens si mal de faire cela », a dit M. Djau, déprimé. « Je n’ai aucun moyen d’aider une femme enceinte [séropositive] à avoir un bébé en bonne santé ».

M. Djau travaille à l’hôpital Marcelino Banca, sur l’île de Bubaque, la deuxième plus grande des quelque 80 îles de l’archipel des Bijagos, où vivent environ 35 000 personnes. Bissau, la capitale bissau guinéenne, se trouve à cinq ou six heures de là en pirogue à moteur, à un coût que peu de résidents de cet archipel pauvre peuvent supporter.

« Aller à Bissau pour un traitement [ARV] ? Impossible, pour des raisons économiques et psychologiques. Si le Programme national de lutte contre le sida veut de bons résultats, il ne doit pas attendre que les populations locales se rendent à Bissau », a estimé M. Djau.

A une centaine de mètres du laboratoire sommaire et de la pièce où M. Djau conseille les patients, se trouve la salle réservée au traitement de la tuberculose, où l’infirmier Joao Domingos exprime la même frustration.

Bon nombre des patients tuberculeux sont aussi co-infectés au VIH. Lorsqu’ils se sentent mieux, M. Domingos les renvoie chez eux avec un traitement contre la tuberculose et des colis alimentaires. La tuberculose peut être soignée, mais une autre infection opportuniste liée au VIH/SIDA apparaîtra. « Ce n’est pas bon », a dit M. Domingos.

Tant de problèmes

Effectuer le test de dépistage du VIH sans pouvoir offrir de traitement était la règle en Afrique il y a une dizaine d’années, lorsque le coût des ARV était au-delà des rêves de la majorité des patients.

Aujourd’hui, des ARV à moindre prix et les fonds alloués à leur distribution existent. La situation qui prévaut dans l’archipel des Bijagos est donc d’autant plus frustrante pour les soignants et les patients qu’elle pourrait être différente.

Dans ce pays de 1,4 million d’habitants où la prévalence du VIH tourne autour de quatre pour cent, les programmes de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant sont disponibles uniquement dans la capitale. En novembre 2007, 776 personnes recevaient une thérapie antirétrovirale, dont plus de la moitié à Bissau.

« Idéalement, le paquet global ‘dépistage et traitement’ devrait être mis en place partout dans le pays, mais de nombreux facteurs l’empêchent encore », a dit Magda Queta, du Secrétariat national de lutte contre le sida. « Nous ne pouvons attendre que tout soit en place avant de commencer à dépister ».

Adrien Were, représentant du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme à Bissau a expliqué que son organisme et la Banque mondiale avaient concentré leurs ressources VIH/SIDA dans cinq régions prioritaires, laissant les six restantes –dont les Bijagos- pour d’autres bailleurs de fonds à une date ultérieure.

Même dans les régions dites prioritaires, la réponse est lente. M. Were a cité la coordination, le suivi et la logistique parmi les problèmes principaux.

L’argent est disponible, mais faire parvenir ces achats en Guinée Bissau est un cauchemar. Avec un seul vol hebdomadaire en provenance du Portugal et un vol quotidien venant du Sénégal, les médicaments antirétroviraux restent souvent bloqués dans les aéroports de Lisbonne et Dakar.

Par bateau, la situation est encore pire, a dit M. Were. Les agents maritimes confondent souvent la Guinée Bissau, la Guinée Conakry et la Guinée équatoriale. Des moustiquaires pour Bissau sont arrivées à Conakry, ou même, ailleurs dans la région, des microscopes ont été envoyés au Cap Vert.

« Il y a un énorme problème pour nous », a reconnu M. Were.


Photo: Mercedes Sayagues/PlusNews
Pour Saico Djau, laisser partir des femmes enceintes séropositives sans pouvoir leur offrir de traitement est un déchirement

A l’intérieur des terres, le test de dépistage du VIH couramment utilisé nécessite une chaîne du froid, difficile à garantir avec des coupures de courant chroniques, un approvisionnement en carburant cher et irrégulier, et une maintenance des groupes électrogènes défaillante.

Un autre test VIH qui ne nécessite pas de chaîne du froid a été commandé, a expliqué Paula Luaces, chargée du suivi et évaluation pour le Fonds mondial.

Les tests de charge virale (qui évaluent la quantité de virus dans le sang) ne peuvent pas être faits dans le pays, et les tests CD4 (qui mesurent la résistance du système immunitaire) sont effectués uniquement dans la capitale.

Un infirmier avec 38 ans d’expérience, comme M. Domingos, gagne moins de 28 000 francs CFA (66 dollars) par mois, et les salaires des fonctionnaires sont payés avec trois ou quatre mois de retard –souvent après des grèves et manifestations dans les rues.

« Il y a tellement, tellement, tellement de problèmes », a soupiré Mme Luaces.

Peu de tests

A Bubaque, M. Djau a noté que peu de gens osaient venir se faire dépister, par peur, ignorance, et aussi par manque d’ARV. Une poignée d’hommes jeunes ont fait le test, mais la majorité des candidats est constituée de femmes enceintes et de patients tuberculeux à qui un médecin a recommandé de faire le test.

M. Djau conserve soigneusement des données statistiques mais il n’en a envoyé aucune à Bissau au cours des six derniers mois. En mars, lorsqu’il est allé suivre une formation sur le dépistage du VIH à Bissau, il a reçu des formulaires à remplir pour les trois mois suivants, et depuis, plus rien. Pour envoyer les rapports mensuels, il devrait payer les photocopies de sa poche.

« A 100 francs CFA [0,20 dollar] la copie, je ne peux pas me le permettre », a-t-il dit.

La frustration de M. Djau et de M. Domingos reflète celle des patients séropositifs et des personnes qui en prennent soin.

« Savoir que tu es séropositif sans pouvoir avoir accès à aucun traitement ou soutien peut même aggraver ton état de santé », a déploré Indira Gomes Sambú, présidente de l’organisation non gouvernementale portugaise INDE, qui fournit des soins de base à domicile dans la capitale.

D’un autre côté, a-t-elle ajouté, il faut encourager le dépistage. « Une personne infectée qui comprend ce qu’est le sida fera attention à ne pas infecter les autres », a-t-elle estimé.

Cependant, le manque d’ARV dans l’archipel alimente la peur, le désespoir et les préjugés sur le VIH/SIDA, entretenant la perception qu’il s’agit d’une condamnation à mort.

Le chef de M. Djau était sur l’île de Bolama lorsqu’IRIN/PlusNews a visité l’hôpital de Bubaque. « A son retour, je vais lui dire que nous ne devrions pas continuer à dépister le VIH sans les traitements. Nous devons avoir les moyens de traiter ici », a dit M. Djau.


L’Afrique dans les manuels de droit constitutionnel

décembre 26, 2007
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            L’Afrique occupe une place très marginale dans les manuels de droit constitutionnel. Les doctorants africains, qui fréquentent assidûment les bibliothèques universitaires de France pour finaliser leurs thèses, partagent ce constat amer.
La plupart des manuels ignorent totalement le monde constitutionnel africain d’aujourd’hui, même francophone. Négligeant souvent la « transitologie », la construction post-totalitaire ou post-autoritaire d’un Etat de droit et de démocratie pluraliste, ils se bornent à évoquer les droits étrangers de quelques pays occidentaux (auxquels peuvent s’ajouter d’autres comme la Chine, le Japon ou la Russie), triés sur le volet, à partir de critères inexpliqués. Doivent être, entre autres, rangés dans cette catégorie :
         Philippe Ardant, Institutions politiques et droit constitutionnel, 19ème édition, Paris, LGDJ, 2007
         Roland Debbasch, Droit constitutionnel, 6ème édition, Paris, Litec, 2007
         Anne-Marie Le Pourhiet, Droit constitutionnel, Paris, Economica, 2007
         Bertrand Mathieu et Michel Verpeaux, Droit constitutionnel, Paris, PUF, 2004
         Joël Mekhantar, Droit politique et constitutionnel, 3ème édition, Paris, éditions Eska 2000
         Pierre Pactet et Ferdinand Mélin-Soucramanien, Droit constitutionnel, 26ème édition, 2007
         Frédéric Rouvillois, Droit constitutionnel, tome 1 : fondements et pratiques, 2ème édition, Paris, Flammarion, 2005
         Elisabeth Zoller, Droit constitutionnel, 2ème édition, Paris, PUF, 2000
Les ressorts de la totale occultation d’une partie importante du monde constitutionnel – d’autres continents, d’autres pays, sont également victimes de cette représentation rabougrie du monde – mériteraient d’être explicités. Force est de constater leur prégnance dans les grandes manifestations de la communauté des constitutionnalistes français : le VI° congrès de l’AFDC, qui s’est tenu à Montpellier les 9, 10 et 11 juin 2005, comportait un atelier – à l’intitulé provocateur – consacré au constitutionnalisme « ailleurs » ; le VII° congrès de l’AFDC, qui se tiendra à Paris les 25, 26 et 27 septembre 2008, ne comportera pas un atelier de ce genre et les communications sur le constitutionnalisme « ailleurs » seront, par voie de conséquence, marginalisées.
Certains manuels réduisent le monde constitutionnel africain à l’Afrique du Sud, évoquée – très brièvement – comme un modèle de transition et de consolidation d’un Etat de droit et de démocratie pluraliste. Ce statut lui vaut des développements élogieux s’agissant, en général, de certains aspects hétérodoxes du droit constitutionnel contemporain.
° Francis Hamon et Michel Troper, Droit constitutionnel, 30ème édition, Paris, LGDJ, 2007, citent une décision de la Cour Constitutionnelle qui octroie des droits aux homosexuels, à l’occasion de l’examen de la constitutionnalité d’une loi (p. 136) et évoquent les singularités du pays dans le Commonwealth (p. 234).
° Vlad Constantinesco et Stéphane Pierré-Caps, Droit constitutionnel, 2ème édition, Paris, PUF, 2006, mentionnent l’Afrique du Sud – mais aussi le Cameroun, le Togo, le Tangayika et le Rwanda – au titre de l’incidence du droit international sur l’existence de l’Etat et de son pouvoir constituant (§ 260) et pointent son « plurilinguisme modulable » (§ 363).
° Dominique Chagnollaud, Droit constitutionnel contemporain, Tome 1 : Théorie générale – Les régimes étrangers, 5ème édition, Paris, Dalloz, 2007, consacre quelques lignes à l’Afrique du Sud pour son « parlementarisme d’influence anglaise ». S’il est exact que le régime politique post-apartheid a été influencé par le parlementarisme de Westminster, le schéma des institutions, prévu par la Constitution du 4 décembre 1996 – entrée en vigueur le 4 février 1997 et non « en 1999 »… -, est le produit original d’un syncrétisme manifeste, ne serait-ce parce que le Président de la République, chef de l’Etat et du Gouvernement, comme dans un régime présidentiel, est politiquement responsable devant la chambre basse, comme dans un régime parlementaire.
° Louis Favoreu et autres, Droit constitutionnel, 10ème édition, Paris, Dalloz, 2007, sont un peu plus diserts sur la justice constitutionnelle en Afrique du Sud : l’existence d’une cour constitutionnelle dans ce pays – comme en Côte d’Ivoire, au Bénin, en Egypte et en Asie – est relevée (§ 154) ; l’expérience et les particularités du contrôle de la constitutionnalité des lois sont synthétisées en quelques lignes (§ 296) ; enfin, est mis en exergue le fait original que la Cour Constitutionnelle a été chargée d’examiner la conformité du projet de Constitution définitive aux principes figurant dans la Constitution intérimaire (§ 148). Sur ce dernier point, il y a lieu de s’interroger : en quoi la participation – ponctuelle et fondée sur un texte – de juges constitutionnels à l’exercice du pouvoir constituant, serait-elle davantage digne d’intérêt que le contrôle – sans texte – par des juges constitutionnels de la validité d’une loi de révision ? Pourquoi aucun des manuels considérés ne fait état du contrôle prétorien exercé, en la matière, par la Cour Constitutionnelle du Mali en 2001, par le Conseil Constitutionnel du Tchad en 2004 et par la Cour Constitutionnelle du Bénin en 2006 ? Les deux premières décisions ont été commentées par votre serviteur dans la Revue Béninoise des Sciences Juridiques et Administratives (RBSJA), n°17, décembre 2006, sous le titre « Le contrôle prétorien de la révision au Mali et au Tchad : Un mirage ? »
Il est malaisé de comprendre pourquoi les auteurs français de certains manuels de droit constitutionnel se référent à l’Afrique du Sud, pays mixte de droit civil et de Common Law, et excluent tous les autres pays africains, notamment francophones. Cette discrimination serait-elle fondée sur une présomption, sur le sentiment diffus, suivant lequel l’Afrique du Sud ne pourrait que surclasser les autres Etats de la région, en proie au sous-développement constitutionnel ? Le préjugé favorable dont bénéficie l’Afrique du Sud d’après l’apartheid procéderait-il d’une plus grande proximité avec les systèmes occidentaux, que son « statut de coopération spéciale » avec la Commission de Venise – constituée de 50 Etats européens – viendrait attester ? A vous de juger !
 
Rares sont les manuels à évoquer le monde constitutionnel africain d’aujourd’hui, en référence aux faits et aux travaux les plus récents. Même les ouvrages qui proposent dans leur index une entrée « Afrique » ou une entrée pour tel ou tel pays africain déçoivent par la pauvreté et l’absence d’actualisation des données.

° C’est ainsi que Bernard Chantebout, Droit constitutionnel, 24ème édition, Paris, Sirey, 2007, note que les pays d’Afrique, après la chute du mur de Berlin, ont dû abandonner l’idéologie marxiste et renoncer au monopartisme, tout se posant la question : « La démocratie occidentale à la conquête du monde ? » (p. 347) ; plus loin, l’auteur, en quelques pages (pp. 356-358) proclame « L’échec de la démocratie en Afrique », en reprenant, sans la moindre réserve, de vieilles analyses culturalistes ressortissant à la science politique.
° Dominique Turpin, Droit constitutionnel, 2ème édition, Paris, PUF, 2007, propose des développements laconiques, parfois inexacts ou datés, sur les pays d’Afrique, essentiellement pour illustrer « le droit de l’Etat » et « l’Etat de droit, plus rarement pour aborder les institutions constitutionnelles contemporaines.
         C’est, d’abord, pour traiter des vicissitudes de l’Etat et de la pathologie des relations internationales que sont signalés pêle-mêle, en Afrique, les « interventions militaro-humanitaires » (p. 26), l’engagement de l’ONU « dans des opérations d’assistance électorale ou de lutte contre les coups d’Etat (p. 27), l’instauration de tribunaux pénaux internationaux (p. 28), les conflits sur le tracé des frontières héritées de la colonisation (p. 38, 39, 52 et 69, avec l’ancienne Haute Volta mal orthographiée : « Burkina-Fasso » !), le refus de la République Démocratique du Congo de se soumettre à la justice pénale internationale (p. 42) ou encore l’adoption du fédéralisme et l’échec de la défunte Fédération du Mali (p. 89 et 92).
         L’Afrique du Sud est également à l’honneur, classée parmi les Etats fédéraux (p. 79) – ce qui est éminemment contestable -, mentionnée pour sa Constitution où figure l’expression « Etat de droit » (p. 102) – présente dans la plupart des constitutions africaines d’aujourd’hui ! -, qui met à l’abri de toute révision constitutionnelle les droits fondamentaux (p. 129), et qui organise un système mixte de justice constitutionnelle (p. 190 et 205), ou encore citée pour l’octroi du droit de vote aux femmes blanches dès 1917 (p. 304) et l’expérience, jusqu’en 1993, de « distorsions fondamentales (de la démocratie) fondées sur la couleur de la peau » (p. 314).
         Au titre de la généralisation de la justice constitutionnelle (p. 206 et 210), il est simplement signalé qu’une juridiction, membre de l’ACCPUF, existe dans une quarantaine de pays africains, dont le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Gabon, Madagascar, le Mali, la République Démocratique du Congo, le Sénégal, et le Tchad. Les constitutions organisant les juridictions en question ne font l’objet d’aucun développement.
  Il est indiqué, d’une part, que les Comores et la Mauritanie ont organisé des référendums de ratification en matière constituante (p. 381) – le procédé de droit commun dans toute l’Afrique francophone ! -, d’autre part, que le Sénégal s’est dotée la Constitution de 2001 consacrant le parlementarisme rationalisé (p. 264) – qui a toujours été emprunté à la France dans toute l’Afrique francophone post-coloniale, depuis 1958 !
         Il est affirmé que « les Etats d’Afrique noire (sauf le Sénégal, multipartiste et proportionnaliste) sont plutôt familiers du scrutin majoritaire ». Il s’agit d’un anachronisme : ce mode de scrutin, intimement lié aux régimes à parti unique, a été largement abandonné depuis la chute du mur de Berlin et la restauration du multipartisme. Les modes de scrutin retenus et pratiqués aujourd’hui en Afrique francophone sont d’une grande variété : majoritaires, uninominal ou de liste, à un ou deux tours ; proportionnels ; mixtes.

Le manuel de Jean Gicquel et Jean-Eric Gicquel, Droit constitutionnel et institutions politiques, 21ème édition, Paris, Montchrestien, 2007, est incontestablement le mieux-disant sur le monde constitutionnel africain. La deuxième partie de l’ouvrage, intitulée « Les mondes en voie de démocratisation », comporte un titre 2 « Le droit constitutionnel des sociétés tiers-mondistes », comprenant un Chapitre II « L’évolution des institutions politiques des sociétés tiers-mondistes ». La section III de ce chapitre (pp. 387-393) porte sur la « réhabilitation du constitutionnalisme » : « Un mouvement sismique (G. Conac) parcourt le continent africain depuis 1989. La démocratie pluraliste et tolérante est de retour, après le détour infructueux du parti unique. Au terme d’un processus pacifique de transition, initié par le Bénin, le nouveau cours constitutionnel prend consistance ».
         Les caractéristiques essentielles du « processus africain de démocratisation ou le modèle béninois » sont exposées. Il faut, néanmoins, déplorer que la Constitution du Bénin soit malencontreusement datée du 10 décembre 1990 au lieu du 11 décembre 1990 et que les autres voies – parfois plus chaotiques – de transition démocratique ne soient pas évoquées.
          Au titre du « regain constitutionnel africain » est valorisée la Constitution gabonaise du 26 mars 1991, sans un mot sur les révisions – parfois régressives – dont elle a été l’objet. Au même titre, les auteurs considèrent fort justement que « Finalement, l’Afrique subsaharienne est devenue un vaste chantier constitutionnel, à l’image des régimes post-communistes, avec l’expérience des élections pluralistes et sincères… A l’évidence, l’apprentissage démocratique demande du temps au temps. Des blocages subsistent… Mais, simultanément, outre une prise de conscience accrue pour la protection des droits fondamentaux de la personne, des progrès significatifs sont à relever… Le processus africain de démocratisation doit désormais aborder une seconde phase, celle de la consolidation ». C’est là une remarquable synthèse, même si elle mériterait d’être complétée et/ou nuancée: nombre de pays africains vivent, présentement et depuis une dizaine années, l’étape – délicate – de la consolidation ; et il est dommageable que restent dans l’ombre certains matériaux de droit constitutionnel, comme les textes – accessibles sur les sites de droit francophone et de l’espace francophone des droits de l’homme, de la démocratie et de la paix -, les jurisprudences – dont un aperçu est donné sur le site de l’ACCPUF – ainsi que certains travaux actualisés mettant en avant l’universalité et les singularités du constitutionnalisme d’aujourd’hui.
         En ce qui concerne « Les autres lieux du processus de démocratisation », quelques lignes éclairent sur Madagascar, sur son instabilité constitutionnelle, mais ni le texte consolidé de la Constitution, ni la pratique des institutions sous la présidence de Marc Ravalomanana (improprement écrit « Ravalanomana »), ne fait l’objet de la moindre analyse.
Le manuel de Jean Gicquel et Jean-Eric Gicquel, Droit constitutionnel et institutions politiques, est une invite faite aux chercheurs d’approfondir une matière à peine débroussaillée.
Au terme de cette enquête, il apparaît qu’un vaste champ d’investigations s’offre aux constitutionnalistes pour vulgariser les droits constitutionnels d’Afrique et leur Renouveau. Les silences, déformations, approximations, inexactitudes relevés doivent instruire, presser les doctorants de prendre au sérieux les droits en question. L’Afrique a évidemment sa place en droit comparé! C’est en tout cas la raison d’être de La Constitution en Afrique.
 
Stéphane Bolle
Maître de conférences HDR en droit public