TCHAD: Des ONG craignent la confusion après l’affaire des « orphelins du Darfour »

octobre 31, 2007


Photo: Claire Soares/IRIN
Enfants soudanais dans un camp de réfugiés dans l’est du Tchad

ABECHE, 31 octobre 2007 

 – Des organisations humanitaires et les autorités de la région d’Abéché, dans l’est du Tchad, ont exhorté les populations locales à ne pas perdre confiance en l’aide humanitaire, après les accusations d’escroquerie et d’enlèvement de mineurs formulées contre les membres d’une association française qui voulaient porter secours à des orphelins soudanais de la guerre au Darfour.

Le 25 octobre, six membres de l’organisation L’Arche de Zoé ont été arrêtés à l’aéroport d’Abéché, au moment où ils s’apprêtaient à décoller en compagnie de 103 enfants afin de les confier à des familles d’accueil sur le sol français.

Le gouvernement tchadien les a alors accusés de trafic d’enfants. Selon la législation tchadienne, ils encourent 20 ans de travaux forcés s’ils sont reconnus coupables.

« De nombreuses ONG [organisations non gouvernementales] qui s’occupent d’enfants craignent que les méthodes employées par l’association L’Arche de Zoé apparaissent comme étant dans les normes, ce qui n’est absolument pas le cas », a indiqué Aurélie Lamazière, du service d’urgence de la branche anglaise de l’ONG Save the children.

Un colloque regroupant 21 ONG travaillant dans l’est du Tchad – dont Save the children, Oxfam et Action contre la faim – ont signé une déclaration commune exprimant « leurs inquiétudes profondes » à propos de cet incident, qu’ils qualifient de « violation sérieuse » des droits des enfants.

« Depuis notre arrivée au Tchad, nous avons travaillé en étroite collaboration avec la communauté tchadienne et soudanaise afin de nous assurer que le minimum vital leur [aux enfants] soit assuré », souligne le rapport. « Nous avons toujours respecté les droits des enfants des diverses communautés avec lesquelles nous travaillons, et nous continuerons à nous conformer à ces principes fondamentaux dans notre travail ».

Dans un communiqué du 26 octobre émanant d’organisations onusiennes établies au Tchad, ces dernières avaient affirmé qu’elles avaient pris connaissance de cette tentative d’évacuation « avec indignation » et « [déplorent] que ce genre de pratique puisse porter atteinte au travail sérieux des autres ONG qui opèrent depuis des décennies au Tchad, dans le respect des règles et lois nationales et internationales ».

Les membres de l’Arche de Zoé ont insisté sur le fait qu’ils étaient venus au Tchad dans le seul but de sauver des vies d’enfants en danger, et qu’ils bénéficiaient de l’accord total du gouvernement tchadien. Par ailleurs, aucune des charges retenues contre cette association n’a encore été prouvée devant une Cour.

Save the children estime que plus de la moitié des Tchadiens déplacés et des réfugiés soudanais, dans l’est du Tchad, sont des enfants.

Une situation confuse

Au Tchad, on rapporte que l’Arche de Zoé portait un autre nom, Children rescue, ce qui, en arabe –l’une des deux langues officielles du Tchad- se traduit par l’équivalent de ‘Sauver les enfants’ (Save the children).

« Il y a eu une confusion dès le début », a affirmé Mme Lamazière de Save the children. « Nous avons immédiatement clarifié les choses avec les autorités locales, qui, lors de reportages sur la radio locale, ont affirmé que Save the children ainsi que les autres ONG n’avaient pris part à aucune de ces activités ».

Pahimi Padacké Albert, le ministre tchadien de la Justice, a indiqué à IRIN : « Ce qui s’est passé ne doit pas interférer avec le travail humanitaire important fait pour le peuple tchadien. C’est une ONG qui a opéré seule, selon ses propres règles ».

Certains humanitaires ont exprimé la crainte que l’exercice de leur travail se complique encore plus si les populations locales se laissent aller à mettre toutes les ONG dans le même sac.

« Les gens entendent dire que des ONG occidentales se livrent à des trafics d’enfants. C’est un problème grave », a souligné Makbidji Henri, un Tchadien qui a travaillé dans de nombreuses organisations humanitaires internationales. « Lorsque nous voulons travailler avec des enfants ou des personnes plus âgées, les gens vont se demander s’il n’y a pas quelque chose qui se cache derrière tout ça ».

Mais selon Roland Van Hauwermeiren, directeur de la division tchadienne d’Oxfam Angleterre et porte parole du colloque regroupant les différentes ONG, après ces arrestations, le travail des autres ONG sur le terrain n’a pas été affecté.

« Nous continuons de porter secours comme nous le faisions avant », a-t-il dit. « La population est suffisamment intelligente pour faire la différence ».

Les 103 enfants sont désormais hébergés dans un orphelinat à Abéché, sous la protection du ministère tchadien des Affaires sociales, du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, du Fonds des Nations Unies pour l’enfance et du Comité international de la Croix-Rouge. Les enfants ont reçu de la nourriture et des vêtements ainsi que des jeux ; ils rejoindront leurs familles à Tiné, Adré et Goz Beïda, a indiqué un humanitaire.

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