Jean Bosco Talla : J’enquêtais sur les châteaux de Zoétélé

 
Click to jump to 'Mutations'YAOUNDE – 19 FEVRIER 2008
© Mutations
Le directeur de publication du Front explique la mésaventure à l’origine d’une plainte de Polycarpe Abah Abah contre lui.
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La presse vous a annoncé interpellé à Zoétélé. Que vous est-il arrivé ?

Après la publication de la liste des 64 présumés délinquants économiques par Le Messager, La Nouvelle Expression et Le Jour, notre rédaction s’est posée la question de savoir selon quels critères les noms de personnalités étaient insérés. On s’est dit qu’il doit y avoir des indices visibles. C’est ainsi qu’en janvier nous nous sommes interrogés sur les maisons de ces personnalités qui donnent à penser : Ondo Ndong, Polycarpe Abah Abah, Gilles Roger Belinga, Rémy Ze Meka… Comme il y en avait 64, nous avons promis une suite à nos lecteurs.

Mais certaines réactions après notre article de janvier estimaient qu’en ne mentionnant pas une villa construite à 100m d’une autre à Odza[banlieue chic de Yaoundé), nous protégions quelqu’un qui nous manipulerait et qui serait d’ailleurs en train d’édifier un château à Zoétélé. Cette cité était donc un site fertile d’observation.

Que s’est-il donc passé ?

Le mardi 12 février, une dame nous a demandé de rebrousser chemin, non loin d’une barrière sur la route, parce que nous étions sur une voie privée, mais on apercevait au loin la maison de Polycarpe Abah Abah. Sur le chemin du retour, un homme nous a invité à venir dans son boukarou pour converser et nous nous sommes retrouvés, le moto-taxi et moi, au milieu d’une meute menaçante de gens qui disaient que je devais être lynché si j’étais un journaliste. Je me suis alors présenté comme un étudiant mais ils ont arraché téléphone et dictaphone avant de me ramener en ville et me remettre aux gendarmes.

Que vous ont dit les gendarmes ?

Le commandant de compagnie qui passait par là m’a d’abord reçu gentiment avant de demander mon arrestation, après une conversation au téléphone avec un interlocuteur inconnu, ainsi que celle du stagiaire qui m’attendait en ville et qui est venu me retrouver. Vers 21h45, on est venu me faire sortir. On m’a passé des menottes et bandé les yeux avant d’éteindre toutes les lumières. On m’a alors expliqué qu’on me ramenait à Bafoussam, mais vers 1h du matin, je me suis retrouvé à Douala, à la légion de gendarmerie. Les gendarmes m’ont ensuite transporté à la brigade de gendarmerie du port nord. Un capitaine a exigé que l’on m’amène ailleurs après avoir signalé mon passage. Je me retrouve donc à la gendarmerie dite de la base maritime pour un même scénario, puis on retourne à Zoétélé. Où les gendarmes me demandent comment ont-ils fait pour me laisser en vie… Pendant trois jours, je n’avais pas pu manger et je ne savais pas ce qu’on me reprochait.

Et que vous reprochait-on ?

C’est jeudi, trois jours après, que le commandant de brigade de Zoétélé m’a appris, alors que je lui signalais que je ne savais pas pourquoi j’avais été arrêté et violenté, qu’une plainte avait été déposée contre moi par Polycarpe Abah Abah pour violation de domicile et tentative de vol aggravé. J’ai alors été présenté au procureur de la République qui m’a convoqué ce jeudi.

Pourquoi vos collègues ont-ils pointé un doigt accusateur vers le ministre de la Défense Rémy Ze Meka ?

La connexion avec lui peut être appréciée avec le kidnapping vers Douala. Ça doit être la Sémil (Sécurité militaire). Sinon, je ne comprends pas pourquoi je me suis retrouvé à Douala.

Jean Baptiste Ketchateng

Traitement : La presse fait chorus sur l’affaire J-B Talla

L’arrestation du directeur de publication du Front vue par la presse camerounaise.

Jeudi prochain, Jean Bosco Talla, le directeur de publication délégué du journal Le Front sera entendu par le procureur de la République près des tribunaux de grande instance du Dja et Lobo à Sangmélima. C’est ce que révèle l’édition d’hier du quotidien Le Jour. Avec ce rendez-vous, l’on espère que la lumière sera faite sur une affaire qui fait les choux gras de la presse d’ici et d’ailleurs depuis la semaine dernière. C’est le dimanche 10 février dernier alors qu’il enquêtait sur le patrimoine de certaines personnalités originaires de l’arrondissement de Zoétélé que Jean Bosco Talla et son reporter Hervé Kémété ont été arrêtés par des gendarmes. Comme le souligne Mutations du 13 février dernier et reprenant les propos de Peter William Mandio, le propriétaire du titre Le Front,  » Ils s’y étaient rendus pour des reportages. Il se trouve que de hauts commis de l’Etat sont originaires de cette partie du pays et qu’ils y ont construits de nombreux châteaux « .

Parlant de commis de l’Etat, il se trouve que ces derniers ont pour identité Polycarpe Abah Abah, ancien ministre de l’économie et des finances et Rémy Ze Meka l’actuel ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense qui auraient, aux dires de Claude Tadjon dans Le Jour d’hier, déjà déposé des plaintes pour tentative de cambriolage, violation de domicile et espionnage. Dans le même article, Me Togué, l’avocat de Jean Bosco Talla, déclare que son client bénéficie d’un « élargissement provisoire  » depuis le 13 février avant d’ajouter que « Jeudi prochain, lorsqu’il sera présenté au procureur de la République, on sera fixé sur son inculpation ou pas ».

Selon le site internet http://www.actuphoto.com,  » le directeur délégué du Front et le journaliste (Hervé Kémété) ont ensuite été présentés au procureur de la République de Zoétélé, le 12 février vers 17 heures. Ils ont ensuite été transférés au commissariat du port, à Douala, où il ont été détenus pendant deux jours « . Des péripéties qui ont finalement débouché sur une libération provisoire. Une liberté qui intervient selon Le Messager après leur arrestation à Zoétélé et leur incarcération probable à Douala, puis à Yaoundé. Non sans expliquer que : « Le travail du Front se situe dans la perspective d’une contribution des médias à la lutte contre la corruption et, surtout, le détournement de fonds publics. Que le directeur délégué du Front soit interpellé dans ce cadre, conforte les journalistes de cette publication sur le fait que le pouvoir cherche à écraser la presse afin qu’elle se taise sur les détournements opérés sur le dos des citoyens. Actuellement, les reporters du Front redoutent une perquisition du siège de leur journal, voire de leurs domiciles respectifs.

Ils interpellent les forces vives du pays afin qu’elles ouvrent les yeux sur les cas abus commis sur les reporters qui ne demandent qu’à faire leur travail.  » En rappel,  » Jean Bosco Talla, enseignant, a pris depuis deux mois la direction du Front. Habitué des enquêtes anti-corruption au sein de la société civile, le directeur de la publication de ce journal qui avait pris le parti d’être un franc-tireur sur la scène médiatique pour lui donner une  » nouvelle identité  » « , souligne le quotidien Mutations du 13 février sous la plume de Jean-Baptiste Kétchateng.

Parfait Tabapsi

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