Livre: La guerre des dieux ou l’ombre d’une profession

Extrait

 

Préface

par Dr Mor FAYE, Sociologue, Enseignant/Chercheur en Médias et Communication,

Université Gaston Berger, Saint-Louis, Sénégal.

 

Depuis 1974, le paysage médiatique sénégalais ne cesse de s’élargir. D’un monopole étatique sur la presse écrite et audiovisuelle, le pays est passé à un pluralisme médiatique réel, avec, aujourd’hui, plus de 20 radios et plus de 15 publications privées, qui se structurent progressivement en groupes de presse, sous le leadership des groupes Sud Communication et Walf.

 

Les journalistes de la presse privée vont, en particulier, se révéler être des acteurs majeurs, dans les changements socio-politiques, au niveau local. Au point que la première alternance à la tête de l’Etat, en 2000, mettant fin à 40 ans de règne du Parti Socialiste et consacrant l’arrivée du « libéral » Abdoulaye Wade au pouvoir, leur doit beaucoup. A cette occasion, ils ont informé juste et vrai, pour un scrutin transparent.

 

Les réformes du secteur médiatique naguère promises par l’actuel régime, comme la dépénalisation du délit de presse, la levée du monopole étatique sur l’espace télévisuel, et le libre accès à l’information publique, n’ont pas été faites.

 

Aujourd’hui, la presse privée évolue dans un environnement politique et social très contraignant. Aucun journaliste n’est à l’abri des « tracasseries » de la Division des Investigations Criminelles (DIC) de la Police nationale, pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Les médias publics, notamment la RTS (Radio-Télévision Sénégalaise) et le quotidien gouvernemental Le Soleil, sont, quant à eux, au service exclusif du Chef de l’Etat.

 

C’est de cette réalité, fort préoccupante pour l’avenir de la démocratie sénégalaise, en général, et pour celui de la presse indépendante, en particulier, que le journaliste Ibrahima Benjamin Diagne, Directeur de la Radio Disso FM, essaie de rendre compte, à travers « La Guerre des dieux– Ou Les Ombres d’une Profession ». Par le biais d’un récit très documenté avec des repères chronologiques clés à l’appui, très précis parce que renvoyant à une expérience individuelle et collective journalistique vécue, et très riche en images et en métaphores parce que se voulant surtout et avant tout littéraire, Ibrahima Benjamin Diagne met également le doigt sur un autre danger qui menace la liberté de presse dans son pays: le pouvoir maraboutique ou le pouvoir des chefferies religieuses qui représentent un poids très important au Sénégal. Non pas parce que les Marabouts ou hommes religieux locaux sont foncièrement contre la presse, mais parce que surtout certains de leurs disciples versent très souvent dans le fanatisme qui fait que le journaliste sénégalais, sur des questions relatives à ces chefferies religieuses, peut être sérieusement inquiété dans son intégrité physique et morale.

 

Dans un tel contexte, souligne Ibrahima Benjamin Diagne, le journaliste est face à un dilemme presque cornélien: épouser sans réserve les idéologies politiques et religieuses en présence, ou lutter au quotidien pour préserver sa liberté de conscience et de parole. Se ranger derrière un mouvement politique ou religieux peut certes offrir au journaliste une soupape de sécurité, argumente-t-il, mais il fait de lui un professionnel du prosélytisme, ce qui est aux antipodes des canaux pratiques et éthiques requis par une activité journalistique libre et responsable, surtout lorsque ses lecteurs et auditeurs se débattent au quotidien dans des problèmes économiques, sociaux et sanitaires très criants. C’est pourquoi, revendique Ibrahima Benjamin Diagne, la seule option qui vaille d’être prise est celle qui consiste à préserver son indépendance, pour se mettre au service des couches déshéritées, advienne que pourra.

 

Au journalisme assis et de connivence que les hommes politiques et certains chefs religieux exigent de gré ou de force de la presse, Ibrahima Benjamin Diagne oppose ainsi un journalisme libre et debout.

 

Quiconque s’intéresse à la presse sénégalaise trouvera, dans ce livre, les éléments nécessaires au décryptage de cet univers, de ses espoirs mais aussi de ses inquiétudes.

 

 

Extrait

 

Postface

 

par Ibrahima Félix Mboup, Maître es Lettres

J’ai parcouru votre brillant et bel essai. Que dis-je ? J’ai lu votre roman…Non j’ai plutôt examiné avec intérêt un ouvrage inédit. Dés lors, la problématique du genre, un aspect important de la narratologie moderne, est au cœur de votre écrit. Vous avez donc créé, et la création est la base d’une œuvre artistique. Mais aussi vous êtes parti de votre propre expérience pour cogiter et rendre la vérité.

 

Je suis tombé sous le charme de votre écriture et la pertinence de votre réflexion. Et puis s’il fallait trouver à votre livre un titre autre que celui tant imagé que vous avez déjà trouvé, on pourrait choisir cette expression : « journalisme, pouvoir politique et religieux : heurs et malheurs d’une rencontre ». Je parle d’heurs, car à en croire ce que vous avez dit sur vos débuts dans le journalisme, on constate que votre profession est une aventure exaltante. Le journalisme est aussi pour vous un métier où la passion domine. Mais, j’y vois des malheurs dans la mesure où vous avez fait état de vos drames et de vos mésaventures. J’ai pu comprendre, en parcourant les belles pages que vous avez fabriquées dans la ferveur et non dans la férocité, qu’une meute politico-maraboutique est aux aguets et attend la moindre réaction des journalistes pour se jeter sur eux. Cette presse qu’on veut bâillonner, intimider, humilier et neutraliser, brandit haut le flambeau de la lutte. Votre livre nous dit que le journaliste est un pauvre hère qui erre dans les sentiers scabreux des nos simulacres de démocraties. Il souffre du drame de l’incompréhension des acteurs politiques et religieux. Mais il accepte son sort d’être diabolisé et poursuit sa marche vers le vrai. Le journaliste, Aliou Ndiaye, un homme que vous avez décrit comme un esprit gladiateur de la presse le dira : « Il faut être têtu pour faire ce métier » (p.58). Pour tout dire on a l’impression que le journaliste a choisi délibérément de « vivre dangereusement » pour vivre utilement.

 

Des réflexions philosophiques, il n’en manque pas dans le livre qui étale les contrastes d’un métier. C’est pourquoi le narrateur a choisi sa rencontre avec un confrère au bord de l’onde source d’inspiration, de confort pour se livrer à un questionnement philosophique. Celui-ci a porté sur le destin du journaliste appelé à assumer sa condition malgré « les ombres d’une belle profession ». Une expression souvent employée par l’auteur pour monter que ceux qui exercent ce métier se sentent solidaires et acceptent de « sentir la honte en face d’une misère qui ne semblerait pas dépendre d’eux… »

 

En somme, ce livre est loin d’être un coup d’essai. Il est un véritable coup de maître, même si l’auteur se refuse -humilité oblige- d’être nommé « el maestro ».

 

 

Au sujet de l’auteur

Né le 21 juin 1976 dans la province du Sine, Ibrahima Benjamin Diagne, ce jeune sérère est fils d’un militaire qui a exercé dans la gendarmerie française pendant l’époque coloniale avant d’intégrer celle du Sénégal au lendemain des indépendances.


C’est dans la rigueur que son père l’a élevé. Il passe une enfance sous l’œil vigilant et rigoureux de son père qui lui a donné le goût de l’étude et de la recherche. C’est en tenue de gendarme que son père prenait ses cours de droit à l’université de Dakar. En 2000, Diagne obtient un certificat en journalisme d’Investigation avant de subir une formation sanctionnée par un diplôme de journalisme politique (niveau 3). Ibrahima Benjamin Diagne a capitalisé une expérience non négligeable grâce à plusieurs stages notamment avec Reuters en techniques journalistiques, à la Radio France Internationale (R F I) et à l’école des métiers de l’information à Paris. Lauréat du prix reportage Radio

décerné par R F I – R S F en 2003, Ibrahima Benjamin Diagne a également reçu les félicitations du haut conseil de l’audiovisuel du Sénégal.


Actuellement il suit une formation à l’Institut supérieur de commerce et de communication (ISC) de Dakar où il est inscrit en master en communication/journalisme.


Enfant, il a rêvé d’être médecin ou enquêteur mais plus tard, il aura un grand penchant pour les lettres après avoir découvert les merveilles de la poésie par le biais de son professeur de français au collège.


Très tôt, il s’est détourné des mathématiques pour n’avoir jamais eu de passion pour elles.

 

Après un brillant parcours au collège où il décroche son brevet de fin d’études moyennes, Ibrahima Benjamin Diagne se rend au lycée Ahmadou Bamba de Diourbel et obtient son baccalauréat en Littérature. Les portes de l’universités de Dakar lui son donc ouvertes, le choix de sa discipline universitaire a fait l’objet d’une grande controverse au sein de sa famille.


En effet, son frère avocat voulait que le jeune Ibrahima jetât son baluchon à la faculté de droit de Dakar. Ce qui n’a pas enchanté le nouveau bachelier qui sera malgré lui embastillé à la faculté préférée par son frère.


Son goût pour la littérature et l’art l’a amené à déserter sa faculté d’accueil au profit du département de lettres où il ne manquait jamais d’assister aux cours.

 

C’est à l’université même que sa passion pour le journalisme s’est manifestée.


Il fit ses premiers pas dans le journalisme à travers le périodique Lux fondé par les étudiants. Il intègre successivement le quotidien Le populaire, les radios 7 FM et Walf FM de Dakar, de 1999 à 2005.


Directeur de la radio DISSO FM depuis 2005 dans sa propre ville, Ibrahima Benjamin Diagne semble naviguer à contre-courant de la boutade : « nul n’est prophète chez soi ».


Chez Ibrahima Benjamin Diagne, on ne peut pas dissocier le journalisme de la littérature.


En attestent son livre ou les genres essai, fiction, autobiographie s’entremêlent et la centaine de poèmes qu’il a gardés dans ses tiroirs.


L’écriture de Benjamin Diagne mêle le vivant, le vivace à l’image. Son œuvre, à n’en pas douter, marquera, d’une emprunte indélébile, les générations présentes et futures.


 

 

 

Communiquer avec l’auteur

 

Monsieur Ibrahima Benjamin Diagne se fera un plaisir

de répondre à vos courriels.

 

Adresse électronique

 

ibrahimabenjamin@yahoo.fr

 

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