MONDE: Les personnes séropositives sous ARV ne sont pas contagieuses – experts

JOHANNESBOURG, 4 février

– Selon des experts suisses du VIH, les personnes séropositives qui suivent à la lettre leur traitement antirétroviral (ARV) et ne sont pas atteints d’infections sexuellement transmissibles (IST) ne peuvent pas transmettre la maladie à leurs partenaires sexuels.

Quatre éminents experts suisses du VIH ont fait cette déclaration controversée cette semaine, dans le Bulletin des médecins suisses, au nom de la Commission fédérale suisse sur le VIH/SIDA, après s’être penchés sur plusieurs études des taux de transmission chez les couples sérodiscordants (qui comptent une personne séropositive et une personne séronégative).

Les chercheurs ont reconnu qu’ils ne pouvaient pas écarter à 100 pour cent la possibilité d’une transmission du virus lorsque le partenaire séropositif est sous traitement ARV, mais ils ont qualifié le risque de « négligeable », à condition que la charge virale (soit la quantité de virus IH dans le sang) soit indétectable depuis au moins six mois et qu’aucun des deux partenaires ne soit atteint d’une IST.

En omettant de prendre ses médicaments ARV même pendant quelques jours seulement, ou en contractant une IST, une personne séropositive risque de voir sa charge virale augmenter rapidement, la rendant alors sexuellement contagieuse, ont en revanche souligné les experts.

Pour étayer leur propos, ceux-ci ont cité une étude menée en Espagne auprès de 393 couples hétérosexuels sérodiscordants recrutés sur une période de 12 ans, et dans le cadre de laquelle aucun cas de transmission du VIH n’a été observé dans les couples où le partenaire séropositif suivait un traitement ARV ; contre un taux d’infection de 8,6 pour cent chez les couples où le partenaire séropositif n’était pas sous traitement.

Comparant leur propos aux déclarations faites dans les années 1980 et selon lesquelles le VIH ne pouvait être transmis par simple baiser, les auteurs ont noté que si de telles affirmations n’avaient pas été prouvées, « après 20 ans d’expérience, leur véracité semblait [néanmoins] extrêmement plausible ».
Dans les pays où la loi peut être invoquée pour criminaliser la transmission du VIH, notamment en Suisse, les experts recommandent que les tribunaux tiennent compte du fait que la personne séropositive est ou non sous traitement ARV et qu’elle est ou non atteinte d’une IST.

Leur déclaration a également des répercussions importantes en matière de prévention du VIH et pour les personnes séropositives dont le partenaire est séronégatif.

Luckyboy Mkhondwane, activiste séropositif de la Treatment Action Campaign (TAC), groupe de lobbying sud-africain pour la lutte contre le sida, a néanmoins confié à IRIN/PlusNews qu’il ne se risquerait pas à avoir des rapports sexuels non-protégés avec sa partenaire séronégative, bien qu’il soit sous traitement ARV et présente une charge virale extrêmement faible.

« Je ne pense pas que je pourrais supporter la culpabilité que je ressentirais si je transmettais le virus à quelqu’un », a-t-il dit.

Pour Johanna Ncala, qui travaille elle aussi à la TAC, la conséquence la plus importante de cette annonce pourrait concerner le droit des personnes séropositives d’être parents. « Aujourd’hui, les gens vivent leur vie et veulent avoir des enfants », a indiqué Mme Ncala, qui a eu un bébé séronégatif il y a deux ans, bien que le père de l’enfant et elle-même soient tous deux séropositifs.

« Mais cela fait peur aux gens, c’est pourquoi nous devons trouver un moyen de les sensibiliser sur cette question, de la même façon que nous tentons de trouver un moyen de les sensibiliser sur la question de la circoncision », a-t-elle expliqué.

De nombreux experts de la santé se sont dits inquiets à l’idée que les conclusions récentes concernant les avantages de la circoncision en matière de prévention du VIH puissent amener certains hommes circoncis à surestimer le degré de protection dont ils bénéficient et à faire fi des précautions sexuelles, une tendance connue sous le nom de « l’effet de désinhibition ».

Un effet de désinhibition semblable lié au traitement ARV a déjà été observé chez les hommes séropositifs qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes dans les pays développés. Si les taux de mortalité observés au sein de ce groupe ont diminué depuis l’apparition des ARV, au milieu des années 1990, les cas d’IST ont augmenté, ce qui laisse penser que ces hommes adoptent des comportements sexuels plus risqués.

« C’est une déclaration courageuse, et leurs arguments sont convaincants », a commenté le docteur François Venter, président de la Société sud-africaine des cliniciens VIH, dont les 12 500 membres exercent dans le domaine du VIH/SIDA.

« Ce qui [nous] inquiète, c’est que cela risque de compromettre la lutte acharnée que nous menons pour véhiculer des messages de prévention. Nous allons devoir conseiller nos patients avec beaucoup de précautions ».

Dans sa déclaration, la Commission fédérale suisse sur le VIH/SIDA a recommandé qu’aucun changement ne soit apporté aux stratégies nationales de prévention actuelles, sauf en ce qui concerne les personnes séropositives entretenant une relation stable.

« Les personnes qui n’entretiennent pas de relation stable doivent se protéger », pouvait-on lire dans la déclaration, « n’étant pas en mesure de vérifier si leur partenaire est séropositif ou non, ou s’il suit une thérapie antirétrovirale efficace ».

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