Cartes sur table: Joseph Antoine Bell se lâche

 
Click to jump to 'Le Messager'DOUALA – 18 JAN. 2008
© Noé N. Massoussi, Jean-C. EDJANGUE, Le Messager
Perroquet, perdrix ou hibou !
 
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La 26ème édition de la Coupe d’Afrique des nations de football (Can) s’ouvre le 20 janvier au Ghana. Seize équipes nationales y prendront le départ avec des chances égales, a priori. Ce n’est pas l’avis de l’ancien gardien de but des Lions indomptables. Depuis qu’il a raccroché les gants, Joseph Antoine Bell, l’iconoclaste Lion Indomptable, n’a pas sa langue dans la poche. Toujours aussi perspicace, vif, incisif et franc, ses prises de position divisent assez souvent l’opinion nationale. Amis et détracteurs ne cessent de lui affubler de noms d’oiseaux. Perroquet pour tous ceux qui trouvent que le meilleur gardien africain de tous les temps est trop bavard. Perdrix pour ceux qui pensent que Joseph Antoine Bell est un précurseur. Hibou pour ceux qui estiment que l’ancien Lion Indomptable aujourd’hui à la retraite, n’est qu’un prophète de malheur.
Mais qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Joseph Antoine Bell a le mérite de dire tout haut ce que nombre de Camerounais pensent tout bas. Il garde et affiche fièrement son caractère bien trempé. Malgré les multiples déboires que cela a pu lui procurer. Au mieux de sa forme en 1990, il fut cloué au banc de touche des Lions Indomptables au mondial italien, parce qu’il osa revendiquer les primes des joueurs en insistant qu’avec un état d’esprit entamé, il ne fallait pas s’attendre à une belle prestation. Les choses avaient été réglées et le Cameroun fit sa plus belle coupe du monde, en atteignant les quarts de finales. Personne ne lui donna raison. Au contraire, il fut présenté comme un traître, un antipatriote. Tout ceci lui était tombé dessus comme de l’eau sur le plumage du canard.
A la vérité, Joseph Antoine Bell a toujours été une grande gueule. Ses fans disent qu’il est ouvert comme un livre. Il parle comme il respire. Mais l’homme est cohérent et intéressant. Raison pour laquelle, tout le monde aime le lire, l’écouter et le voir parler. Il ne force pas les mots. C’est un adepte de la théorie selon laquelle, “ ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent clairement. ” Même si ces interviewes et entretiens se suivent, ils ne se ressemblent guère. Il est l’un des rares footballeurs à tutoyer de face les fossoyeurs du football qu’il a tant aimé et pour lequel il a consacré l’essentiel de sa vie. Ses victimes se comptent parmi Bernard Tapie, la Fédération camerounaise de football, pour ne citer que celles-là. Il a eu gain de cause devant elles au tribunal. Si au pays de Bernard Tapie qui après cette “ humiliation ” a été ministre, l’ancien capitaine de Olympique de Marseille peut parler de football à égal avec Alain Giresse dont il est le promotionnaire à l’école de football de Claire Fontaine, ce n’est pas le cas dans son propre pays. Les dirigeants du football national lui vouent une amitié haineuse. Aucune de ses tentatives pour pénétrer le cercle de décision n’a jamais réussi. Après son intention de diriger la Fécafoot, il s’est vu refuser la direction de l’encadrement technique des Lions Indomptables seniors. Joseph Antoine Bell qui était arrivé aux Girondins de Bordeaux avec la lourde mission de remplacer le mythique Dominique Dropsy n’avait pas failli. Il décrocha la 2ème place du championnat français (1989 – 1990). Malgré les multiples peaux de banane jetées sur son chemin, Joseph Antoine Bell continue de s’intéresser de très près au football de son pays et du continent. Avec son franc parler habituel, l’ancien footballeur professionnel parle la mort dans l’âme des problèmes du football camerounais et revisite l’évolution de la Can de ces vingt dernières années en se livrant à son jeu favori des pronostics de Ghana 2008. Mais Jojo, ce n’est pas que le football. Il parle avec le même plaisir et la même verve du débat sur la révision de la Constitution et de la vie publique au Cameroun.

La Can d’aujourd’hui ressemble-t-elle à celle que vous avez connue du temps où vous étiez joueur de l’équipe nationale de football du Cameroun ?

Je ne crois pas que la Can d’hier soit la même que celle d’aujourd’hui. Ce serait d’ailleurs regrettable si tel en était le cas. Je pense que les évènements de cette nature ont plutôt vocation à évoluer. Et c’est tant mieux. Si vous n’évoluez pas, le temps lui évolue, les autres aussi. Ils finissent par vous entraîner un tout petit peu. Mais c’est quand même mieux que vous puissiez impulser l’évolution de votre propre chef. Je crois que la Can n’a pas fondamentalement changé et à chaque édition, elle va susciter un plus grand intérêt. Et cet intérêt naît de deux choses prioritaires. La première, sans que ce soit par ordre d’importance, c’est la mondialisation qui a apporté une plus grande circulation de l’information, une plus grande visibilité de tout le monde et un rapprochement géographique alors que les distances n’ont pratiquement pas bougé. Mais un rapprochement dû à l’évolution des nouvelles technologies de l’information. Aujourd’hui, il n’y a pas un coin de la planète où il se passe quelque chose sans que le monde entier en soit informé. Tout cela fait que grâce aux progrès permis par les nouvelles technologies de l’information et de la communication, la Can est tous les ans plus proches des gens et proche de l’intérêt mondial. L’autre facteur qui montre l’évolution de la Can par rapport à celle que nous avions connue, ce sont les athlètes, les joueurs eux-mêmes, qui sont aujourd’hui les voisins du reste du monde. Autrefois, la Can était une affaire afro- africaine, les autres regardaient les choses de loin ou ne les regardaient pas du tout. De nos jours, dans le monde entier, chacun a un voisin qui est concerné par cette compétition. Quand un joueur évolue à Arsenal par exemple et qu’il doit participer à la Can, la Can devient l’actualité d’Arsenal. Il en est de même si vous jouez à l’Olympique de Marseille, à Bordeaux ou ailleurs. Je dois d’ailleurs rappeler que avant de l’appeler la Can, on parlait de Coupe d’Afrique des Nations, sans abréviation. Ce sont les européens qui nous ont apportés cette dénomination. Elle n’était peut-être pas difficile à trouver. Mais il fallait y penser. Pour faire un parallèle, le championnat d’Europe ne s’appelle pas CE. Il s’appelle bien championnat d’Europe. Par ailleurs, le nombre de joueurs concernés par la Can est de plus en plus nombreux et gagne aussi en qualité. Ces athlètes sont de plus en plus intéressés par les classements mondiaux individuels et par équipes. Ce qui veut dire qu’ils amènent vers l’Afrique leur propre notoriété. C’est une évolution que j’avais déjà observée et soulignée dès 1988. Mais comme assez souvent, on a eu du mal à suivre.

Que disiez-vous en 1988 à ce propos ? Pouvez-vous expliciter votre pensée ?

Du temps où je jouais à l’Olympique de Marseille, en 1988, je disais déjà que l’avenir de la Can, qu’on le veule ou pas, ce sont les footballeurs professionnels. Et que si ce sont les footballeurs professionnels, il va falloir que les dirigeants africains songent à s’adapter à la nouvelle donne et à comprendre l’évolution. Or à cette époque-là, si je prends le cas du Cameroun, nous avions peu de joueurs professionnels. Et pourtant, nous étions déjà mieux que d’autres nations qui n’en avaient pas du tout. Quand j’appelais les dirigeants africains à commencer à réfléchir sur cette évolution, c’était pour qu’ils puissent en anticiper les effets et mieux les rentabiliser. Je ne comprends pas très bien le discours de ceux qui pensent qu’une Can avec des joueurs professionnels va tuer les championnats nationaux locaux. Au contraire ! La qualité ne peut tuer l’évolution. C’est dramatique que des Africains puissent se mettre à penser de la sorte. Ces Africains-là réfléchissent à reculons. Jusqu’à solliciter l’organisation d’une Can des footballeurs locaux non professionnels. Le sport en général et le football en particulier, est d’abord l’exaltation de l’effort, du mérite et de l’excellence. On ne peut donc pas déterminer une compétition réservée aux médiocres ou pour être moins dur, réservée aux moins bons. Or tout le monde le sait, la compétition des médiocres n’intéresse personne, sinon que les médiocres eux-mêmes. Au moment où j’ai lancé l’idée d’une Can dont l’avenir appartient aux joueurs professionnels, personne n’a cru bon de venir me voir pour préciser et développer mon propos. Les gens se sont empressés au contraire de la rejeter à priori, de se braquer. Pourquoi des joueurs qui ne brilleraient pas dans leur club attireraient le public, les sponsors ? En revanche, il y a une faible probabilité pour que le joueur qui est bon à Marseille le soit moins à la Can. Encore une fois, on a manqué de jugeote, on n’a pas su saisir la balle au bond. Aujourd’hui, toutes les équipes qui participent à la Can sont composées non pas de onze joueurs professionnels mais de vingt-deux ou vingt-trois. Ces garçons ne jouent pas dans leur pays, uniquement parce qu’ils n’ont pas la possibilité d’exploiter leur talent en Afrique. Ni sur le plan des infrastructures, de l’encadrement, encore moins des salaires. C’est de cela qu’il s’agit et non d’une quelconque opposition entre les pays d’Afrique et ceux d’ailleurs. Ce n’est pas nécessaire de vouloir toujours opposer blancs et noirs, riches et pauvres. Il faut être réaliste.

A partir du 20 janvier, les yeux de la planète football seront rivés vers le Ghana, qui accueille la 26ème Can. Quel regard l’analyste et le technicien de football que vous êtes, porte-t-il sur cette édition ?

Tous les pays qui participent à cette Can 2008 ont une histoire. Ce qui peut permettre un arrêt sur le pays organisateur, c’est que le Ghana a à nouveau une équipe de football compétitive, très compétitive. Ce qui veut dire que c’est un potentiel vainqueur qui organise cette Can. Autre trait du Ghana, sur le plan politique, le pays est revenu sur la scène. Son président assure la présidence de l’Union Africaine. Surtout, il a retrouvé une crédibilité économique. En fait tout se passe comme si le politique, l’économique et le sport sont liés. En tout cas en ce qui concerne le Ghana. Sur la compétition elle-même, il y a un plus grand nombre de joueurs professionnels et donc de qualité. Du coup, on risque aussi d’avoir plus de polémiques pour se séparer de ces joueurs même si la réglementation prévoit cela. Et si nous parlons des prétendants potentiels, au pays on s’efforcera d’y inclure le Cameroun. Ailleurs, la complaisance et la sympathie que les gens avaient pour le Cameroun ont fini par disparaître. A tel point que, aujourd’hui, le Cameroun ne fait plus parti des favoris. En revanche, en plus du Ghana, il y a l’Egypte, la Côte d’Ivoire, le Maroc…Pour une Can, le Cameroun n’était pas tête de série. Et ça n’a pas semblé choquer les Camerounais. Mais c’est vrai que ce n’est pas la tête de série qui fait obligatoirement le vainqueur de la Can. Néanmoins, être tête de série est un indicateur de la considération que vous imposez aux autres de par vos résultats. A contrario, si vous n’êtes plus tête de série alors que vous aviez l’habitude de l’être, vous devriez sourciller un peu et vous dire qu’il y a quelque chose qui change en mal. C’est d’autant plus inquiétant que, lorsqu’il n’y avait qu’un prétendant à la coupe du monde, le Cameroun en était. Idem quand il y en avait deux, trois ou quatre. Il y a un message que nous ne voulons pas comprendre. Cela dit, le Cameroun peut toujours gagner la Can, même si, généralement, il y a plus de chances que le vainqueur sorte du lot des favoris. Mais il faut savoir qu’être favori revient à dire qu’on présente le meilleur potentiel, la meilleure image combinée sportive et en dehors, qu’on gère bien son projet sport…

Qu’est-ce qui pose problème au Cameroun aujourd’hui par rapport au sport? Pourquoi le Cameroun n’est plus parmi les favoris ?

Je pense que nous avons effectivement un problème de fond qui amène évidemment la situation qui est la nôtre. Quand un corps est malade, on peut prendre la température à l’aisselle, à l’oreille, dans la bouche ou ailleurs. Et on trouvera toujours une température élevée. Est-ce pour autant qu’il ne faut soigner que la partie qui a servie pour prendre la température ? Pendant longtemps, plus longtemps qu’on ne le pense, le Cameroun a subrepticement, très lentement et imperceptiblement glissé vers un comportement de routine qui a fait croire que tout le monde pouvait tout et n’importe où. Nous ne sommes pas responsables du lever du jour ni de la tombée de la nuit. On a fini par se dire que de toutes les façons, le jour finira par se lever et la nuit par tomber. Il découle de cet état de choses que nous les Camerounais voulons d’un pays qui soit plus avancé que chacun de nous pris individuellement. Mais ce n’est pas étonnant. Regardez comment nous nous comportons par rapport au Code de la route. Tout le monde se plaint du désordre, du non respect des règles de conduite. Mais personne n’est prêt à changer de comportement. Nous voulons un Cameroun qui avance avec des gens qui freinent des quatre fers pour faire du sur place si ce n’est qui marchent à reculons. Les mêmes gens qui vivent, sans se rendre compte de l’importance des sociétés qu’ils dirigent, vont se retrouver en sport. Mais en pire. On a toujours cru que le sport est une affaire de cancres, de médiocres. On a donc laissé s’y installer les moins brillants des Camerounais. Tout acte qui est posé dans le sport sur le plan juridique est d’une nullité absolue. Vous ne pouvez pas aller à une compétition qui, réglementairement prévoit de qualifier trois clubs, vous asseoir un mois après la compétition pour décider d’en qualifier cinq. Depuis 1982, Paul Biya parle de rigueur, moralisation, mérite… Si pendant 25 ans, on n’est pas parvenu à combler le gouffre de l’époque, on imagine aisément qu’il s’est forcément agrandi. Et que le pays est dans un tel état…c’est l’immoralité qui est devenue la règle au même titre que toute sélection par autre chose que le mérite. Aujourd’hui, il règne dans le football camerounais, tous les maux de la société en pire. Quant à la Can, elle n’arrête plus de grandir. Ma crainte c’est qu’à terme, nous n’ayons pas les moyens d’organiser dignement un tel évènement. Peu de pays en sont capables aujourd’hui.

Dans son allocution de fin d’année à la nation, le président de la république, Paul Biya, a laissé entendre qu’il procèdera à la modification de l’article 6 alinéa 2 de la Constitution. Afin de répondre à l’attente d’une partie de la population. Joseph Antoine Bell se sent-il concerné par ce débat ou alors il pense que c’est l’affaire des seuls politiques ?

Non, je pense que tous les Camerounais devraient se sentir concernés. C’est l’affaire de tous les Camerounais. Même si seuls prendront la décision ceux qu’on appelle élus et représentants du peuple. Le problème chez nous, c’est que, quand on a pris du retard, ce n’est pas la peine d’essayer de brûler les étapes. Ça ne sert à rien de courir, il faudra à peu près le même temps pour assimiler ce qu’on n’a pas pu faire avant. Si on n’a pas pu pratiquer la démocratie selon les règles de l’art pendant un certain temps, il nous faudra malheureusement ce temps-là qu’on ne peut pas rattraper. Ceux qui sont délégués du peuple n’ont visiblement pas compris qu’ils ne sont que des représentants de ce peuple et rien d’autre. Ils devraient prendre les décisions comme ceux qui votent pour eux l’auraient fait. Et comme l’adéquation entre les élus et le peuple n’existe pas, il se trouve que les Camerounais peuvent être amenés à voter pour des gens qui ne représentent pas du tout leurs idées. Et ces gens-là évidemment vont avoir un comportement qui est aux antipodes de celui de ceux qui les ont mandatés. Voilà la réalité. Il nous faut donc savoir que les quelques Camerounais qui ont un sens avéré de la démocratie, une pratique et une vraie compréhension de cette même démocratie, ne doivent pas perdre de vue que l’immense majorité de la population n’en est pas encore là. Mais ce n’est pas une raison pour eux pour abandonner le combat. Car c’est en ramant à contre courant qu’ils pourront permettre aux autres d’apprendre. Parce que s’ils abandonnent, on va retomber dans la bouffonnerie. C’est donc normal que tout le monde parle de révision et que ceux qui la souhaitent aient un esprit de tolérance pour les autres. Et réciproquement.

Si le débat sur la modification de la Constitution vous concerne. De quel côté vous situez-vous ?

Ces positionnements politiques me rappellent étrangement des souvenirs de bouffons dans le football. Les dirigeants des ligues provinciales et départementales se permettent de désigner avant le début des championnats, quels clubs doivent monter, qui doit aller aux interpoules. Au lieu de laisser la meilleure équipe gagner par le mérite, par ses compétences. Cela est vrai dans le Littoral, le Centre, etc…Vous voyez à quel point les problèmes du football camerounais sont ceux de la société entière et comment les dysfonctionnements de la fédération sont révélateurs de toute notre culture. Il ne s’agit pas de dire qui va diriger le pays, il s’agit de savoir qui va se présenter, qui va compétir. Une révision constitutionnelle ne doit pas avoir pour but de savoir qui va diriger le pays. C’est totalement déplacé! En revanche, qui va diriger le pays doit découler d’une compétition libre et démocratique que nous aurions mené tous ensemble, publiquement. Que ce soit ceux des camerounais qui sont pour ou ceux qui sont contre cette révision, il est clair qu’on a sauté des étapes. Il faudrait bien que quelqu’un rappelle tout le monde à l’ordre.

Que voulez-vous dire par rappeler tout le monde à l’ordre ?

Il s’agit de modifier la Constitution. Maintenant que certains avancent des arguments qui soient conte la limitation des mandats, leurs arguments sont recevables. Je veux dire que dans un pays comme le Cameroun, il ne faudrait pas des textes qui excluent. De la même manière, avoir une constitution qui stipule que pour être candidat à l’élection présidentielle, il faut absolument résider au Cameroun, c’est exclure un certain nombre de nos compatriotes qui pourraient être intéressés à se présenter à la magistrature suprême, parce qu’il n’habite pas régulièrement au pays. Si vous pensez, sincèrement qu’un Camerounais ne résidant pas au Cameroun est handicapé à la base pour remporter la compétition, alors laissez-le se présenter avec cette tare. Et que le peuple décide en toute connaissance de cause, de la barrer. Que le peuple tranche, après avoir vu comment ce Camerounais de la diaspora en faisant une campagne complètement inadaptée, qui met en lumière à quel point il ne connaît rien des problèmes de chez nous. C’est aussi la même chose, quand on exclut par l’âge. Dire qu’un vieillard n’a pas le droit de se présenter, alors qu’on sait très bien que les seniors sont dans la tranche d’âge des populations qui se mobilisent le plus pour voter. Il est quand même impensable que la même constitution qui fixe l’âge de voter interdise par ailleurs de se représenter alors qu’au moins une frange des électeurs le souhaite. Il ne faut pas du tout exclure qu’il puisse arriver que dans un pays, tout le monde estime que c’est la sagesse d’un vieillard de 90 ans qu’il faut pour présider aux destinées de la nation. Au Sénégal, le président Wade a été réélu à précisément 80 ans. Ça veut dire que face aux autres candidats, dont certains avaient à peine 40 ans, les Sénégalais ont préféré la sagesse d’un octogénaire. Il faut que les Camerounais profitent du débat et de la révision de la constitution pour y mettre tout ce qui existe en matière de modernité. Je continu à penser que la limitation des mandats est une aberration dès lors qu’elle va à l’encontre de la volonté populaire. Au même titre qu’il n’est pas normal que les Camerounais de l’étranger ne puissent pas participer à l’élection présidentielle. Ni comme électeurs, ni comme éligibles. Va-t-on nous faire croire qu’on cesse d’être Camerounais aussitôt qu’on habite plus le territoire national ? Nos compatriotes qui résident à l’étranger devraient avoir la possibilité de voter dans les Ambassades. Ils doivent se sentir Camerounais partout où ils se trouvent.

Comment se débarrasser d’un chef de l’Etat qui a montré ses limites dans bien des domaines et qui s’accroche au pouvoir?

Avant de répondre à cette question (large sourire), je voudrais d’abord repréciser que l’élection présidentielle n’est pas une élection de partis. L’investiture elle, est une affaire de partis. Que le parti du président Biya l’investisse, ce n’est que normal. On ne peut pas donc commencer à nous dire d’emblée qu’il est le meilleur, si ce n’est dans son parti. Mais qu’il soit le meilleur pour son parti ne signifie pas qu’il le soit pour l’ensemble du Cameroun. Le parti Rdpc n’étant en aucun cas le parti qui représente tous les Camerounais ou celui au sein duquel l’ensemble du pays est représenté. Le fait de brûler systématiquement les étapes frustre les autres et fini toujours par les braquer contre vous. Que chaque parti s’occupe de ses problèmes, qu’il les règle d’abord. Ce qui veut dire qu’on ne peut pas déduire automatiquement que la révision de la constitution vise uniquement à faire gagner Paul Biya. Autrement dit, on reconnaît avant même l’élection proprement dite, qu’il est meilleur que tous les autres. Ce qui revient à admettre qu’on a peur de lui. Pourquoi aurait-on peur de quelqu’un dont on dit qu’il a échoué sur bien des plans ?

Soit ! Mais limiter un mandat électif n’est-ce pas un des éléments de la régulation du fonctionnement démocratique ? Et à contrario, ne pas le limiter, ne symbolise-t-il pas une dictature ou une monarchie ?

Non justement. Notre Constitution ne désigne pas un président à vie. La démocratie c’est venir se présenter devant le suffrage universel, devant le peuple. Il est seul à décider de manière souveraine du choix de son représentant, du président qu’il veut pour conduire les affaires du pays. On doit donc pouvoir revenir devant le peuple autant de fois que l’on veut et ce peuple donne son avis, librement. Moi je voudrais qu’on se batte pour avoir une élection des plus libres et transparentes, pour une émancipation du citoyen camerounais, qu’il comprenne où sont ses intérêts, les enjeux. Mais pour ce faire, il faudrait qu’il y ait un vrai statut de l’opposition. Qu’on ne finance plus des partis qui n’en sont que de nom et ne valent rien dans la réalité. Et que ces formations politiques cessent d’être des regroupements claniques, ethniques ou régionaux et que nous finançons nous-mêmes notre démocratie. A ce moment-là, les gens adhéreront ou pas. Il faut en tout cas en finir avec une situation qui aux prises un parti administratif et des partis alimentaires.

L’opération épervier dont on dit qu’elle est à tête chercheuse vous semble-t-elle participer de l’assainissement de la démocratie au Cameroun ?

A tête chercheuse…(il sourcille pour marquer son étonnement)Cela signifierait qu’on est allé chercher uniquement dans les petites entreprises ou alors qu’on a interpellé des gens qui n’ont rien à voir avec les enquêtes relatives à cette action. Mais si l’épervier est un rapace, il désigne aussi un filet de pêche. Dans cette deuxième acception, je ne connais pas de filet qui pêche tous les poissons de l’eau. Il y en a toujours qui glisse entre les mailles pour se sauver. De même qu’il y en a que le filet ne prend pas forcément au premier lancé. Sincèrement, je ne peux pas dire que je sois entièrement satisfait. Mais je me félicite qu’il y ait un début de rectification et un retour à l’orthodoxie.

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