AFRIQUE DE L’OUEST: Alerte aux épidémies de méningite – OMS

DAKAR/OUAGADOUGOU, 18 janvier

– L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé que des épidémies de méningite, une bactérie mortelle, s’étaient déclarées dans trois pays d’Afrique de l’Ouest, marquant le début de ce qui pourrait être, selon les experts, l’épidémie de méningite la plus grave qu’ait connu l’Afrique depuis 10 ans.

« Au Burkina Faso, un district est en état d’alerte, une épidémie a été signalée dans une des régions du Nigeria et deux cas ont été observés au Niger, ainsi que plusieurs en République démocratique du Congo », a expliqué à IRIN le professeur Kader Kondé, qui dirige le Centre de surveillance pluripathologique (MDSC) de l’OMS à Ouagadougou.

En octobre dernier, l’OMS avait averti que 80 millions de personnes sur les quelque 350 millions d’habitants des 21 pays d’Afrique qui s’étendent de l’Ethiopie, à l’est, à la Mauritanie, à l’ouest, auraient sans doute besoin d’être vaccinées contre cette bactérie, cette année.

La bactérie de la méningite, qui prend généralement des proportions épidémiques dans cette région souvent qualifiée de « région méningitique » de l’Afrique entre les mois de décembre et mai, pourrait être particulièrement virulente cette année, à un moment où la région arrive au pic d’un cycle de 10 à 12 années de crises méningitiques, selon les prévisionnistes de la santé.

Des risques élevés

Entre 1995 et 1997, lorsque a eu lieu la dernière épidémie grave dans la région, au moins 25 000 personnes ont trouvé la mort et 250 000 ont été infectées.
Entre décembre 2006 et mai 2007, 53 000 cas de méningite ont été signalés et quelque 4 000 personnes y ont succombé dans l’ensemble de la région, selon les estimations.

Les pays du Sahel, région semi-aride, sont frappés chaque année par des épidémies pendant les saisons sèches, entre décembre et juin, lorsque les nuits froides et les vents forts et poussiéreux qui soufflent sur la région rendent les populations plus sujettes aux infections respiratoires.

La bactérie de la méningite se transmet par les éternuements ou la toux.

Selon M. Kondé, la situation pourrait être plus grave cette année, en raison de la grande quantité de poussière présente dans la région et du faible taux d’immunité observé au sein des populations.

De nouvelles recherches, menées par l’OMS et les centres nationaux de recherche, semblent également indiquer l’existence d’une nouvelle souche de cette bactérie, a-t-il ajouté.

« Si l’on tient compte de tous ces facteurs, on se retrouve dans une situation où les risques [d’épidémies] sont élevés », a prévenu M. Kondé.

Degré de préparation

Il est notoirement difficile de se tenir prêt à faire face aux épidémies de méningite car les vaccins ne peuvent être administrés tant qu’on ignore quelles formes de la bactérie se propagent, parmi les nombreuses formes qui existent.

En 2006-2007, l’intervention humanitaire a également été entravée par le peu de vaccins bon marché généralement utilisés dans la région, à un moment où les fabricants européens s’attachaient à produire de nouveaux vaccins, qui font effet plus longtemps mais sont plus coûteux. Seules sept millions de doses avaient pu être obtenues.

En 2008, entre 25 millions et 30 millions de doses pourraient être obtenues, selon l’OMS. « La situation est vraiment plus favorable que l’année dernière », s’est réjoui M. Kondé.

Les responsables des interventions sanitaires d’urgence doivent se rencontrer à Dakar la semaine prochaine pour coordonner les opérations en prévision de l’épidémie.

Hans Ebbing, coordinateur sanitaire régional de la Fédération internationale de la Croix-Rouge a déclaré à IRIN que la Fédération avait déjà commencé à former 25 000 volontaires dans l’ensemble de la région, à apprendre aux populations à reconnaître la méningite et à les sensibiliser sur les dangers de cette maladie.

« Nous savons que cela ne permettra pas vraiment de prévenir une épidémie grave.

Mais nous espérons que ces activités préventives pourront en partie empêcher la propagation de la maladie et nous savons que la formation et la préparation permettent également d’intervenir plus rapidement », a-t-il ajouté.

La méningite est une infection des fines enveloppes qui entourent le cerveau et la moelle épinière. Même lorsque la méningite est diagnostiquée à temps et qu’une thérapie appropriée peut être suivie, entre cinq et 10 pour cent des patients y succombent, généralement dans les 24 à 48 heures qui suivent l’apparition des premiers symptômes. Plusieurs milliers d’autres en gardent des séquelles : lésions cérébrales, perte d’ouïe ou troubles de l’apprentissage.

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