NIGERIA: Confusion autour du débat sur l’introduction des ordinateurs portables à l’école

ABUJA, 31 décembre

– Un projet visant à fournir un million d’ordinateurs portables bon marché aux écoliers nigérians a été abandonné car certains parlementaires estiment qu’il serait préférable d’investir dans d’autres projets éducatifs les fonds destinés à l’achat de ces ordinateurs.

Mais pour le directeur du projet, les autorités nigérianes et certaines sociétés informatiques privées ont activement contribué à faire échouer ce projet.

« Le projet s’est heurté à une série de difficultés », a dit Tomi Davies, directeur de One Laptop per Child, la société américaine qui fabrique le XO, un ordinateur portable bon marché. « De nombreuses informations erronées ont circulé et il y a une campagne de presse négative concernant ce projet », a-t-il ajouté.

La conception du XO lui permet de résister à la pluie et à la poussière. Il est doté d’un écran permettant de lire des données même sous une intense lumière du soleil. Sa batterie offre une autonomie de 12 heures et peut être rechargée à l’aide d’un panneau solaire ou d’une tirette.

L’ordinateur est vendu sur le marché à environ 100 dollars et sa commercialisation s’inscrit dans une stratégie consistant à vendre un nombre important de machines « directement aux ministères de l’Education », qui peuvent ensuite les distribuer dans les écoles comme des manuels scolaires », selon un communiqué de la société.

En 2006, le gouvernement du Nigeria a commandé un million d’ordinateurs portables XO, devenant ainsi le premier pays au monde à passer une commande aussi importante. Mais depuis, le Nigeria a connu des élections, et le nouveau gouvernement a entrepris de réexaminer le contrat.

Un projet jugé inopportun par le ministère de l’Education

Le nouveau ministre nigérian de l’Education, Igwe Aja-Nawachuku, a récemment déclaré sur les ondes de la BBC que le projet était inopportun étant donné l’absence d’équipements de base dans bon nombre d’écoles au Nigeria.
« A quoi cela sert de lancer le projet Un ordinateur portable par enfant si les enfants n’ont pas de bancs pour s’asseoir et travailler, s’ils n’ont pas d’uniformes pour aller à l’école et s’il n’y a pas d’infrastructures scolaires adéquates ? ».

Jusqu’à présent, seuls 300 ordinateurs ont été distribués aux enfants d’une école de Galadima, un village de la banlieue d’Abuja, la capitale.

Pour les enseignants, les ordinateurs ont eu un impact positif sur le travail des écoliers. « Certes il est important d’avoir de belles salles de classe – et l’environnement [scolaire] ici n’est pas le meilleur – mais le plus important est le savoir que nous apportons aux enfants », a expliqué à IRIN Olugbile Oluyinka, un enseignant de l’école.

A Galadima, les écoliers sont également très enthousiastes. « J’aime mon ordinateur », a confié à IRIN Grace Ogwo, une écolière de 12 ans. Cythia Ounoha, une autre écolière, est toute fière de montrer le dessin de la maison de ses rêves qu’elle a réalisé sur son ordinateur.

Pour M. Davies, directeur du projet One Laptop per Child (Un ordinateur portable par enfant), l’informatique va jouer un rôle déterminant dans la transformation des pays en développement comme le Nigeria.
« Le monde ne va pas attendre le Nigeria. L’utilisation de l’ordinateur va être une condition préalable à l’alphabétisation dans le futur et si nous ne commençons pas maintenant nous allons accroître la fracture numérique », a-t-il affirmé.

L’action de la concurrence

Pour M. Davies, d’autres facteurs sont à l’origine de l’échec de son projet. Intel, une société informatique multinationale, commercialise au Nigeria un nouveau type d’ordinateur portable bon marché, le Classmate, à un prix inférieur à celui du XO dans le but d’éliminer les concurrents du marché, a-t-il précisé. Des accusations rejetées par la société Intel.

« Nous ne cherchons pas à faire échouer le [projet Un ordinateur portable par enfant] », a déclaré en mai dernier Craig Barrett, le président directeur général d’Intel, sur les ondes de la BBC. « Il y a beaucoup d’opportunités sur lesquelles nous pouvons travailler ensemble ».

Intel et One Laptop per Child ont entretenu des relations tantôt chaleureuses tantôt distantes au cours des deux dernières années. En 2006, les deux sociétés ont envisagé une collaboration, mais des dissensions ont vu le jour en décembre après la guerre des prix que ces sont livrées les deux sociétés.

Alors que dans certains pays le Classmate d’Intel est proposé à environ 300 dollars, au Nigeria, la société a récemment réduit le prix de son ordinateur portable.

Dans le même temps, le prix initial des ordinateurs portables XO est passé de 100 à 188 dollars en raison du coût des matières premières, a expliqué M. Davies.

La société One Laptop per Child tente à présent de vendre ses ordinateurs aux ministères de l’Education des gouvernements des Etats du Nigeria, plutôt au gouvernement fédéral.
« Six Etats ont déjà pris l’engagement [d’acheter 250 000 ordinateurs portables en 2008] », a annoncé M. Davies, mais les gouvernements de ces Etats ne disposent pas encore des financements nécessaires.

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