AFRIQUE AUSTRALE: Un nouvel outil de gestion des catastrophes

JOHANNESBOURG, 15 novembre 2007

– Un nouvel outil a été conçu pour permettre aux organisations humanitaires et aux bailleurs de fonds d’analyser les situations de catastrophe, de les comparer à d’autres catastrophes en train de se produire dans d’autres régions du monde, et de planifier et prioriser en conséquence leur intervention dans le cadre d’une crise spécifique.

En 2004, l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire pour la Somalie (FSAU), un service de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a créé un outil complet d’analyse situationnelle et d’alerte précoce : cet outil utilise « une devise commune pour décrire la nature et la gravité d’une crise », a expliqué Nicholas Haan, ancien conseiller technique principal de l’unité, à qui l’on doit ce concept.

L’intérêt d’utiliser une « devise commune », tel qu’il a été prévu dans le Cadre intégré de classification de la phase humanitaire et de la sécurité alimentaire (IPC), a sans doute été le plus brillamment illustré par la situation dans le nord de la Somalie. La FSAU a réalisé des évaluations de terrain détaillées en 2004, à l’époque où les régions du Somaliland et du Puntland étaient engagées dans un différend frontalier et subissaient, en parallèle, une troisième année de sécheresse successive.

L’unité « avait besoin d’un moyen de communiquer clairement les différents impacts de la sécheresse dans ces régions, mais de manière objective – certains de nos analystes de terrain ont d’ailleurs été menacés de mort s’ils ne falsifiaient pas leur analyse », a expliqué M. Haan.

« Nous avions également besoin que l’analyse soit moins compliquée à réaliser et plus significative dans le cadre de nos interventions ; c’est sur cette base que l’IPC a été conçu. Immédiatement, l’analyse est devenue moins politisée – notamment au sein de la communauté internationale -, et l’aide humanitaire est à son tour devenue mieux coordonnée et orientée vers les régions qui en avaient le plus besoin. C’est à ce moment-là que nous avons été convaincus de la valeur d’un système de classification fondé sur des preuves ».

L’IPC permet de déterminer la gravité d’une situation donnée, sur une échelle de un à cinq allant de « sécurité alimentaire globale » à « famine/catastrophe humanitaire », en se fondant sur des données exhaustives concernant l’impact de la crise sur la sécurité alimentaire et la nutrition.

« Sans cette devise commune, il est très difficile de prendre des décisions objectives en matière d’allocation des ressources et de conception des programmes, à la fois aux plans national et transnational », a expliqué M. Haan.

« La communauté des analystes en sécurité alimentaire a passé de nombreuses années à chercher une méthodologie « miracle », ou un simple indicateur, qui leur permettrait d’effectuer des analyses rigoureuses et comparables. S’il est vrai que des progrès ont été réalisés en ce sens, nous sommes tout de même loin d’avoir réglé les débats méthodologiques (à la fois pour des raisons techniques et institutionnelles). En même temps, nous passons souvent à côté de l’analyse d’ensemble des crises, et des solutions les plus appropriées pour en sortir ».

L’évaluation des crises varie d’une organisation à l’autre : chacune peut fonder ses conclusions sur un ou plusieurs indicateurs différents. L’IPC permet de rassembler ces multiples méthodes et sources de données, et de les rendre comparables dans le cadre d’une analyse « d’ensemble ».

« Du point de vue de l’analyste, bien entendu, il faudrait davantage de données, mais il nous incombe également de fournir de meilleures analyses aux décideurs – et pas de nous contenter de lever les bras au ciel lorsqu’on ne dispose pas du parfait ensemble de données […] Nous devons au contraire tirer le meilleur parti de ce qui est à notre disposition », a estimé M. Haan.

En plus de la Somalie, l’IPC est en cours de déploiement dans 10 pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est. La possibilité d’un déploiement en Afrique australe sera abordée dans le courant du mois de novembre.

La FAO travaille dans le cadre d’un partenariat global initial avec le Programme alimentaire mondial (PAM), le Réseau des systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS-NET), financé par USAID, Save the Children-R.-U./E.-U., Oxfam, la US charity, CARE et le Centre commun de recherche de la Commission européenne, en vue de coordonner la mise en application et le développement à venir de l’IPC.

« La pleine valeur de l’IPC ne peut être exploitée qu’avec le soutien des principales parties prenantes, c’est-à-dire aussi bien les organisations internationales que les gouvernements nationaux, avec qui nous sommes en consultation directe », a indiqué Luca Alinovi, de la FAO.

La qualité des informations

Mark Lawrence et Nick Maunder, analystes indépendants en sécurité alimentaire, ont réalisé une étude sur l’IPC pour le compte du Programme régional de lutte contre la faim et la vulnérabilité – un organisme qui soutient les décideurs et les praticiens concernés par la sécurité alimentaire et la protection sociale en Afrique. Selon leurs conclusions, en fin de compte, « la qualité d’une analyse reste fonction de la qualité des données », et « de la même façon, la qualité du produit dépend de la qualité des analystes ».

Pour Daniel Maxwell, professeur associé à la Friedman School of Nutrition Science and Policy de l’université Tufts de Boston, « permettre une analyse comparative entre différents contextes au moyen d’un même ensemble d’outils analytiques est essentiel si l’on veut que les ressources soient allouées de manière plus impartiale, et permettent ainsi de réagir adéquatement aux crises humanitaires. Il ne fait aucun doute, néanmoins, que dans bien des cas, les données existantes ne sont pas aussi bonnes qu’elles le sont dans le cas de la Somalie, où l’IPC a été inventé ».

D’un autre côté, l’IPC n’est « pas une solution de remplacement qui permettrait d’améliorer […] les sources de données sur le terrain dans différents contextes, et n’a pas été conçu dans ce but », a noté M. Maxwell.

Selon M. Haan, la qualité et l’opportunité des analyses sont « un problème commun à toutes les analyses de la sécurité alimentaire dans les pays en voie de développement », et il est possible de remédier en partie à toutes les lacunes constatées. Les informations entrées dans le système portent sur toute une série de questions : il peut s’agir notamment de données nutritionnelles ou d’informations sur la situation en matière de sécurité civile, ou bien encore du taux de déplacement des populations affectées.

La responsabilité des organismes d’aide

D’après Chris Leather, conseiller régional en sécurité alimentaire pour l’Afrique australe au sein de l’organisation de développement britannique Oxfam, cet outil analytique pourrait également permettre de renforcer la responsabilité [des organisations] en matière de planification des interventions humanitaires.

« En raison de ce processus d’analyse commun, cette méthode exige que toutes les organisations humanitaires collaborent et partagent leurs données, pour parvenir à un consensus sur la situation et prévoir leur intervention en conséquence – cela les oblige [les organisations] à agir en toute transparence », a-t-il ajouté.

« Il n’est pas rare [à l’heure actuelle] de voir des organisations gaspiller un temps précieux à intervenir individuellement, sans coordination avec les autres organismes, ce qui aboutit souvent à une approche fragmentée ».

Selon M. Haan, en Afrique australe, où le VIH/SIDA est qualifié de « désastre le plus grave », la prévalence de la pandémie sera « un facteur contributif important dans le cadre de l’analyse, et risque fort d’exiger que l’on classe les régions les plus touchées [par le VIH/SIDA] parmi les zones d’urgence humanitaire ; pour éviter ce que l’on qualifie de « normalisation de la crise » ».

Néanmoins, l’IPC, « tel qu’il est conçu à l’heure actuelle, est un outil destiné à être utilisé dans le domaine de la sécurité alimentaire ; il prend en compte les autres secteurs dans la mesure où ceux-ci ont un impact sur la sécurité alimentaire », a-t-il expliqué.

Selon M. Haan, la possibilité d’avoir recours à la méthode ICP dans d’autres secteurs tels que la santé, l’eau, la protection et l’hébergement suscite un intérêt croissant. « Le cas du VIH/SIDA en Afrique australe démontre brillamment l’intérêt qu’il y aurait à concevoir un tel système de classification en matière de santé ».

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