CONGO: Le taux élevé de toxicomanie, conséquence du conflit armé

BRAZZAVILLE, 13 novembre
– La plupart des atrocités observées au cours des conflits armés qui ont secoué la République du Congo ces dernières années ont été commises par des miliciens qui étaient sous l’emprise de la drogue.

Des seigneurs de guerre et des chefs de milice distribuaient de la drogue aux jeunes combattants pour leur permettre de vaincre leur peur et leurs scrupules. Mais aujourd’hui, bien que la guerre civile soit officiellement terminée, le fléau de la toxicomanie est encore présent chez ces jeunes et sape les efforts de redressement et de développement du pays.

Junior, 20 ans, qui se faisait appelé « colonel » Mbio, est un consommateur régulier de cocaïne. La première fois que le chef d’un groupe armé lui a donné de la drogue, c’était en 1997, année où le pays a basculé dans la guerre civile.

« Il me disait toujours que nous devions en consommer davantage pour être prêts à attaquer l’ennemi à tout moment, et sans crainte. Et nous étions contents d’en consommer parce qu’à l’époque nous n’achetions pas la drogue, comme nous le faisons actuellement, et parce que nous avions toujours à manger après en avoir consommé », a raconté à IRIN l’ex-combattant, dans sa maison familiale, à Brazzaville, la capitale.

La toxicomanie du jeune Junior angoisse son père.

« C’est du gâchis ; et dire que ce garçon allait à l’école et qu’il était intelligent. Aujourd’hui, je me retrouve avec un bon à rien qui a abandonné ses études et qui passe son temps à attaquer et à voler, parce qu’il a besoin d’argent pour s’acheter de la drogue ».

Un autre père, qui a dit se nommer Mambenga, a avoué lui aussi être désemparé face à la consommation de cocaïne et de marijuana (appelée ‘diamba’ localement) de ses deux fils.

« Je suis profondément peiné parce deux de mes fils, qui auraient dû me donner un coup de main à la maison, se comportent comme des bêtes sauvages. Ils passent leur temps à consommer je ne sais trop quoi avec leurs amis, et je n’ai rien à dire. Lorsque je leur demande de travailler, ils menacent de me tuer et m’accusent de sorcellerie », s’est plaint M. Mambenga.

« Quand ils n’ont pas mangé, ils dérangent tout le monde, les locataires et moi-même. Bientôt, je n’aurai plus de locataires et je ne sais pas ce que je ferai », a-t-il poursuivi.

« Il oublie que c’est lui qui m’a amené à arrêter mes études en me jetant un sort. Il devrait subvenir à mes besoins quotidiens », a rétorqué Luck, un des fils de M. Mambenga. « Sinon, je serai contraint de vendre un jour ce terrain pour avoir de l’argent ».

Luck et Junior font partie des milliers de jeunes Congolais toxicomanes, parmi lesquels on compte des anciens écoliers, des enfants des rues, des musiciens, des soldats et même des fonctionnaires. Dans la capitale comme dans d’autres villes du pays, ces toxicomanes sont facilement identifiables par leurs vêtements sales et leur apparence maladive.

Dans les quartiers Poto-Poto, Ouenze, Moungali et Bacongo de Brazzaville, le problème de la toxicomanie s’est amplifié au fil du temps. Au su et au vu de tout le monde, des dealers vendent au coin des rues des petits paquets de cocaïne et d’héroïne à des prix variant entre 500 et 1000 francs CFA (un à deux dollars), le paquet de marijuana se vendant à 200 francs CFA.

Peu d’actions sont entreprises par les autorités pour tenter de mettre fin à ce commerce. En revanche, quelques rares organisations non-gouvernementales (ONG) s’emploient à faire de la prévention en informant la population des dangers liés à la consommation abusive des drogues.

En outre, le seul endroit où les toxicomanes peuvent se faire soigner est un hôpital psychiatrique de la capitale qui ne prend en charge que les cas de toxicomanie les plus graves.

En dehors de la marijuana, cultivée dans la région sud du Pool, la plupart des produits stupéfiants en circulation au Congo sont importés ou volés dans des cargaisons de drogue destinées à d’autres marchés. Avec des fonctionnaires de police mal formés, des équipements inadaptés et des contrôles laxistes aux frontières, le Congo est devenu un centre de transit pour le commerce international de la drogue.

« D’importantes quantités de cocaïne entrent dans notre pays à partir de la République démocratique du Congo, de la République centrafricaine, du Cameroun et du Tchad. Nous n’avons pas d’équipements fiables pour mettre fin à ce trafic, en particulier dans nos ports et aéroports », a confié à IRIN un agent des douanes, qui a requis l’anonymat.

« On a le sentiment que ce problème ne préoccupe pas vraiment les autorités, malgré toutes leurs déclarations publiques », s’est plaint un colonel de la police.

Pour un activiste, le problème de la consommation de drogue est lié au développement.

« Le gouvernement doit faire de la lutte contre la pauvreté une réalité, car tant que les paysans ne pourront pas vendre leurs récoltes de cacao et de café, par exemple, ils continueront de cultiver de la marijuana », a prévenu Loamba Moke, président de l’Association des droits de l’homme et l’univers carcéral (ADHUC).

« Quant aux jeunes au chômage, ils deviendront des vendeurs de drogue s’ils ne trouvent pas d’emploi », a-t-il ajouté

L’impunité dont jouiraient certaines personnes impliquées dans le trafic de drogue est aussi un sujet de préoccupation.

« Il est vraiment dommage de constater que des personnes prises en flagrant délit sont souvent remises en liberté par les tribunaux, à la suite d’instructions venues de la hiérarchie supérieure », s’est désolé un agent de police qui a souhaité garder l’anonymat.

« Chaque fois qu’un trafiquant est arrêté, il est libéré quelques heures après sur simple intervention d’une autorité administrative importante. Dans ces conditions, comment pouvons-nous travailler de manière efficace ? ».

La République du Congo a signé plusieurs conventions internationales relatives à lutte contre l’usage des drogues, notamment la convention de 1961 sur les stupéfiants, celle de 1971 sur les substances psychotropes et celle de 1988 relative au trafic illicite de stupéfiants.

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