AFRIQUE: Aider les agriculteurs à gérer les risques – Banque mondiale


Photo: IRIN
Les petits exploitants agricoles n’ont pas les moyens de faire face seuls aux risques liés entre autres au changement climatique

JOHANNESBOURG, 30 octobre 2007

– L’aide fournie aux petits exploitants doit prendre en compte certains risques prioritaires tels que les catastrophes naturelles, les évènements météorologiques exceptionnels ou encore la fluctuations des prix, s’accordent à dire les experts en agriculture ainsi que le dernier rapport de la Banque mondiale publié en octobre.

L’exposition à de « tels risques qui ne sont pas assurés […] représente une lourde charge financière pour ces ménages ruraux », a indiqué le Rapport sur le développement dans le monde 2008: l’agriculture au service du développement –le dernier rapport de la Banque mondiale sur l’agriculture remontait à 1982. « La vente de biens ou de capitaux afin de pouvoir surmonter ces crises [vente de bétail ou de terres] créé des situations irréversibles ou peut retarder fortement le retour à une activité agricole productive ».

Le secteur agricole est essentiel à la croissance économique, à la diminution de la pauvreté et à la sécurité alimentaire, tout particulièrement dans les pays à vocation agricole qui sont pour la plupart situés en Afrique subsaharienne ; ce secteur emploie plus de 65 pour cent des forces productives et génère 32 pour cent du produit intérieur brut (PIB).

« De nombreux [petits exploitants] ont toujours une épée de Damoclès au-dessus de leur tête lorsqu’ils arrivent à accumuler des capitaux, car une décennie d’épargne peut être totalement anéantie par une tempête ou un orage », a indiqué à IRIN Harold Alderman, du Département de la protection sociale de la Banque mondiale pour la division Afrique.

« Si nous n’investissons pas davantage dans l’élaboration de programmes en vue de réduire l’expansion des ces risques, ou si nous n’assurons pas une réponse à ces dangers qui existent actuellement, les agriculteurs resteront pour la plupart incapables d’accumuler des capitaux productifs pour pouvoir ensuite les investir », a-t-il souligné.

De nombreuses études ont montré la réalité de ces faits en Afrique, a-t-il souligné, « et d’autres recherches montrent que les effets durables de la sécheresse sur la santé [nutritionnelle] et l’éducation peuvent avoir pour conséquence une transmission intergénérationnelle de la pauvreté. Des études similaires ont montré l’influence des conflits sur les survivants qui sont traumatisés et sont, durant de nombreuses années, déscolarisés ».

Pour Lennart Båge, président du Fonds international de développement agricole (IFAD, en anglais), « l’augmentation des mauvaises récoltes et des pertes de bétail représente déjà des pertes économiques importantes et menace la sécurité alimentaire dans de nombreuses régions d’Afrique subsaharienne, et cela risque d’empirer si le réchauffement climatique continue ».

Plus de 80 pour cent des populations rurales subsahariennes vivent dans des pays à vocation agricole.

Un appel aux investissements

Le nouveau rapport de la Banque mondiale préconise d’investir davantage dans l’agriculture, soulignant qu’en Afrique, une augmentation du PIB, lorsqu’elle provient de l’agriculture, contribue environ quatre fois plus efficacement à faire reculer la pauvreté que lorsque qu’elle vient d’autres secteurs de l’économie.

Actuellement, les dépenses publiques allouées à l’agriculture représentent seulement quatre pour cent des dépenses nationales, et ce secteur reste fortement taxé et à des taux très élevés.

« Mais d’où viendront ces investissements ? », a demandé James Breen, un agronome basé en Afrique du Sud, rappelant que les petits producteurs agricoles africains se trouvaient « pris dans un cycle de pauvreté […] ».

« Ils ne peuvent pas accumuler un capital car ils ne bénéficient d’aucun prêt garanti – ils ne sont même pas propriétaires de leurs terres – afin de prévenir les dégâts suite aux catastrophes naturelles et à l’impact du changement climatique », a-t-il dit, ce qui risque de diviser par deux la production alimentaire actuelle d’ici à 2020 selon les dernières projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

S’assurer contre les risques

Le rapport de la Banque mondiale a reconnu que malgré de multiples initiatives, « peu de progrès ont été constatés dans la réduction des risques et la protection des petits exploitants agricoles », et les politiques gouvernementales se sont « largement montrées inefficaces ».

« Une assurance sécheresse, comme cela est maintenant de plus en plus largement proposé par des entreprises privées en Inde et dans d’autres pays, peut permettre aux débiteurs et aux créanciers de réduire leurs risques respectifs et ainsi de débloquer le marché agricole. Cependant, ces initiatives ne pourront certainement pas toucher une large population à moins qu’une forme de subvention puisse les aider en couvrant au minimum les frais de départ », selon le document.

Une assurance sur les risques climatiques fait par exemple le lien entre les données du climat –pluies et températures- des années passées : un index de base est fixé et si les précipitations sont inférieures à cet index, l’assuré reçoit une indemnité.

Cette souscription est possible sans qu’une inspection de l’exploitation soit faite, sans évaluation de perte ou de garantie. Cette assurance pourrait être vendue comme des chèques de voyage ou des billets de loteries, et le certificat serait un document suffisant pour réclamer son dû.

L’IFAD soutient un de ces projets en Chine, en partenariat avec le Programme alimentaire mondial, afin de promouvoir ces assurances auprès des populations rurales de certaines régions sélectionnées. Afin d’encourager une appropriation locale du projet, toutes les activités sont planifiées et dirigées en partenariat avec les autorités gouvernementales et les bailleurs de fonds du pays.

« Toutes ces initiatives sont bonnes, mais elles nécessitent encore d’autres engagements », a indiqué M. Breen.

M. Båge, de l’IFAD, a également demandé à la communauté internationale un investissement plus conséquent afin de soutenir cette « assurance de protection climatique » pour les exploitations agricoles des pays en voie de développement.

La Banque mondiale a estimé qu’une augmentation significative des fonds « était urgente » pour les pays d’Afrique subsaharienne « où les importations alimentaires devraient doubler d’ici 2030 si le scénario actuel perdure ; on s’attend à ce que l’incidence climatique soit trop importante pour y faire face ; en effet, les progrès sont encore trop lents pour pouvoir capitaliser une disponibilité alimentaire suffisante ».

S’adapter à la situation

De nombreux experts s’accordent à dire que cet engouement pour l’adaptation au changement climatique est un point essentiel à notre époque.

« En effet, cette initiative d’adaptation est au cœur de la croissance agricole, même si le changement climatique ne se révèle pas aussi rapide qu’il avait été projeté ; les technologies et les institutions s’adaptent continuellement aux changements économiques », a indiqué M. Alderman, de la Banque mondiale.

Aussi, et « même si nous ne projetons aucun changement majeur dans les variétés agricoles, la recherche répond toujours aux nouveaux événements qui menacent les récoltes », a-t-il dit

Henri Josserand, directeur du Système mondial d’information et d’alerte rapide de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a indiqué : « Si le changement climatique implique une plus faible prédictibilité des modèles climatiques à venir, les producteurs africains devront de plus en plus compter sur ces projets d’adaptation ».

Ceci nécessitera « un investissement dans de nouvelles technologies, de nouvelles pratiques, et de nouveaux moyens de production. Etant donné leurs revenus extrêmement bas, cela [reviendrait à] se lancer dans une entreprise périlleuse, voire impossible », a-t-il estimé.

Les différents instruments de gestion du risque – incluant les assurances sur le climat – seront toujours utiles afin d’aider à constituer l’investissement nécessaire pour que cette entreprise « soit plus facile à commencer », a-t-il dit.

D’autres initiatives pourraient inclure par exemple de meilleures conditions de stockage, des banques communautaires céréalières, des systèmes de crédit communautaire, une assistance sociale comme filet de sécurité pour les plus démunis, de meilleurs transports pour se rendre au marché, ou encore un stock de vivres en cas de sécheresse.

« Il n’existe pas une seule et unique réponse pour que cette initiative d’investissement fonctionne », a souligné M. Josserand, mais le problème est que les « producteurs africains n’ont pas une bonne compréhension de ce concept, et surtout n’ont pas accès à de tels instruments ».

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