SOUDAN: Les groupes non armés du Darfour veulent participer à la paix

SYRTE, 29 octobre

– Le 29 octobre, tandis que les pourparlers se poursuivaient, dans la ville de Syrte, en Libye, des représentants de la société civile du Darfour ont demandé à jouer un rôle plus important dans le cadre des efforts actuels de paix et de réunification des parties prenantes au conflit qui sévit dans l’ouest du Soudan.

« Nous sommes heureux d’être là en tant que représentants de la société civile, bien que notre statut soit encore incertain », a déclaré Safaa Al-Aagib Adam, secrétaire générale et conseillère de la Community Development Association sur les questions liées au genre. « Nous avons besoin d’un environnement plus propice ».

« Les mouvements [rebelles] doivent comprendre l’importance de la réunification et le fait que nous avons un rôle à jouer dans ce processus », a ajouté Mme Adam. « Quant à ceux qui boycottent les pourparlers, la société civile peut largement contribuer à les convaincre d’y participer. Si les médiateurs souhaitent que nous jouions ce rôle, nous y sommes tout à fait disposés ».

Les Nations Unies, représentées par Jan Eliasson, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies au Darfour, et l’Union africaine (UA), par le truchement de Salim Ahmed Salim, son envoyé spécial au Darfour, jouent le rôle de médiateurs dans le cadre de ces pourparlers, destinés à mettre un terme à quatre ans et demi de conflit, au cours duquel quelque 200 000 personnes ont trouvé la mort et deux millions ont été déplacées.

Au terme de deux jours de débats en séances plénières, les médiateurs se sont montrés optimistes : selon eux, ils se trouvaient désormais au « début d’un processus politique crédible », à l’heure où ils amorçaient la « phase consultative » des pourparlers.

« Nous sommes encouragés non seulement par le ton des débats [en séances plénières], mais aussi par le niveau de participation de la délégation gouvernementale, des représentants des mouvements du Darfour et des partenaires régionaux et internationaux du processus du paix », a déclaré M. Eliasson, lors d’une conférence de presse.

Pas de délai fixé

M. Salim s’est néanmoins déclaré déçu par l’absence de certains groupes rebelles, mais il a expliqué que l’équipe de médiation avait été contactée par certaines parties, qui avaient exprimé leur désir de participer au processus.

« Ils disent avoir besoin de temps pour se consulter et nous sommes disposés à le leur accorder », a-t-il indiqué. « Nous ne leur avons pas imposé de délai pour ces consultations, toutefois il ne s’agit pas d’un processus à durée illimitée ; nous ne souhaitons pas fixer de date butoir artificielle, voilà tout ».

Seules sept des quelque 16 factions rebelles du Darfour étaient présentes à l’ouverture des pourparlers, le 27 octobre.

Le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE), mené par Khalil Ibrahim, et l’Armée/mouvement de libération du Soudan (A/MLS), avec, à sa tête, Abdel Wahed, font partie des principales factions rebelles absentes.

Pour Hassan Imam Hassan, activiste de la société civile qui représente le Darfur Peace Block aux pourparlers, la représentation des communautés aux pourparlers a été négligée.

« On peut constater que la communauté internationale est bien représentée, avec les Nations Unies, l’Union africaine et d’autres organisations internationales. La communauté régionale est également très bien représentée, et à l’échelle nationale – avec à la fois le gouvernement et les mouvements rebelles – la représentation est également satisfaisante. Mais qu’en est-il des communautés, des dignitaires tribaux, des femmes, des déplacés, des réfugiés, de la société civile ? », s’est interrogé M. Hassan.

« On cherche à nous entendre, mais de manière superficielle ; la société civile a un rôle structurel à jouer dans le cadre de ces pourparlers – nous devons être présents à la table des négociations », a-t-il poursuivi.

Manque d’unité

Pour M. Hassan, les pourparlers de Syrte sont problématiques à deux égards : « A ce jour, les parties prenantes aux négociations [le gouvernement et les mouvements] ne sont ni bien intégrées ni cohérentes en elles-mêmes ».

« Il est impossible d’organiser des négociations avec 16 groupes armés lorsque seuls sept d’entre eux s’y présentent. Quant au camp du gouvernement, lui non plus n’est pas uni. Nous avons un gouvernement d’unité nationale, pourtant seul un camp est là. Où est le MPLS [Mouvement populaire de libération du Soudan] ? ».

Le MPLS a annoncé récemment qu’il suspendait sa participation au gouvernement d’unité nationale.

Autre problème fréquemment abordé au cours des séances plénières tenues le 28 octobre : le manque de représentation féminine, à la fois au sein des délégations du gouvernement et des mouvements rebelles.

« Ce message s’adresse aux deux délégations : il doit y avoir des femmes en leur sein car il s’agit d’une opportunité de paix et de dialogue auxquelles les femmes devraient participer, à plus forte raison car ce sont elles qui souffrent le plus au cours d’un conflit », a déclaré Mme Adam, dans une allocution à l’attention des délégués.

Une représentation suffisante

Pour M. Salim, la question de la participation des femmes aux pourparlers de Syrte ne doit pas être prise à la légère.

« Il faut se rendre à l’évidence, les femmes sont les premières victimes de ce conflit », a-t-il estimé. « Je prie instamment nos frères du gouvernement et des mouvements [rebelles] de veiller à ce que les femmes soient représentées comme il se doit dans le cadre de ces pourparlers ».

L’équipe de médiation mettra en place divers mécanismes destinés à assurer que la société civile et les groupes de population vulnérables du Darfour participent comme il se doit au processus de paix, a-t-il expliqué.

Le gouvernement soudanais a annoncé un cessez-le-feu unilatéral au début des pourparlers, et l’UA et les Nations Unies ont déclaré que la porte était toujours ouverte aux factions absentes.

Selon M. Eliasson, la phase de consultation des pourparlers sera suivie de « vastes négociations » ; les médiateurs espèrent que davantage de mouvements y participeront. M. Eliasson n’a pas souhaité communiquer de date exacte pour l’ouverture de ces négociations, expliquant que cela dépendrait des progrès accomplis lors de la phase consultative.

Parmi les « grandes questions » qui seront abordées : le partage du pouvoir, la sécurité et l’indemnisation, ainsi que d’autres sujets de préoccupation, tels que la marginalisation et les terres.

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