BURUNDI: Une sensibilisation insuffisante des jeunes au VIH/SIDA

février 1, 2008

BUJUMBURA, 1 février

- Les enseignants du Burundi demandent que l’éducation sur le VIH/SIDA se voie accorder une place plus importante au sein des programmes scolaires, pour que les élèves du cursus secondaire et des dernières classes du cursus primaire, dont beaucoup sont sexuellement actifs, soient suffisamment informés au sujet de la pandémie.

Selon Ernest Mberamiheto, vice-ministre chargé de l’Enseignement de base et secondaire, les études menées en 2004 par le gouvernement ont révélé que 23 pour cent des enfants scolarisés avaient eu des rapports sexuels avant l’âge de 14 ans.

« Si l’infection par le VIH n’est pas sérieusement contrôlée, elle aura des répercussions néfastes sur le système éducatif dans son ensemble », a-t-il dit au cours d’un atelier sur le nouveau guide d’éducation sur le VIH lancé par le gouvernement et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à l’attention des enseignants, au cours du mois de janvier.

Les cours d’éducation civique couvrent divers sujets, notamment les droits humains, la démocratie, la paix et l’environnement, en plus du VIH/SIDA, mais le programme des dernières classes du cursus primaire n’a pas encore été développé et l’éducation civique n’est généralement enseignée que dans les petites classes de l’école primaire, a indiqué Victoire Nahimana, directrice générale des bureaux pédagogiques burundais.

Les enseignants peuvent, à leur discrétion, aborder le VIH dans le cadre des leçons qu’ils donnent aux enfants plus mûrs, mais il n’y a pas de cours officiels sur le sujet.

« Si, en cours de français, nous tombons sur un texte qui traite du VIH/SIDA, on en parle [...] un texte de lecture intitulé par exemple “les symptômes des maladies” ou “comment prévenir l’infection par le VIH” », a expliqué Jean-Michaël Hassan, instituteur à l’école primaire Kabondo, à Bujumbura, capitale du Burundi.

« De cette façon, nous amenons les enfants à discuter des maladies sexuellement transmissibles, et notamment du VIH, mais on ne me donne pas le temps d’aborder le VIH/SIDA séparément ».

Dans les établissements secondaires, les informations concernant le VIH/SIDA sont communiquées dans le cadre des cours d’éducation civique. Selon Richard Ngendakuriyo, principale du collège Mutanga, à Bujumbura, les adolescents sont plus intéressés par la sexualité et se montrent particulièrement curieux au sujet du VIH.

Le ministère de l’Education a également mis en place un système d’éducation par les pairs, dans le cadre duquel certains enfants des établissements publics sont sensibilisés au VIH et encouragés, par la suite, à organiser des séances de débat avec leurs camarades, afin de favoriser les discussions ouvertes sur la sexualité et le VIH/SIDA.

M. Ngendakuriyo estime néanmoins qu’il est urgent de ménager une place solide et officielle à l’éducation sur le VIH et la sexualité responsable dans le programme du cursus secondaire. « Jusqu’ici, au cours du premier trimestre de 2008, il s’est avéré que deux élèves étaient tombées enceintes, et deux autres ont arrêté l’école, probablement pour les mêmes raisons ».


BURKINA FASO: Près de 450 millions de dollars de médicaments pour soigner les maladies « négligées »

février 1, 2008

OUAGADOUGOU, 1 février

- Plusieurs firmes pharmaceutiques se sont engagées à fournir au Burkina Faso des lots de médicaments d’une valeur de quelque 450 millions de dollars américains pour lutter contre certaines maladies « négligées », responsables de la cécité ou d’autres formes d’infirmité chez des millions de personnes dans le pays, a révélé le ministre de la Santé.

Près de 4 000 travailleurs de la santé sont actuellement déployés à travers le pays pour assurer la distribution prochaine de ces médicaments et mener des opérations de sensibilisation et de prévention contre ces maladies, ont affirmé les responsables de la santé.

Ce programme national vise cinq des maladies que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle des « maladies tropicales négligées » ou MTN : la filariose lymphatique, l’onchocercose, la schistosomiase, le trachome et les vers intestinaux.

S’il est vrai qu’au fil des années, le Burkina Faso a mené divers programmes visant à traiter certaines de ces maladies, le nouveau programme adopte une approche intégrée permettant de prendre en charge plusieurs de ces pathologies à la fois.

« Cette approche vise à coordonner notre lutte contre ces maladies négligées afin d’assurer que nos interventions soient plus efficaces, plus performantes, plus fiables et plus pérennes », a expliqué Alain Yoda, ministre de la Santé, devant la presse et les chefs de communauté à l’occasion du lancement du programme, le 8 janvier, à Diapaga, 400 kilomètres à l’est de Ouagadougou, la capitale.

« Le Burkina Faso et certains pays en voie de développement souffrent plus que d’autres de ces maladies, causes de décès, d’infirmités et d’autres souffrances pour la population », a-t-il affirmé. « Les médicaments existent, mais ils ne sont pas à la portée des malades ».

Un des médicaments de la firme Pfizer utilisés dans le traitement du trachome – deuxième cause de cécité au Burkina Faso après la cataracte – coûte environ 26 000 francs CFA (58 dollars) la dose, a confié à IRIN Seydou Touré, responsable national du programme MTN.

Pays enclavé, le Burkina Faso se trouve à la lisière sud du désert du Sahara et fait partie des pays les plus pauvres de la planète. Dans le dernier indice de développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), il est classé 176e pays sur 177.

Selon l’OMS, bon nombre de MTN sévissent dans les zones où les systèmes d’assainissement sont inadéquats, l’eau insalubre et l’accès aux soins de santé de base limité. D’après les statistiques du gouvernement, seuls 10 pour cent environ des 13,7 millions d’habitants que compte le pays ont accès à un système d’assainissement adéquat.

Pour l’OMS, les MTN sont un « symptôme de la pauvreté et du dénuement », car elles sévissent au sein des communautés les plus pauvres et les plus marginalisées.

Si on les qualifie de maladies « oubliées », c’est parce qu’elles sont souvent moins visibles et qu’on ne leur accorde qu’une faible priorité par rapport à d’autres pathologies à fort taux de mortalité, alors qu’elles provoquent généralement des douleurs chroniques sévères et des infirmités permanentes, selon l’OMS.

La schistosomiase urinaire est une maladie parasitaire qui peut entraîner des lésions de la vessie et des reins. Selon le ministère de la Santé, elle touche environ trois millions de personnes au Burkina Faso, soit près de 25 pour cent de la population.

L’Agence américaine pour le développement international (USAID) soutient le programme MTN du Burkina Faso grâce aux dons de médicaments offerts par les firmes pharmaceutiques Pfizer, Merck et GlaxoSmithKline, certains de ces dons s’inscrivant dans le cadre du programme de donation Mectizan, de l’initiative de lutte contre la schistosomiase et de l’initiative internationale de lutte contre le trachome.

La contribution financière du gouvernement burkinabé à ce programme est de 200 millions de francs CFA (450 000 de dollars) – environ le tiers des coûts de fonctionnement.

La plupart des lots de médicaments offerts sont déjà arrivés dans le pays, selon M. Touré, le responsable pays du programme MTN. Au cours de la première phase du programme, qui durera jusqu’au début du mois de février, les travailleurs de la santé vont soigner environ 11 millions de personnes âgées de cinq ans et plus, atteintes de filariose lymphatique, d’onchocercose ou de vers intestinaux.

Pendant la deuxième phase, de février à la mi-mars, quelque 2,5 millions de personnes souffrant de trachome seront soignées. Enfin, pendant la troisième et dernière phase du programme, de mi-mars à fin mars, les travailleurs de la santé distribueront des médicaments à 6,6 millions de personnes atteintes de schistosomiase, a dit M. Yoda, le ministre burkinabè de la Santé.

En 2007, le gouvernement burkinabè et les bailleurs de fonds avaient lancé un projet pilote dans trois districts, en prévision du programme, a indiqué M. Touré.


Le patrimoine des chefs d’Etat africains en France

février 1, 2008
 Un monde enchanté où l’on vogue d’une villa de 9 pièces avec piscine à Nice à un hôtel particulier de l’Ouest parisien. Un univers surréaliste peuplé de Bugatti payées cash plus de 1 million d’euros. Un microcosme constellé d’une myriade de comptes bancaires. Oligarques russes? Rois du pétrole saoudiens? Stars d’Hollywood ? Non : chefs d’Etat africains producteurs de pétrole pour la plupart, mais dont les populations comptent parmi les plus pauvres de la planète.

Le fait que des dirigeants du continent noir investissent dans l’immobilier en France, qu’ils séjournent à Paris dans un luxe inouï, que leurs familles bénéficient de largesses financées dans la plus grande opacité n’est pas une révélation. Mais, cette fois, l’inventaire de ce patrimoine vertigineux n’est pas dressé par des militants tiers-mondistes en lutte contre la “Françafrique”. Il se lit dans les 34 procès-verbaux rédigés entre juin et novembre 2007 par les policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF).Cette enquête policière, dont Le Monde a pu prendre connaissance, a été ouverte par le parquet de Paris en juin 2007. Elle faisait suite à une plainte pour “recel de détournement d’argent public” déposée en mars par trois associations françaises, visant cinq chefs d’Etat : le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Burkinabé Blaise Compaoré, l’Angolais Eduardo Dos Santos, et le Guinéen Teodoro Obiang.

Au fil des centaines de pages du dossier se dessine une singulière carte du Paris africain, sorte de Monopoly où les présidents auraient jeté leur dévolu sur les artères les plus huppées. Foisonnant et cossu, le patrimoine immobilier est surtout localisé “dans des quartiers à forte valeur marchande, soulignent les policiers. Paris 16e, 8e et 7e arrondissements pour Omar Bongo et son épouse, Paris 16e et Neuilly-sur-Seine pour Jeff Bongo [un des fils d’Omar Bongo], Le Vésinet pour le frère de Denis Sassou Nguesso, Courbevoie pour Wilfrid Nguesso [neveu du président du Congo] ou Paris 16e pour Chantal Compaoré [épouse du président burkinabé]”.

La découverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Elysées et la plaine Monceau, dans le 8earrondissement de la capitale. Là, un hôtel particulier a été acquis le 15 juin 2007 pour la somme de 18,875 millions d’euros par une société civile immobilière (SCI). Celle-ci associe deux enfants du président gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16ans, son épouse Edith, qui se trouve être la fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans.

Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M.Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété “est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d’une piscine”, précise le procès-verbal. “Un chef d’Etat, en fonctions depuis quarante ans dans un pays pétrolier et qui a des revenus officiels importants, peut économiser suffisamment d’argent pour acheter plusieurs appartements à Paris, explique Me François Meyer, avocat d’Omar Bongo et de sa famille. Surtout avec les prix très bas de l’immobilier pratiqués il y a vingt ou trente ans.”

Selon les policiers, le président Bongo dispose de quatre adresses distinctes à Paris. Ali Bongo, qui est son fils et aussi son ministre de la défense depuis 1999, est également propriétaire avenue Foch tandis que son épouse Edith possède deux immenses logements dans le 7earrondissement, non loin de la tour Eiffel. De Nice à Neuilly-sur-Seine en passant – souvent – par le 16e arrondissement parisien, l’enquête recense aussi les propriétés de Jean Ping, ex-gendre d’Omar Bongo et actuel ministre des affaires étrangères, et d’autres fils du président gabonais comme Omar-Denis junior et Jeff, ainsi que de filles comme Audrey, Yacine Queenie, ou petite-fille comme Nesta Shakita.

En comparaison de ce petit empire immobilier, les autres chefs d’Etat visés apparaissent comme de petits propriétaires. Discret, le président congolais Denis Sassou Nguesso ne fait qu’“utiliser”, selon les policiers, la Villa Suzette du Vésinet (Yvelines). Cette coquette demeure de 485 m2 était juridiquement la propriété de son frère Valentin, jusqu’à ce que, quelques semaines avant le décès de ce dernier à la fin 2004, elle soit cédée à une société de droit luxembourgeois aux actionnaires anonymes.

Les enquêteurs ont également répertorié un appartement de 9 pièces acheté à Paris (17e) en 2007 pour 2470000 euros par l’épouse du président congolais Antoinette Sassou Nguesso. Ils mentionnent aussi le logement de 10 pièces à 1 600 000 euros acquis en 2005 à Paris par leur fils Denis Christel, ainsi que l’hôtel particulier de 7 pièces avec piscine intérieure à Neuilly-sur-Seine acheté 3,15 millions d’euros en 2006 par Julienne, leur fille cadette.

Les mêmes policiers n’ont découvert aucun bien immobilier appartenant au président angolais Dos Santos ni au Burkinabé Blaise Compaoré. Seule la déclaration d’impôt sur la fortune de Chantal, l’épouse de ce dernier, a montré qu’elle possède deux biens immobiliers à titre personnel dans le 16e arrondissement. Dans le même quartier, le président guinéen Teodoro Obiang est propriétaire d’un appartement. Epluchant les fichiers fiscaux et bancaires, les enquêteurs de l’OCRGDF ont non seulement dressé la liste des biens immobiliers, mais aussi des comptes bancaires accueillant en France les avoirs de dirigeants africains et de leur famille.

Ainsi, Edgar Nguesso ne possède pas moins de 12 comptes dont 7 courants. Mais aucun n’apparaît au nom de son oncle, le président du Congo. Son homologue gabonais, lui, est titulaire de 11 comptes ouverts à Paris, Nice ou Créteil dont 6 comptes courants.

Dans leur élan, visiblement ébahis par leurs découvertes, les policiers ont étendu leurs investigations au domaine des voitures de luxe, qui n’était pas explicitement visé par la plainte. Chez les concessionnaires Mercedes, Bugatti ou Aston Martin, ils ont retrouvé ce qu’ils n’avaient pas obtenu pour les appartements : les chèques et les virements ayant servi aux paiements.

“Le financement de certains véhicules apparaît pour le moins atypique”, notent les enquêteurs, maniant l’euphémisme à propos de “ce parc automobile conséquent”. Les deux Ferrari acquises pour près de 400 000 euros par Ali Bongo, la Maybach à 424 477 euros d’Edith Bongo, les trois Bugatti à 1 million d’euros pièce fabriquées spécialement pour Teodoro Nguema Obiang, le fils du président de Guinée équatoriale, ont été payés au moyen de chèques tirés par des sociétés au profil opaque.

De même, notent les policiers, Wilfrid Nguesso, neveu du président congolais, “règle le solde d’achat d’un véhicule Aston Martin type DB9 par un virement émis par Matsip Consulting”, une société de droit luxembourgeois aux associés inconnus qui apparaît également comme propriétaire de la Villa Suzette du Vésinet.

Le fils du président de la Guinée équatoriale a, lui, acheté au total en France “une quinzaine de véhicules pour un montant estimé de plus de 5,7 millions d’euros”, acquittés là encore par des virements de sociétés intermédiaires. Son nom, Teodoro Nguema Obiang, a été cité en 2004 dans un rapport du Sénat américain sur les transactions suspectes couvertes par la Riggs Bank qui, à Washington, gérait alors plus de 60comptes au nom des responsables de ce petit Etat pétrolier et de leur famille.

En fait de “financement atypique”, les enquêteurs français se sont vivement intéressés au chèque de 390 795 euros tiré en février 2004 par la “paierie du Gabon en France” pour régler la “Maybach 57″ (une marque allemande concurrente de Rolls-Royce) de couleur “bleu Côte d’Azur” destinée à “Madame la Présidente Edith-Lucie Bongo-Ondimba”. A en croire ce chèque, dont la copie figure au dossier, l’argent public gabonais financerait le véhicule de grand luxe de la première dame du pays, qui n’a pourtant aucune fonction officielle.

Le même compte de la “paierie du Gabon” ouvert à la Banque de France et utilisé pour régler les frais de fonctionnement de l’ambassade à Paris a servi à financer la moitié d’une Mercedes à 75858euros dotée d’un “toit ouvrant panoramique” achetée en septembre 2006 à Paris par Pascaline Bongo, la fille du président, qui est aussi sa directrice de cabinet. Curieusement, le reliquat de 41 370 euros a été acquitté par un chèque signé de Me François Meyer, avocat du président Bongo. “Cela peut étonner, admet Me Meyer. Mais je peux faire des cadeaux à la fille du président Bongo, que je connais depuis vingt ans.” D’où vient l’argent? Au vu de ce somptueux état des patrimoines, la question de l’origine des fonds s’impose. L’apparente disproportion entre la richesse immobilière accumulée et les revenus publics des propriétaires aurait pu suggérer de poursuivre des investigations dans les comptes bancaires ayant permis pareilles transactions.

Le salaire mensuel officiellement versé par l’Etat gabonais au président Bongo ne se limite-t-il pas à 14 940 euros, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique? Celui du président Sassou Nguesso n’est-il pas de 30 000 euros, comme l’indiquent d’autres sources? Quant à Teodoro Obiang, ministre de l’agriculture et des forêts de son père, ne perçoit-il pas officiellement 5 000 dollars (3 400euros) par mois, d’après des sources américaines? Des investigations plus approfondies auraient dépassé le cadre de l’enquête préliminaire de police. Elles supposeraient l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge d’instruction. Une telle perspective a été écartée par la décision de classement, notifiée le 15 novembre par le parquet de Paris. Mais le dossier pourrait être rouvert si les associations parvenaient à déposer une nouvelle plainte, assortie cette fois d’une constitution de partie civile, comme elles en nourrissent le projet. Cette formule conduit automatiquement à la désignation d’un juge d’instruction, à condition que les plaignants prouvent leur “intérêt à agir”.

Même si un juge d’instruction était désigné, de sérieux obstacles surgiraient immédiatement sur sa route. Outre l’immunité dont peuvent se prévaloir des chefs d’Etat en exercice – mais pas leurs familles –, la difficulté résiderait dans la mise au jour des opérations à l’origine d’éventuels détournements. Il faudrait enquêter en Afrique, où des infractions auraient été commises, notamment dans les comptes publics. “La preuve que l’argent public a financé des dépenses privées se trouve dans le pays que contrôle précisément… le bénéficiaire”, résume un spécialiste du dossier.

Trois des cinq régimes concernés bénéficient du soutien indéfectible de Paris. Cet appui, renouvelé récemment par Nicolas Sarkozy, ne devrait pas fondamentalement être remis en cause par la récente sortie de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la coopération, contre le “gaspillage des fonds publics” par certains Etats africains. Or une enquête destinée à faire la lumière sur d’éventuels “biens mal acquis” déborde rapidement les normes policières ou judiciaires. Elle suppose une véritable mise à nu de la relation franco-africaine.


Le vrai-faux investisseur Gabonais de 3A TELESUD dans le collimateur de la justice française…

février 1, 2008

En procédant à une enquête approfondie qui est paru ce jour dans le journal le MONDE, courant 2007, sur les mouvements financiers des Etats -Afgricains en France, les Enquêteurs sont tombés sur des éléments troublants et accablants. Le dossier 3A TELESUD. Qui est véritablement l’homme d’afgfaire Franco-Gabonais qui détient la majorité des parts ” un simple homme de paille, qui ne dispose d’aucun patrrimoine personnel, mais dont l’unique société au Gabon ne vit que des commandes de l’état liée aux campagnes électorales”. le rapport est plus cinglant” porteur de parts de Mme Pascalaine BONGO, dont l’avocat personnel Francois Meyer a piloté le rachat de la chaîne de télévision 3A TELESUD, les gabonais semblent avoir commis des infractions profondes dans cette participation devant conduire à des poursuites judiciaires dans l’hexagone car le responsable de l’infraction est de nationalité française et ne rélève d’aucune immunité,contrairement à certains protagonistes du dossier”….Une série de vérifications permettant de conforter les preuves des délits découverts est actuellement en cours….

Le patrimoine des chefs d’Etat africains en France

 un monde enchanté où l’on vogue d’une villa de 9 pièces avec piscine à Nice à un hôtel particulier de l’Ouest parisien. Un univers surréaliste peuplé de Bugatti payées cash plus de 1 million d’euros. Un microcosme constellé d’une myriade de comptes bancaires. Oligarques russes? Rois du pétrole saoudiens? Stars d’Hollywood ? Non : chefs d’Etat africains producteurs de pétrole pour la plupart, mais dont les populations comptent parmi les plus pauvres de la planète.

Le fait que des dirigeants du continent noir investissent dans l’immobilier en France, qu’ils séjournent à Paris dans un luxe inouï, que leurs familles bénéficient de largesses financées dans la plus grande opacité n’est pas une révélation. Mais, cette fois, l’inventaire de ce patrimoine vertigineux n’est pas dressé par des militants tiers-mondistes en lutte contre la “Françafrique”. Il se lit dans les 34 procès-verbaux rédigés entre juin et novembre 2007 par les policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF).Cette enquête policière, dont Le Monde a pu prendre connaissance, a été ouverte par le parquet de Paris en juin 2007. Elle faisait suite à une plainte pour “recel de détournement d’argent public” déposée en mars par trois associations françaises, visant cinq chefs d’Etat : le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Burkinabé Blaise Compaoré, l’Angolais Eduardo Dos Santos, et le Guinéen Teodoro Obiang.

Au fil des centaines de pages du dossier se dessine une singulière carte du Paris africain, sorte de Monopoly où les présidents auraient jeté leur dévolu sur les artères les plus huppées. Foisonnant et cossu, le patrimoine immobilier est surtout localisé “dans des quartiers à forte valeur marchande, soulignent les policiers. Paris 16e, 8e et 7e arrondissements pour Omar Bongo et son épouse, Paris 16e et Neuilly-sur-Seine pour Jeff Bongo [un des fils d'Omar Bongo], Le Vésinet pour le frère de Denis Sassou Nguesso, Courbevoie pour Wilfrid Nguesso [neveu du président du Congo] ou Paris 16e pour Chantal Compaoré [épouse du président burkinabé]“.

La découverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Elysées et la plaine Monceau, dans le 8earrondissement de la capitale. Là, un hôtel particulier a été acquis le 15 juin 2007 pour la somme de 18,875 millions d’euros par une société civile immobilière (SCI). Celle-ci associe deux enfants du président gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16ans, son épouse Edith, qui se trouve être la fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans.

Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M.Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété “est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d’une piscine”, précise le procès-verbal. “Un chef d’Etat, en fonctions depuis quarante ans dans un pays pétrolier et qui a des revenus officiels importants, peut économiser suffisamment d’argent pour acheter plusieurs appartements à Paris, explique Me François Meyer, avocat d’Omar Bongo et de sa famille. Surtout avec les prix très bas de l’immobilier pratiqués il y a vingt ou trente ans.”

Selon les policiers, le président Bongo dispose de quatre adresses distinctes à Paris. Ali Bongo, qui est son fils et aussi son ministre de la défense depuis 1999, est également propriétaire avenue Foch tandis que son épouse Edith possède deux immenses logements dans le 7earrondissement, non loin de la tour Eiffel. De Nice à Neuilly-sur-Seine en passant – souvent – par le 16e arrondissement parisien, l’enquête recense aussi les propriétés de Jean Ping, ex-gendre d’Omar Bongo et actuel ministre des affaires étrangères, et d’autres fils du président gabonais comme Omar-Denis junior et Jeff, ainsi que de filles comme Audrey, Yacine Queenie, ou petite-fille comme Nesta Shakita.

En comparaison de ce petit empire immobilier, les autres chefs d’Etat visés apparaissent comme de petits propriétaires. Discret, le président congolais Denis Sassou Nguesso ne fait qu’“utiliser”, selon les policiers, la Villa Suzette du Vésinet (Yvelines). Cette coquette demeure de 485 m2 était juridiquement la propriété de son frère Valentin, jusqu’à ce que, quelques semaines avant le décès de ce dernier à la fin 2004, elle soit cédée à une société de droit luxembourgeois aux actionnaires anonymes.

Les enquêteurs ont également répertorié un appartement de 9 pièces acheté à Paris (17e) en 2007 pour 2470000 euros par l’épouse du président congolais Antoinette Sassou Nguesso. Ils mentionnent aussi le logement de 10 pièces à 1 600 000 euros acquis en 2005 à Paris par leur fils Denis Christel, ainsi que l’hôtel particulier de 7 pièces avec piscine intérieure à Neuilly-sur-Seine acheté 3,15 millions d’euros en 2006 par Julienne, leur fille cadette.

Les mêmes policiers n’ont découvert aucun bien immobilier appartenant au président angolais Dos Santos ni au Burkinabé Blaise Compaoré. Seule la déclaration d’impôt sur la fortune de Chantal, l’épouse de ce dernier, a montré qu’elle possède deux biens immobiliers à titre personnel dans le 16e arrondissement. Dans le même quartier, le président guinéen Teodoro Obiang est propriétaire d’un appartement. Epluchant les fichiers fiscaux et bancaires, les enquêteurs de l’OCRGDF ont non seulement dressé la liste des biens immobiliers, mais aussi des comptes bancaires accueillant en France les avoirs de dirigeants africains et de leur famille.

Ainsi, Edgar Nguesso ne possède pas moins de 12 comptes dont 7 courants. Mais aucun n’apparaît au nom de son oncle, le président du Congo. Son homologue gabonais, lui, est titulaire de 11 comptes ouverts à Paris, Nice ou Créteil dont 6 comptes courants.

Dans leur élan, visiblement ébahis par leurs découvertes, les policiers ont étendu leurs investigations au domaine des voitures de luxe, qui n’était pas explicitement visé par la plainte. Chez les concessionnaires Mercedes, Bugatti ou Aston Martin, ils ont retrouvé ce qu’ils n’avaient pas obtenu pour les appartements : les chèques et les virements ayant servi aux paiements.

“Le financement de certains véhicules apparaît pour le moins atypique”, notent les enquêteurs, maniant l’euphémisme à propos de “ce parc automobile conséquent”. Les deux Ferrari acquises pour près de 400 000 euros par Ali Bongo, la Maybach à 424 477 euros d’Edith Bongo, les trois Bugatti à 1 million d’euros pièce fabriquées spécialement pour Teodoro Nguema Obiang, le fils du président de Guinée équatoriale, ont été payés au moyen de chèques tirés par des sociétés au profil opaque.

De même, notent les policiers, Wilfrid Nguesso, neveu du président congolais, “règle le solde d’achat d’un véhicule Aston Martin type DB9 par un virement émis par Matsip Consulting”, une société de droit luxembourgeois aux associés inconnus qui apparaît également comme propriétaire de la Villa Suzette du Vésinet.

Le fils du président de la Guinée équatoriale a, lui, acheté au total en France “une quinzaine de véhicules pour un montant estimé de plus de 5,7 millions d’euros”, acquittés là encore par des virements de sociétés intermédiaires. Son nom, Teodoro Nguema Obiang, a été cité en 2004 dans un rapport du Sénat américain sur les transactions suspectes couvertes par la Riggs Bank qui, à Washington, gérait alors plus de 60comptes au nom des responsables de ce petit Etat pétrolier et de leur famille.

En fait de “financement atypique”, les enquêteurs français se sont vivement intéressés au chèque de 390 795 euros tiré en février 2004 par la “paierie du Gabon en France” pour régler la “Maybach 57″ (une marque allemande concurrente de Rolls-Royce) de couleur “bleu Côte d’Azur” destinée à “Madame la Présidente Edith-Lucie Bongo-Ondimba”. A en croire ce chèque, dont la copie figure au dossier, l’argent public gabonais financerait le véhicule de grand luxe de la première dame du pays, qui n’a pourtant aucune fonction officielle.

Le même compte de la “paierie du Gabon” ouvert à la Banque de France et utilisé pour régler les frais de fonctionnement de l’ambassade à Paris a servi à financer la moitié d’une Mercedes à 75858euros dotée d’un “toit ouvrant panoramique” achetée en septembre 2006 à Paris par Pascaline Bongo, la fille du président, qui est aussi sa directrice de cabinet. Curieusement, le reliquat de 41 370 euros a été acquitté par un chèque signé de Me François Meyer, avocat du président Bongo. “Cela peut étonner, admet Me Meyer. Mais je peux faire des cadeaux à la fille du président Bongo, que je connais depuis vingt ans.” D’où vient l’argent? Au vu de ce somptueux état des patrimoines, la question de l’origine des fonds s’impose. L’apparente disproportion entre la richesse immobilière accumulée et les revenus publics des propriétaires aurait pu suggérer de poursuivre des investigations dans les comptes bancaires ayant permis pareilles transactions.

Le salaire mensuel officiellement versé par l’Etat gabonais au président Bongo ne se limite-t-il pas à 14 940 euros, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique? Celui du président Sassou Nguesso n’est-il pas de 30 000 euros, comme l’indiquent d’autres sources? Quant à Teodoro Obiang, ministre de l’agriculture et des forêts de son père, ne perçoit-il pas officiellement 5 000 dollars (3 400euros) par mois, d’après des sources américaines? Des investigations plus approfondies auraient dépassé le cadre de l’enquête préliminaire de police. Elles supposeraient l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge d’instruction. Une telle perspective a été écartée par la décision de classement, notifiée le 15 novembre par le parquet de Paris. Mais le dossier pourrait être rouvert si les associations parvenaient à déposer une nouvelle plainte, assortie cette fois d’une constitution de partie civile, comme elles en nourrissent le projet. Cette formule conduit automatiquement à la désignation d’un juge d’instruction, à condition que les plaignants prouvent leur “intérêt à agir”.

Même si un juge d’instruction était désigné, de sérieux obstacles surgiraient immédiatement sur sa route. Outre l’immunité dont peuvent se prévaloir des chefs d’Etat en exercice – mais pas leurs familles –, la difficulté résiderait dans la mise au jour des opérations à l’origine d’éventuels détournements. Il faudrait enquêter en Afrique, où des infractions auraient été commises, notamment dans les comptes publics. “La preuve que l’argent public a financé des dépenses privées se trouve dans le pays que contrôle précisément… le bénéficiaire”, résume un spécialiste du dossier.

Trois des cinq régimes concernés bénéficient du soutien indéfectible de Paris. Cet appui, renouvelé récemment par Nicolas Sarkozy, ne devrait pas fondamentalement être remis en cause par la récente sortie de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la coopération, contre le “gaspillage des fonds publics” par certains Etats africains. Or une enquête destinée à faire la lumière sur d’éventuels “biens mal acquis” déborde rapidement les normes policières ou judiciaires. Elle suppose une véritable mise à nu de la relation franco-africaine.